50 jours pour vivre le temps pascal

Demeurez dans mon amour

Auteur: Ludovic Namurois
Date: Dimanche 9 mai
Référence: Jn 15, 9-17

 

Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.

Aimer n’est donc pas suffisant ! Il nous faut donc aimer comme Jésus nous a aimé et même donner notre vie pour ceux que nous aimons de cet amour. Je confesse avoir longtemps hésité à escalader cette montagne dont le sommet paraît inaccessible à toute personne ordinaire.

Nous percevons bien que ce dont il est question ici n’a rien à voir avec une recherche de bonheur et d’épanouissement. L’amour-désir, proprement humain, est certes moteur du progrès personnel et social mais il est ambivalent, capable du meilleurscomme du pire. Du meilleur lorsqu’il nous incite à œuvrer pour la justice, la paix et le bien commun, mais aussi du pire lorsqu’il nous pousse à utiliser les autres comme marchepieds ou objets de plaisir. Nous voudrions qu’il comble les manques, les failles, de notre nature humaine mais au bout du compte il nous laisse le plus souvent déçus, tristes et insatisfaits.

Pour exprimer l’amour auquel nous convoque Jésus, les premiers chrétiens ont dû développer un nouveau vocabulaire. Le mot grec agapè, qui revient comme un mantra dans ce passage, désigne le don de soi, l’amour gratuit, désintéressé. De cet amour-agapè nous sommes incapable par nous mêmes. L’apôtre Paul nous dit qu’il « a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5,5). Accepter ce don, en vivre, nous permet d'adopter le regard que Dieu porte sur chaque être. Un regard qui relève, encourage et soigne l’humanité blessée.

« On ne fait rien pour rien » disait mon grand-père maternel qui ne croyait ni à Dieu, ni à diable. Adolescent cette affirmation m’attristait d’autant plus que je ne trouvais aucun exemple pour la contredire. Aujourd’hui, le Christ vient une nouvelle fois nous dire : « Demeurez dans mon amour » et soudain, il devient envisageable de recevoir chaque homme, chaque femme, comme notre frère ou notre sœur, inconditionnellement et qu’ainsi « notre joie soit parfaite » !

Lees de meditatie van de dag in het nederlands: Bestaan in God


Crédit photo : iStock/ueuaphoto

 

Les "monstres" innocents

Auteur: Ludovic Namurois
Date: Lundi 10 mai
Référence: Ps. 149, 4

 

Car le Seigneur aime son peuple, il donne aux humbles l’éclat de la victoire.

« Quelles bizarreries ne trouve-t-on pas dans une grande ville, quand on sait se promener et regarder ? La vie fourmille de monstres innocents. » La lecture de ces quelques lignes tirées des Petits Poèmes en prose de Baudelaire me ramène en mémoire le souvenir du fantôme perdu dans un pardessus délavé, pieds nus dans des godillots, cheveux ébouriffés, regard habité, qui par un froid matin d’hiver m’a prophétisé la venue du « règne des rats ».

La misère nous désarçonne quand elle n’a pas le bon goût de rester à distance, quand, par surprise, elle nous saute à la gorge. Le plus souvent, nous détournons le regard, nous pressons le pas et ravalons notre mauvaise conscience. Ce jour-là, dans une ruelle déserte, j’ai écouté un de ces « monstres » égrener le chapelet de ses échecs. Et, lorsque je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour lui, il m’a répondu : « Tu t’es arrêté, ce n’est déjà pas si mal. Je peux me passer d’à peu près tout si un regard croise le mien, de temps en temps. »

Depuis, lorsque le dégoût, la gêne ou l’indifférence me guette, je mets ma prière dans le cri du poète : « O créateur ! Peut-il exister des monstres aux yeux de Celui-là seul qui sait pourquoi ils existent, comment ils se sont faits et comment ils auraient pu ne pas se faire ? ».

Lees de meditatie van de dag in het nederlands: Een man wandelt met zijn schaduw


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Laisser partir

Auteur: Ludovic Namurois
Date: Mardi 11 mai
Référence: Jn 16, 5-11

 

Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?” Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur.

Le Seigneur parle une nouvelle fois de son départ. Quelques pages plus tôt, à Thomas qui reconnaissait ignorer où il allait, Jésus a répondu : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

Dans le passage que nous lisons aujourd’hui, ne subsiste que le silence, une sorte de mutisme amer et une bonne dose de tristesse.

Certains prétendent qu’on ne devient adulte que lorsqu’on a perdu ses parents. Jésus connaissait peut-être cette sentence. C’est en tout cas ce que devait penser saint Augustin dans son commentaire à l’évangile de Jean (94, 4) en mettant ces quelques mots dans la bouche du Christ : « Verbe fait chair, j'habite au milieu de vous, sans doute ; mais je ne veux plus que vous m'aimiez d'une manière charnelle, et que contents de ce lait, vous désiriez être toujours des enfants. »

Il sait, Jésus, que certaines séparations font grandir et qu’il lui reste peu de temps pour mener ses disciples de l’affectivité à la foi.

A leur suite, laissons le Christ s’en aller. Il ne nous appartient pas. Laissons-le défricher devant nos pas les chemins qui mènent au Père car Il est la destination de notre voyage. Et puis, acceptons avec gratitude le compagnon de route qui nous est donné : l’Esprit qui, à la différence du Christ terrestre demeure auprès de nous, en nous et pour toujours.

Lees de meditatie van de dag in het nederlands: Geen mens ooit verloren


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Contempler la vie

Auteur: Ludovic Namurois
Date: Mercredi 12 mai
Référence: Ac 2, 32

 

Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. (Ac 2, 32)

Nos chemins de campagne sont encore jalonnés par ces témoins de la piété de nos ancêtres qui dressent vers le ciel un Christ cloué à deux poutres, tantôt agonisant, tantôt extatique.

Croyez bien que je ne méprise pas les larmes de compassion que ce spectacle fait naître chez certains, ni la méditation profonde qu’il nourrit chez d’autres mais je ne peux que me laisser saisir par le contraste avec l’art funéraire laissé par les premières communautés chrétiennes. Le motif de la croix en était pratiquement absent. La piété s’exprimait alors au moyen de scènes tirées de passages des Écritures symbolisant la résurrection : l’arche de Noé, la traversée de la mer Rouge, la baleine de Jonas, le retour à la vie de Lazare (cf. illustration). Les Épître et les Actes parlent le même langage, on n’y entend pas l’annonce d’un deuil mais la proclamation d’une victoire.

Par quel étrange cheminement la tradition catholique nous a-t-elle mené de la contemplation de la vie à celle de la mort ? Le générique de fin de l’histoire du Salut doit-il se dérouler sur l’image figée d’un corps martyrisé n’attendant plus que la charité du tombeau ? Est-ce cela la Bonne Nouvelle ?

Le gibet ne peut être signe de joie et de liberté qu’à la lumière de Pâques. Alors seulement, notre espérance peut se glisser dans l’espace laissé par une présence transfigurée. Il me semble que c’est ce qu’exprime cette croix avec simplicité et profondeur.

 Lees de meditatie van de dag in het nederlands: Oprecht verontwaardigd en in gesprek


Crédit photos : 

  1. Auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons : La résurrection de Lazare, Rome, Catacombe di via Latina, 4e siècle.
  2. Myriam Tonus, 2014

Le temps des témoins

Auteur: Ludovic Namurois
Date: Jeudi 13 mai
Référence: Ac 1, 1-11

 

Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. (Ac 1, 11)

Lors de réunions de famille ou de rencontre amicales, peut-être avez-vous déjà été confrontés à la frustration que génère le comportement de ces personnes qui semblent s’intéresser à ce que vous avez à dire mais qui, tout en acquiesçant à vos propos, ramènent inlassablement la discussion à leurs propres opinions, voire à leurs obsessions.

Les disciples semblent être atteints par cette manie. Le verset 3 nous apprend que Jésus leur a parlé du Royaume de Dieu durant les quarante jours de ses apparitions. Eux le questionnent à propos du royaume pour Israël. Ils en sont encore à attendre la restauration de la royauté de David selon les prophéties messianiques en caressant le souvenir d’un passé glorieux, alors que le Christ parle d’un temps radicalement nouveau.

« Il ne vous appartient pas de connaître les temps (chronos) et les moments (kairos) » leur dit-il. Le choix des mots grecs n’est pas innocent. Nous pourrions paraphraser en disant : « Il ne vous appartient pas de connaître le moment particulier de la manifestation de Dieu dans le continu du temps humain ». Toutes les spéculations sur le sujet sont vaines car cette question relève du mystère de Dieu.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que la séparation est imminente. Avec l’aide de l’Esprit qui leur est une nouvelle fois promis, les apôtres sont invités à abandonner leurs chimères et à se préparer à accueillir en eux le Royaume.

Enfin, à l’instant même où Jésus disparaît dans la nuée, les anges annoncent sa venue déployant ainsi, entre l’Ascension et la Parousie, le temps des témoins de l’Évangile, notre temps si nous avons pris garde à ne pas nous brûler les yeux à « scruter le ciel » ou à ne pas nous égarer à « chercher le vivant parmi les morts. » (Lc 24,5)

Lees de meditatie van de dag in het nederlands: Tot leven gedragen


Crédit photo: iStock/Viktor_Gladkov

Le sourire de l'Ange

Auteur: Ludovic Namurois
Date: Vendredi 14 mai
Référence: Jn 1,50

 

Vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme.

Parmi les centaines de statues qui peuplent la cathédrale de Reims, il en est une qui attire le regard du visiteur attentif. Elle est nichée à gauche du portail nord de la façade occidentale de l’édifice. Cette sculpture figure un ange à la posture pleine de vie, au visage légèrement penché vers le spectateur, aux yeux rieurs et au sourire énigmatique qui semble nous inviter à participer à la joie du ciel dont il est le messager.

En septembre 1914, alors que la ville est pilonnée par les tirs de l’artillerie allemande, l’échafaudage situé sur le portail nord prend feu. L’incendie provoque l’effondrement de poutres enflammées. L’une d’elle décapite l’ange. Sa tête tombe au sol quatre mètres plus bas et se brise. Après la guerre, le chef est reconstitué à partir des fragments d’origine et remis à sa place en 1926.

En voici un, dirait Trenet, qui a su « garder quelques sourires pour se moquer des jours sans joie » ! J’aime imaginer que depuis plus de 800 ans, à travers toutes les vicissitudes de l’histoire, l’ange réaffirme la solidité de la promesse qui nous as été faite : le mal, la souffrance et la mort n’auront pas le dernier mot !

Aux corps éthérés, je préfère certes la compagnie glaiseuse de mes semblables mais je pense qu’il faut prendre garde à cette sclérose de la pensée et du cœur qui tendrait à réduire la communauté du vivant à notre humanité et à ce qui lui ressemble.

L’Ange au sourire m’invite à me réjouir de cette fraternité cosmique qui prend sa source dans l’amour infini de Dieu pour toute la Création.

Lees de meditatie van de dag in het nederlands: Tot het uiteinde van de aarde

1. Bienheureuse séparation

Auteur: Marie Monnet
Date: Samedi 15 mai

 

« Je pars » mais « je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». C’est cette absence-présence que nous interrogerons ensemble cette semaine, entre l’Ascension et la Pentecôte.

Dans la Genèse, Dieu crée par séparation. Séparation des ténèbres et de la lumière, séparation des eaux d’en haut et des eaux d’en bas, du sec et de l’humide. Séparation des espèces, séparation de l’homme et de la femme… La séparation, par la parole, permet de sortir de la confusion, de sortir du « chaos » dit-on en grec, du « tohu-bohu » dit-on en hébreu. « Je pars », dit Jésus. Et nous ne savons pas bien où il va. « Je pars » disait Abraham. Il ne savait pas où il allait… Moïse entraîne les hébreux vers la terre promise : c’est encore un départ, un exode, condition de liberté. Certes, ils sont tous morts dans le désert, mais un peuple y est né. Comment pourrait-il y avoir une naissance sans une séparation ? Nous le vivons à notre manière en temps de pandémie. Aussi pénible que cela puisse être, la séparation, la quarantaine, la distance ne sont-elles pas les plus sûrs moyens de la survie ?

Lees de meditatie van de dag in het nederlands: De hemel aarden


Crédit photo: iStock/blackdovfx

Méditations en néerlandais

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