50 jours pour vivre le temps pascal

En vie !

Auteur: Myriam Tonus
Date: Dimanche 4 avril
Référence: Col 3,1a ; 3b

 

Vous êtes ressuscités…
Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu 

 Oui, le Christ est ressuscité, « réveillé » selon le verbe grec. Mais nous aussi, avec lui ! La fête de Pâques, passage de Jésus par la mort vers la vie en Dieu, c'est aussi notre passage. Oh, bien sûr, passée la joie de cette heureuse annonce, notre quotidien va probablement reprendre son cours un peu paresseux, un peu aplati, à hauteur de vie humaine… Mais c'est quoi, la vie ? La vie biologique de Jésus s'est achevée à sa mort et il en est de même pour chaque être humain. Dire cela, c'est réduire la vie à une seule dimension, certes importante – pourrions-nous exister sans corps ? –, mais qui ne rend pas compte de l'extraordinaire puissance de ce qu'on appelle la « vie », celle qui fait bourgeonner au printemps un arbre apparemment mort, qui fait fleurir entre les pierres une improbable fleur ; celle qui donne à des hommes, des femmes ou des peuples qui ont vécu la destruction de traverser l'enfer et de se reconstruire. Étincelle fragile, presque invisible, qui demeure aux tréfonds de tout être, si vil, misérable, coupable soit-il. Cette vie qui nous révèle plus grands que nous-mêmes, c'est elle que Jésus est venu éveiller en celles et ceux qu'il a approchés. « Ta foi t'a sauvé ! », disait-il. Croire en lui et croire en cette vie, c'est un seul et même mouvement : c'est oser croire qu'il y a en nous ce que ses disciples ont vu en lui : une puissance de vie proprement divine, cette vie-là – la zoè – que la mort n'a pu détruire chez Jésus, qu'elle ne pourra détruire chez nous non plus. Bien sûr, nous n'en sommes pas conscients à chaque instant, cela reste caché en Dieu, avec le Christ vivant. Il est là,  l'inouï de Pâques : cette promesse que nous pouvons, si nous le voulons, commencer à goûter, dès maintenant, la saveur d'un vie vraiment autre…

Lees de meditatie van de dag in het nederlands : Lotgenoten en tochtgenoten


Crédit photo : jack-sooksan

Ailleurs, autrement

Auteur: Myriam Tonus
Date: Lundi 5 avril
Référence: Mt 28,10b

 

En Galilée, c'est là qu'ils me verront.

 Pour un peu, l'évangile de ce jour (Mt 28,8-15) finirait par donner le tournis, tant les verbes de déplacements sont nombreux : quitter, courir, aller, venir, être en chemin… Comme si le premier effet du tombeau vide était de susciter chez les disciples de Jésus une forme de dynamisme aux antipodes de la mort. Voici même que le ressuscité vient à la rencontre des femmes ! Là, surprise. Ou plutôt, comme un réflexe qui saisit celles qui le cherchaient : elles lui saisissent les pieds et se prosternent. Et quoi ? N'est-ce pas là un beau geste d'adoration, inspiré par la joie d'avoir enfin retrouvé l'objet de leur désir ? N'est-ce pas ce que doit faire celui ou celle qui dit croire en Jésus Christ ? Mais peut-on entraver le Vivant, le retenir pour soi ? Dieu nous demande-t-il de vivre en baissant la tête ? Les paroles du Christ disent tout le contraire : d'abord et avant tout, chasser la peur qui paralyse ; et puis partir, parler, aller en Galilée…  La Galilée, dans les Évangiles, c'est la région que méprise le pouvoir religieux, une région de petites gens, peu raffinée, pas toujours bien famée (« Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? » Jn 1,46). C'est là, en ce lieu sans grandeur ni pouvoir, pas très fiable au plan religieux, que celles et ceux qui le cherchent peuvent pourtant retrouver le visage du Dieu de Jésus Christ. Et nous, quelle est notre Galilée ?

Lees de meditatie van de dag in het nederlands : De dood voorbij

En quête

Auteur: Myriam Tonus
Date: Mardi 6 avril
Référence: Jn 20,15

 

Qui cherches-tu ? 

Cette question, que Jésus pose à Marie-Madeleine en pleurs, elle est proprement vertigineuse. C'est la seule, au fond, qui fait venir au jour ce qui est caché au plus profond de notre cœur. Savons-nous, d'ailleurs, nous-mêmes ce que nous désirons vraiment ? Comme Marie-Madeleine, toute à son chagrin, nous risquons bien de répondre par ce qui paraît une évidence: nous voudrions être heureux, que la mort n'emporte pas nos amours, pouvoir jouir des biens qui donnent des couleurs à la vie. C'est légitime et ce n'est déjà pas si facile, tellement l'air du temps nous pousse à confondre besoins, désirs et illusions… La question, d'ailleurs, ne porte pas sur des objets, mais bien sur une personne : qui cherches-tu ? Là encore, réponse d'évidence: Marie-Madeleine cherche celui qui n'est plus, un souvenir, une image du passé. Comme elle, nous voudrions arrêter le temps, qui fait grandir et s'éloigner les enfants, se distendre les liens, qui fragilise le corps. Peut-on vivre dans la seule mémoire des bonheurs en-allés ? Qui cherches-tu? Notre modernité, elle, nous souffle à l'oreille qu'il faut se chercher – et se trouver – soi-même. Ne crions pas trop vite à l'individualisme. Le ressuscité va littéralement éveiller Marie… par son prénom, comme on éveille en douceur un enfant. Nommer quelqu'un, c'est l'appeler à l'existence, le faire advenir de manière unique. Pour être en relation, il faut habiter son être propre. Si la foi est relation, il est bon que nous entendions cette voix qui murmure notre nom...

Lees de meditatie van de dag in het nederlands : Aanbidden of navolgen

Le regard de Pierre

Auteur: Myriam Tonus
Date: Mercredi 7 avril
Référence: Ac 3,8

 

… et il marchait.

Une fois encore, la Parole du jour ressemble à une invitation à l'exercice physique ! Bien utile, au fond, dans la situation que nous connaissons depuis un an. Confinés, limités dans nos sorties, privés de certaines de nos libertés, nous pourrions finir par ressembler à cet aveugle complètement dépendant des bonnes volontés qui l'installent comme un paquet dans un lieu de passage afin qu'il puisse mendier de quoi survivre – dépendance totale, autonomie zéro ! Le pauvre homme n'y peut cependant rien : que faire lorsqu'on est infirme de naissance ? Oui, que faire lorsqu'on est privé de droits, de ressources, d'existence propre ? Eh bien, on peut encore faire une chose : regarder l'autre, répondre à l'appel d'un regard. « Regarde-nous ! », dit Pierre. D'abord et toujours, créer du lien. Un lien qui ne donne ni ne réclame, un lien de pure gratuité, de pure grâce. Moment où le regard voit en autrui ce qu'il ne sait ou n'ose même pas. Un regard d'agapè, cet amour qui veut que l'autre, quel qu'il soit, vive et advienne à qui il est vraiment : un sujet, et non un objet que l'on enferme dans la dépendance. Le regard de Pierre est celui de Dieu ; il est aussi le nôtre lorsque nous croyons en autrui, en sa capacité de se lever, de marcher, d'avancer ; ou lorsque nous consentons à nous laisser relever par son regard et que nous découvrons, émerveillés, que la puissance de ce regard peut nous délier d'une paralysie que nous pensions sans remède. Il n'est de foi, en Dieu et en l'humain (c'est tout un), qu'en chemin.

Lees de meditatie van de dag in het nederlands : Noem me bij mijn naam


Crédit photo : iStock/AleksandarGeorgiev

Le soin du jardinier

Auteur: Myriam Tonus
Date: Jeudi 8 avril
Référence: Ps 8,7b

 

Tu mets toute chose à ses pieds.

 Par quelle funeste ruse de l'Histoire a-t-on fini par croire que Dieu veut que ses créatures lui soient soumises, sans volonté ni désir propre ? Lorsqu'il crée la terre, il la confie aux humains, les chargeant en quelque sorte de poursuivre son œuvre. Le psaume 8 va jusqu'à utiliser une image que l'on croirait destinée à une divinité : « Tu mets toute chose à ses pieds »… Faut-il que l'humain ait du divin une image dévoyée, pour se comporter en despote absolu plutôt qu'en jardinier soucieux de ce qu'il a semé ? La pandémie a relégué au second, voire troisième plan les malheurs de la planète, alors même qu'il est possible, disent des scientifiques, que cette pandémie soit l'un des fruits pourris de l'exploitation sans limites de notre milieu naturel. Les jeunes, futurs jardiniers de la création malade, ne cessent d'alerter, d'interpeller leurs aînés. La voix des sans voix – pauvres, migrants, exploités de toutes latitudes – devrait elle aussi nous empêcher de dormir. Qu'avons-nous fait de ce trésor remis entre nos mains, déposé à nos pieds? Quels gestionnaires sommes-nous, qui laissons s'épuiser et mourir ce que d'autres ont semé, sans même voir que c'est nous-mêmes que nous blessons lorsque nous blessons notre terre ? Si nous osons croire que nous sommes éveillés à la vie à la suite de Celui qui nous a donné à connaître le créateur, alors il nous faut retrouver le geste, et aussi la patience et l'humilité qui sont ceux du jardinier, à l'aube de la (re)création.

Lees de meditatie van de dag in het nederlands : Een vreemde gast


Crédit photo : Flickr/Renee Grayson [CC]

L'équerre et la folie

Auteur: Myriam Tonus
Date: Vendredi 9 avril
Référence: Ps 117,22

 

La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d'angle.

Il suffit de regarder un tout-petit pour s'en convaincre : l'être humain est un constructeur dans l'âme ! Entasser l'un sur l'autre des blocs ou des objets, jusqu'à ce que l'édifice ne tienne que par une sorte d'équilibre aussi fragile que miraculeux : n'est-ce pas la matrice de construction de nos vies ? À tout le moins, dit-on à l'enfant, il faut que le sol soit stable et les briques, bien d'équerre. Pas de risque inutile et surtout, miser sur des valeurs sûres ! On ne fonde pas une vie sur des chimères… Sans doute est-ce bien ce que se sont dit les disciples de Jésus après sa mort. Ils avaient cru que le grand soir allait arriver et que la folie qu'ils avaient faite de laisser là leurs filets pour le suivre serait payée de postes triomphaux, sinon dans ce monde-ci, du moins dans celui de Dieu ! Et puis, où irait le monde si l'on devait croire, c'est-à-dire se fier à celles et ceux qui ne paient pas de mine, qui demeurent étrangers à tout pouvoir, qui n'ont qu'un seul désir : celui de faire advenir un monde autre ? Autant choisir un sol de guingois pour bâtir une bonne maison ! Sagesse des hommes, folie de Dieu… On n'en finit jamais d'être converti, c'est-à-dire bouleversé par cette puissance de la douceur qui est aussi bien force d'accouchement. Oser (se) construire sur la fragilité, l'intranquillité, l'humilité, faire de l'agapè son équerre : C'est l'impensable. C'est la seule vie qui vaille.

Lees de meditatie van de dag in het nederlands : Raak me aan


Crédit photo : iStock/Bogdanhoda

Quand la chair parle

Auteur: Myriam Tonus
Date: Samedi 10 avril
Référence: Mc 16,15

 

Proclamez l'Évangile à toute la création.

Comme c'est étonnant : la plupart des traductions de ces versets proposent d'annoncer l'Évangile à toutes les créatures (ou tous les êtres humains). Comme si la création se résumait aux seuls humains – avec peut-être tout de même quelques animaux ! Comme si, en prime, il s'agissait d'aller délivrer un discours ou de catéchiser toute la population terrestre… On sait ce qu'il advient des discours : ils finissent toujours par devenir inaudibles et s'éteindre. Proclamer l'heureuse annonce à toute la création, ne serait-ce pas plutôt – écho de la Parole – se faire semence et levain, sel et lumière ? Et qui donc peut cela si ce n'est qui nous sommes, c'est-à-dire chair et sang, affects et pensée, puissance et fragilité ? « Vous êtes le corps du Christ ! » (1Co 12,27) : le croyons-nous vraiment, ou bien n'est-ce qu'une de ces images qui font du bien sans vraiment troubler notre être profond ? La question importe, car si vraiment nous consentons à cette identité, alors l'Évangile ne sera heureuse annonce que si s'opère en nous le trajet qui va de la tête au cœur. Que si nous devenons parole vive, par-delà nos limites, infirmités et casseroles que nous traînons. Et si nous laissons parler en nous la Parole, alors ce sera sans exclusive  : pour vouloir la vie de chacune et chacun et de tous, et la vie de tout ce qui est – comme au temps de la Création – dans l'air et sur terre et dans les eaux. « Il vit que cela était bon » : telle est la bonne nouvelle dès la Genèse, qu'il nous revient d'incarner aujourd'hui.

Lees de meditatie van de dag in het nederlands : Ontgoocheling in de kerk


Crédit photo : Flickr/Tomasz Baranowski [CC]

Méditations en néerlandais

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