Introduction à la lettre aux Galates
  • Séquence 1 : Introduction à la lettre aux Galates

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L’Apôtre accueilli puis délaissé

Où donc est votre bonheur d’alors ? Je vous en rends témoignage : si vous aviez pu, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. Suis-je donc devenu votre ennemi pour vous avoir dit la vérité ? Certains ont pour vous un attachement qui n’est pas bon ; en fait, ils voudraient vous isoler pour que vous vous attachiez à eux. Mieux vaut un attachement de bonne qualité en tout temps, et pas seulement quand je suis chez vous.
Ga 4, 15-18


Raphaël Devillers

22-50

Dans ce passage, on devine la peine de Paul. Certes il s’est emporté jusqu’à traiter de «stupides» ces Galates qui abandonnaient la foi qu’il leur avait annoncée. Mais au fond il leur garde son affection : il les appelle «frères» et bientôt il les reconnaîtra comme « ses enfants ». 

Il souffre de leur désaffection à son égard. Il leur rappelle son premier passage chez eux lors de son 2ème voyage au lendemain du concile de Jérusalem (Ac  16, 6). Alors qu’il avait l’intention de se diriger vers l’ouest, une maladie l’a immobilisé en pays galate. Il évoque avec émotion l’accueil qu’ils lui ont fait : « Vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner ». S’agit-il d’une image pour exprimer leur dévouement radical ou bien Paul a-t-il souffert d’une ophtalmie purulente ? En tout cas les Galates l’ont accueilli et soigné magnifiquement. 

Mais après son départ, des prédicateurs sont survenus et ont voulu rectifier le message de Paul. Et sans doute s’en sont-ils pris à sa personne, l’accusant de n’avoir pas fait partie du groupe des apôtres de Jésus et d’introduire des erreurs dans l’Evangile. C’est bien pourquoi, dès l’adresse de sa lettre et encore dans la suite, Paul a rappelé ses titres.  Ici il écrit avec émotion : rappelez-vous la joie qui vous comblait lors de mon passage, et l’empressement que vous me montriez alors que j’avais une apparence repoussante.   Et il a ce cri admirable : « Suis-je devenu votre ennemi parce que je vous dis la vérité ? ». 

Bien des apôtres et pasteurs des communautés pourraient soupirer dans le même sens. Ils sont appréciés pour leur gentillesse, leur éloquence, leur serviabilité. Mais si, au nom de l’Evangile, ils dénoncent l’inertie, le manque de générosité et d’engagement de la communauté, alors on râle dans les rangs. Et certains décident même de passer chez un autre pasteur qui caressera leur mollesse. On ne bâtit pas une communauté chrétienne sur la sympathie et les convictions identiques mais « sur la vérité de l’Evangile ». Et elle oblige à la « fraternité ».

Raphaël Devillers
Liège

De Apostel eerst verwelkom, daarna in de steek gelaten 

Vous que j'enfante dans la douleur

Mes enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, je voudrais être maintenant près de vous et pouvoir changer le ton de ma voix, car je ne sais comment m’y prendre avec vous. Dites-moi, vous qui voulez être soumis à la Loi, n’entendez-vous pas ce que dit la Loi ?
Ga 4, 19-21


Antoinette Van Mossevelde

23-50

Lorsqu'un homme évoque les ‘douleurs de l'enfantement’ qu'il doit endurer, il doit s’attendre à une attention accrue de son auditoire. Il est assez remarquable, en effet, de voir que Paul utilise une image féminine au sein de cultures manifestement patriarcales pour parler de sa propre relation avec les communautés de Galatie.

Les femmes endurent des contractions pour donner naissance à une nouvelle vie. Lorsque Paul a subi les douleurs de l’enfantement et doit les subir à nouveau, il témoigne du lien vital et indissoluble qui existe entre lui et la communauté des Galates. Il leur rappelle que c'est à travers lui, à travers son travail, que cette communauté a vu la lumière, qu'on leur a donné la vie. Et tout comme le lien mère-enfant est indéfectible, la relation de Paul avec les Galates l'est tout autant. Lorsqu'il s’insurge contre eux, les maudit et est furieux du chemin qu'ils ont pris, c'est dû en partie à la nature de leur relation, à cette parenté indissoluble.

Cependant, tout comme une femme ne "crée" pas une nouvelle vie, mais la donne et la met au monde, Paul ne "fait" pas la communion en Christ. Peu importe l'engagement qu'il prend et qu'il continue à supporter.

Les communautés de croyants restent une interaction de personnes, d'engagement permanent et de grâce. Car c'est le Christ lui-même qui veut naître au milieu des croyants. C'est l'amour de Dieu qui se manifeste dans la manière dont nous nous entendons les uns avec les autres. Un amour qui nous rend libres et que nous avons appris à connaître en la personne de Jésus de Nazareth.

Cela se produit et peut se reproduire à chaque fois dans les communautés où chacun est pris en compte. Des communautés qui ne font aucune distinction entre Juif et Grec, circoncis et non-circoncis, esclave et libre, homme et femme. Ce sont des communautés qui prennent la forme du Christ.

Antoinette Van Mossevelde
Gent

Ik moet opnieuw weeën doorstaan vanwege u

 

Du fils de l’esclave à la liberté d’enfant de Dieu

Il y est écrit en effet qu’Abraham a eu deux fils, l’un né de la servante, et l’autre de la femme libre. Le fils de la servante a été engendré selon la chair ; celui de la femme libre l’a été en raison d’une promesse de Dieu. Ces événements ont un sens symbolique : les deux femmes sont les deux Alliances. La première Alliance, celle du mont Sinaï, qui met au monde des enfants esclaves, c’est Agar, la servante. Agar est le mont Sinaï en Arabie, elle correspond à la Jérusalem actuelle, elle qui est esclave ainsi que ses enfants, tandis que la Jérusalem d’en haut est libre, et c’est elle, notre mère. L’Écriture dit en effet : Réjouis-toi, femme stérile, toi qui n’enfantes pas ; éclate en cris de joie, toi qui ne connais pas les douleurs de l’enfantement, car les enfants de la femme délaissée sont plus nombreux que ceux de la femme qui a son mari.
Ga 4, 22-27


Marianne Goffoël

24-50

Un jour, je parlais avec une amie bouddhiste de nos voies respectives, alors que nous nous promenions  dans le jardin d’un monastère chrétien. Soudain, dans un coin à l’abri des regards, nous nous sommes retrouvées devant un calvaire. Là se dressait une croix pointée vers le ciel et sur laquelle était cloué le Christ….  Pour moi, chrétienne, il s’agissait là d’une représentation habituelle. Par contre, la réaction de cette amie bouddhiste me surprit. Comment  —s’exclama-t-elle—  peut-on représenter une croix, instrument de torture et de supplice, sur laquelle est « pendue » une personne que les chrétiens prétendent être un Dieu ! Certes, une telle réaction devant une image aussi atroce est bien compréhensible, lorsque le sens échappe complètement à ceux qui y sont confrontés. C’est pourtant là le cœur de notre foi. Le temps pascal ravive en nous tout le mystère qu’il représente. Durant la nuit de Pâques, nous lisons le livre de l’Exode, et comment le Seigneur entendit le cri de son peuple et le libéra de la servitude d’Egypte. Une telle libération ne se fit pas sans peine. Si Dieu mit ainsi son Peuple en chemin, ce fut à travers bien des vicissitudes…. avant d’arriver à la terre promise.

Le Christ, à son tour, traverse la nuit de la Passion, dans la douleur, en portant le poids du mal et du péché du monde. Il revêt ainsi pleinement la condition humaine.  La croix est signe de torture, mais aussi instrument de libération. Il n’y a pas donc pas de libération sans souffrance à traverser, à « passer ».  Aujourd’hui encore, le mal et la souffrance  sont là… mais le Christ a vaincu le mal. Nous pouvons, à sa suite, passer de l’esclavage à la liberté d’enfants de Dieu.

Marianne Goffoël
Bruxelles

Van slavenkinderen naar de vrijheid van de kinderen Gods 

Enfants de la femme libre

Et vous, frères, vous êtes, comme Isaac, des enfants de la promesse. Mais de même qu’autrefois le fils engendré selon la chair persécutait le fils engendré selon l’Esprit, de même en est-il aujourd’hui. Or, que dit l’Écriture ? Renvoie la servante et son fils, car le fils de la servante ne peut être héritier avec le fils de la femme libre. Dès lors, frères, nous ne sommes pas les enfants d’une servante, nous sommes ceux de la femme libre.
Ga 4, 28-31


Marcel Braekers

25-50

Aïe ! Comme cela a dû être douloureux pour certains de découvrir ce que Paul a écrit sur Abraham et les deux femmes ! Bien entendu, tout le monde connaissait l'histoire de Sarah : comment elle est restée sans enfant et comment elle a demandé à son mari de concevoir un enfant à partir de sa fille esclave. Elle a ainsi permis à ce que la vie puisse continuer. Et cependant, après la naissance de l'enfant, tout a commencé à mal tourner. La tension était telle que Sarah a forcé Abraham à renvoyer Hagar et son fils. Une situation terrible pour tout le monde. C'est ainsi qu'Hagar et son enfant ont été abandonnés dans le désert, et qu'Ismaël est devenu un homme de la nature. Quelques temps plus tard, Sarah a également eu un enfant, Isaac, le père de Jacob, l'ancêtre du peuple. Tous les Juifs connaissaient bien cette histoire et appelaient ces personnes leurs ancêtres. 

Paul écrit maintenant quelque chose d'inédit, un histoire à faire bondir certains. Le peuple juif ne descend pas de Jacob mais bien d'Ismaël, l'homme de la nature. Israël est donc le peuple qui a reçu le Décalogue sur le Sinaï, et donc le peuple des non-libres. Isaac, quant à lui, est l'enfant de la Promesse et de la liberté.  Vous, Galates, et tous ceux qui se sont convertis au Christ, êtes des enfants de la liberté et de la promesse, des enfants de Sarah ! Paul bouleverse l'histoire de façon radicale et inouïe. Certes, toute historiographie est une forme d'interprétation, mais Paul va très loin, au point que le dialogue entre les deux religions devient plus difficile encore…

Marcel Braekers
Heverlee

Kinderen van de vrije vrouw 

 

C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés

C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage.  Moi, Paul, je vous le déclare : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous sera plus d’aucun secours. Je l’atteste encore une fois : tout homme qui se fait circoncire est dans l’obligation de pratiquer la loi de Moïse tout entière..
Ga 5, 1-3


Claude Sélis

26-50

J'étais occupé, chers frères, à vous entretenir du rôle de la Loi et du rôle de la Foi dans votre nouvelle vie de baptisés en Jésus-Christ. Vous qui êtes pourtant de tradition juive, vous avez été attirés par le message de Jésus-Christ. Vous y avez reconnu "celui qui doit venir", tel qu'annoncé par les prophètes, le nouvel Adam, le nouveau Moïse, le nouveau David, Elie lui-même. Vous aviez pourtant compris que cette nouvelle figure était l'accomplissement de ces figures anciennes. Etre l'accomplissement veut dire deux choses: que le but initial est atteint (formidable !) mais donc aussi que le régime ancien est terminé (enfin !). Le but était, depuis Moïse, de se libérer de l'Egypte. Comme vous le savez, l'Egypte, au départ d'un esclavage bien réel, était devenue le symbole de toutes les formes d'esclavage. L'intervention de Moïse n'avait pas tout arrangé. Israël était retombé dans d'autres esclavages, dont celui du respect littéral de préceptes. Vous voyez où je veux en venir: la circoncision est un de ces préceptes. Précepte riche de signification au départ: il s'agissait de marquer dans sa chaire son appartenance à Dieu. Mais quand cela devient une routine, où est encore la signification ? Libérez-vous donc des routines, de l'esprit routinier, pour retrouver le vrai sens de l'appartenance à Dieu. Ne retournez pas en arrière ! Ne restez pas avec un pied d'un côté et un pied de l'autre côté ! Comprenez le changement qui s'est opéré. Désormais, ou bien vous suivez la voie du formalisme des préceptes (mais alors suivez-la complètement et le message du Christ n'aura servi à rien pour vous) ou bien vivez de cette exigence vivante, toujours à réinventer, de fidélité profonde à Celui qui vous a libérés profondément.

Claude Sélis
Bruxelles

 

 

C’est par l’Esprit que nous attendons la justice

Vous qui cherchez la justification par la Loi, vous vous êtes séparés du Christ, vous êtes déchus de la grâce. Nous, c’est par l’Esprit, en effet, que de la foi nous attendons la justice espérée. Car, dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, ce n’est pas que l’on soit circoncis ou non, mais c’est la foi, qui agit par la charité.
Ga 5, 4-6


Tommy Vandendriessche

27-50

La bonté et la miséricorde de Dieu sont centrales dans le Premier Testament.   La Loi de Dieu est chantée comme un don, comme une « grâce ». Pourtant, les paroles de Paul ont souvent été interprétées comme amenant une opposition entre la Loi et la Grâce. Il n'y a pourtant aucune raison de croire que le judaïsme a eu tendance à devenir davantage légaliste à son époque. Nous pouvons en effet traduire « Torah » par «chemin de vie», peut-être même par «chemin d'amour». 

L'amour n'est pas possible sans passer par des actes concrets et des actions vertueuses. Pour Dietrich Bonhoeffer, la grâce serait alors « à bon marché ». Lorsque Paul parle de grâce, il ne s’agit en rien d’une bienveillance magique et automatique de Dieu. Paul a bien compris que nous avons souvent tendance à nous "justifier" en invoquant nos propres actes. Comme si, pour quelque chose ou quelqu'un, il nous fallait tenir des comptes. En ce sens, Paul fait de vifs reproches à ses coreligionnaires et ses contemporains. Et ces reproches sont adressés à nous-mêmes également.  L'autojustification revêt bien des formes, pas seulement religieuses : « J'ai mis mes talents au service de notre économie. J'ai donc droit à une certaine reconnaissance sociale ».

Dans notre culture néo-libérale, n’avons-nous pas parfois des difficultés à accepter que des personnes reçoivent des soins, de l'affection, des prestations ou des services sociaux tout à fait "gratuitement"? "Nous sommes souvent dans le « donnant donnant ». Nous voulons bien évidemment aider les personnes vulnérables (les pauvres, les réfugiés, les personnes psychologiquement fragiles,...) mais c'est comme si elles devaient correspondre à l'image du "bon" pauvre, malade,... La parabole des ouvriers de la onzième heure est aujourd'hui aussi provocatrice qu'au premier siècle !  Paul est catégorique : celui qui veut se justifier est déchu de la grâce.  Il n'est dès lors pas facile de voir notre vie comme "n'importe quel cadeau". Elle suppose une attention, un lien réel avec ce qui est vulnérable, mais aussi également avec ce qui est le plus fragile en nous. ​

Tommy Vandendriessche
Roeselare

Wij verwachten door de Geest de verhoopte gerechtigheid van het geloof 

 

Colère d'amour

Votre course partait bien. Qui vous a empêchés d’obéir à la vérité ? Cette influence-là ne vient pas de Celui qui vous appelle. Un peu de levain suffit pour que toute la pâte fermente. Moi, j’ai dans le Seigneur la conviction que vous, vous n’adopterez pas une autre façon de penser. Quant à celui qui met le trouble chez vous, il en subira la sanction, quel qu’il soit..
Ga 5, 7-10


Myriam Tonus

28-50

Paul, on le sent, est vraiment piqué au vif. Il est déçu, comme on peut l'être lorsqu'on pense avoir donné à l'autre le meilleur de soi, le meilleur pour lui… et qu'il prend un chemin qui ne le mènera nulle part. Comment comprendre, en effet, que l'on puisse ne pas être bouleversé, ainsi que Paul l'a été, par le message du Christ qui ouvre une extraordinaire voie de libération? Comment peut-on se soumettre à des règles humaines contraignantes alors qu'on est appelé par une parole qui ne veut que la vie de l'humain, sous le signe de la liberté et de l'amour ? La question demeure posée : comment peut-on confiner sa foi dans des formes rituelles, des obligations, une obéissance aveugle, alors même que notre filiation divine devrait nous donner de penser et d'agir comme le Christ lui-même ? 

"Un peu de levain suffit pour que toute la pâte fermente" : Paul possède l'art consommé de suggérer une chose et son contraire ! Le ferment fait lever la pâte, en effet, mais s'il n'est pas bon, il rendra le pain immangeable. Qu'est-ce donc qui fermente, chez les Galates ? Et en nos cœurs ? Bien des choses peuvent travailler les êtres humains : des discours creux, des illusions, un ego plein de lui-même. Mais probablement le levain dont parle Paul est-il plutôt comme ce bon vent qui gonfle les voiles et permet d'aller au large. Accueillir en soi le souffle divin, c'est déjà se mettre en route. Et disant cela, c'est comme si l'apôtre laissait tomber irritation et déception. Le voici qui retrouve sa bienveillance fraternelle, son amour et sa confiance en l'humain : "j'ai la conviction que vous n'adopterez pas une autre façon de penser". L'agapè veut le vrai et parfois il faut secouer ceux qu'on aime. Mais au final, unis dans une fraternelle tendresse, on passe par-delà les errances. Quant à celles et ceux qui s'ingénient à récupérer l'Évangile pour assoir leur pouvoir, eh bien cela finira par se retourner contre eux. Parole d'apôtre.

Myriam Tonus
Dampremy

Woede van de liefde 

 

Vous avez été appelés à la liberté

Et moi, frères, si, comme certains le prétendent, je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? Car alors cette prédication abolirait le scandale de la Croix. Qu’ils aillent donc jusqu’à se mutiler, ceux qui sèment le désordre chez vous. Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres.
Ga 5, 11-14


Mary Lucy

29-50

En ce temps d’épidémie, toutes sortes de restrictions sont imposées à nos activités quotidiennes. Nous acceptons ces mesures dans leur intérêt pour le bien commun... mais cela signifie-t-il réellement que nous sommes devenus moins libres ?

La liberté est un des droits de l'homme les plus précieux. Comme croyants, nous considérons cette liberté comme un principe fondamental de notre humanité, donné par Dieu. Par le baptême, nous recevons une nouvelle liberté intérieure. Saint Paul nous le rappelle : « Vous avez été appelés à la liberté » (Gal 5, 13).

Mais qu'est-ce que cette liberté ? Afin de parvenir à une bonne compréhension, nous devons tourner nos yeux vers la Croix. Avec les yeux du monde, le Crucifié n'est pas une image de force et de victoire, mais de faiblesse et de défaite. C'est le « scandale de la croix ». Malgré sa toute-puissante, Jésus a choisi la faiblesse : « Nul ne peut m’enlever ma vie : je la donne de moi-même.» (Jn 10, 18). C'est ainsi que la croix devient le signe décisif de la liberté. Par amour pour nous et afin d'accomplir la volonté du Père, Jésus prend sa croix et donne librement sa vie. Jésus nous donne l'exemple de la liberté par le don de soi, et non de la liberté comme ‘prétexte d’égoïsme’.

Comme chrétiens, nous participons déjà à la vie éternelle grâce à la puissance divine qui vit en nos cœurs. Par cette grâce, nous pouvons accomplir des actes d'amour. L'amour nous appelle à aller au-delà de simples gestes de bonté. Avec le souffle de l’Esprit, nous apprenons à servir notre prochain à l'exemple de Jésus. Une telle liberté intérieure et véritable ne grandit en nous que lorsque nous prenons notre propre croix avec amour et que nous suivons Jésus.

Zr. Mary Lucy Sundry
Sittard (NL)

U werd geroepen tot vrijheid

 

Le chemin de l’amour : le plus grand défi de notre humanité

Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres.
Ga 5, 15-16


Blandine Vanderlinden
Dominique van Duyse

30-50

Le message de Jésus-Christ, que rappelle Paul dans l’ensemble de sa lettre, porte sur deux valeurs essentielles et liées, la liberté et l’amour. Toutes deux forment un couple indissociable et constituent le socle de notre humanité.

Nous sommes libres —et responsables— de nos choix, alors comment les orienter ? Comment leur donner sens ? La réponse nous est donnée par Jésus-Christ dans son commandement suprême.

Arrêtons-nous sur le terme amour. Que signifie vraiment aimer ? Qu’est-ce qu’aimer ? Pour nous, aimer est fondamentalement un acte de foi, il est également une décision, et il n’y a pas d’amour sans liberté.

Un acte de foi. On ne sait pas dire pourquoi on aime son partenaire, ses enfants, son voisin.  On aime son enfant parce qu’il est son enfant. C’est tout. C’est ainsi… Il n’y a pas d’autre explication…  C’est un acte de foi. Il  peut s’exprimer en "je crois en toi".

Une décision, une posture. Aimer c’est décider de porter un regard d’amour vers l’autre, vers la vie. C’est décider que ma vie soit orientée vers, et par, l’amour. Aimer son prochain s’exprime par la bienveillance, le respect, par tout acte lui permettant d’épanouir tout son soi, de prendre son envol. Les exemples d’actes d’amour sont innombrables aujourd’hui : le corps médical qui se dévoue au risque de sa propre santé, les commerçants qui travaillent avec cœur dans des conditions difficiles, les bénévoles qui rendent de multiples services, … Plus humblement aussi, mais tout aussi fort et important, nous pouvons retrouver l’acceptation et le respect du confinement, le port du masque pour protéger l’autre, ou tout simplement apporter de la joie autour de soi.

Une liberté. Aimer est un élan du cœur, un geste gratuit et sans attente. Si on ne s’aime pas, nos portes intérieures sont fermées. S’aimer soi-même permet d’être libéré de toutes nos peurs et blessures et de s’ouvrir. S’ouvrir à oser aimer l’autre, le seul chemin vers plus d’humanité : un fameux défi !

Blandine Vanderlinden
Dominique Van Duyse
Liège

 Het pad van de liefde : de grootste uitdaging van onze mensheid

 

Dieu est à nos côtés

Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. 
Ga 5, 16-17


Patrick Lens

31-50

Le problème est connu: parfois nous faisons des choses que nous préférerions faire différemment. Nous ne le remarquons généralement qu'après. Ou nous ne faisons pas ce que nous voulons réellement. Ensuite, nous ressentons généralement quelque chose comme du découragement et de la fatigue. Ajoutez à cela une bonne dose de perfectionnisme, ou une pensée défaitiste : cela ne devait pas m'arriver!

Paul soupire parfois: «Homme malheureux que je suis.» C’est facile à comprendre. Être chrétien est considéré par beaucoup de gens en termes de morale ou d'engagement. Bien sûr que c’est bien, mais cette vision a aussi ses angles morts. La plupart des chrétiens oublient que la foi est aussi un combat spirituel.

Il n'y a pas seulement en nous de l'impuissance, mais aussi de la résistance. Il y a aussi la faiblesse, la division intérieure. La Bible appelle cela le péché. Il ne s'agit pas seulement des nombreuses choses que nous pouvons mal faire, mais d'une tendance, une zone de non-liberté en nous. Jésus est venu nous en délivrer. Pour cela, le jour de Pâques et à la Pentecôte, il nous donne son Esprit.

Il se bat de notre côté, car nous ne pouvons pas le faire seuls. C'est quelque chose que beaucoup de croyants oublient, ou qu’ils ne savent même pas du tout. C'est la raison pour laquelle ils se découragent si vite. Ils pensent qu'ils doivent être parfaits pour être un bon chrétien, mais ils découvrent que ce n'est pas si facile et, dès lors, ils abandonnent.

Non, un bon chrétien est quelqu'un qui est prêt à se battre, ou plutôt qui est prêt à accepter qu'il a besoin d'aide. C'est le péché en nous qui nous empêche d'être libres, et nous ne pouvons le combattre qu'avec l'aide de l'Esprit. Nous pensons si vite que Dieu n'est pas satisfait de nous parce que nous faisons des erreurs, mais nous oublions que Dieu, par Son Esprit, est en fait de notre côté.

Patrick Lens
Bruxelles

God staat aan onze kant 

 

Les forces terribles de la chair

Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
Ga 5, 18-21


Raphaël Devillers
32-50

« La chair et l’esprit » : le couple de mots, que Paul vient d’employer, est célèbre mais n’est pas toujours bien compris. Ils ne désignent pas « le corps et l’âme ». La chair n’est pas la sexualité (on parle des péchés de la chair) et l’esprit n’est pas l’intériorité, la spiritualité. 

La chair, c’est la nature humaine laissée à elle-même, volcan incontrôlable de besoins et d’irascibilité. L’Esprit désigne la Force divine qui est donnée par le Christ et qui libère l’homme. Enchantés d’apprendre par Paul qu’ils ne sont plus sous la Loi mais libres sous l’Esprit, des Galates ont mal compris cette liberté et sous estimé la puissance des désirs de la chair. Puisque Jésus libérait de la Loi, on pouvait donc suivre ses penchants égoïstes, satisfaire sa recherche du bonheur, fuir le danger de la différence. 

Paul les met en garde contre cette dérive et leur rappelle le mal que peuvent causer les sollicitations de la chair. Il donne une liste de 16 actions de la chair laissée à elle-même. 

D’abord 3 déviances de la sexualité : « libertinage, impureté, débauche ». Mais Paul ne s’attarde pas davantage : il n’est pas l’obsédé sexuel que l’on a parfois dénoncé. Ensuite 2 perversions du culte divin : « idolâtrie et magie ». Faire ses propres dieux et les utiliser à son service. Vient alors la liste la plus longue, donc la plus importante, celle de 8 péchés contre l’amour du prochain : « haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie ».  Enfin les excès de table : « beuveries, ripailles et autres choses semblables ». 

Que l’on ne dise pas que ce n’est pas si grave. Paul répète ce qu’il avait déjà enseigné : les acteurs de ces choses n’entrent pas dans le Royaume de Dieu. 

Tout tourne autour du rejet de l’autre. Paul ne venait-il pas de dire que le cœur de la vie accomplie est : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Et il va poursuivre dans la même ligne en parlant du « fruit de l’Esprit ». 

Annoncer la liberté par l’Esprit fait peur car cette liberté n’est vraie que dans une existence donnée pour les autres. Jusqu’à la croix. Ainsi a fait Jésus.

Raphaël Devillers
Liège

De verschrikkelijke krachten van het vlees 

 

Amour

Mais voici le fruit de l’Esprit : amour
Ga 5,22


Antoinette Van Mossevelde
33-50

Dans les versets précédents, Paul nous a dressé la liste des actions qu'une vie sans foi peut amener. Ce qui suit maintenant est un encouragement à vivre selon l'Esprit.

L'Esprit —fragile, étrange et insaisissable— devient ainsi visible et concret dans le comportement humain. Le fruit de l'Esprit est l'amour: le fait de vivre d'un amour créateur qui nous désire dans la vie et nous aime. Qui désire et aime chaque personne. Qui nous demande de reconnaître et de traiter les autres comme nous-mêmes : comme désiré et digne d'amour. Car chacun est une image unique du Créateur selon les mots bouleversants de la Genèse (Gn 1:26).

Accueillir un tel amour et lui permettre de s'épanouir pleinement dans notre vie est loin d'être évident. Cela se heurte constamment à ce que Paul appelle les œuvres de la chair et de notre nature pécheresse : cette tendance humaine à rechercher d'abord ce qui est immédiatement tangible ou une gratification instantanée, les ambitions de l'ego qui considère d'abord ses propres intérêts, la peur d'être insignifiant qui conduit à des petits comportements mesquins,...

Pourtant, il nous est possible d’apprendre un tel amour : en faisant confiance en l'amour créateur de Dieu, commencement de toute vie et de chaque nouvelle vie. Il s’agit de s’abandonner petit à petit à Dieu qui, en Jésus, se montre solidaire de chacun de nous. Jésus de Nazareth est l'incarnation même de ce commandement qui résume toute la Torah : tu aimeras ton prochain comme toi-même (Gal. 5:14 ; Lév. 19:18). Dieu se fait homme dans un Amour qui invite et accueille tout le monde sans exception. L’Esprit de vie est ainsi destiné à tous ceux qui sont exclus. Qu’il nous embrase pour ne laisser tomber personne en dehors d’un tel amour, même un ennemi !

Voilà pourquoi nous sommes libérés : pour aimer, et pour être une bénédiction les uns pour les autres.

Antoinette Van Mossevelde
Gent

 

 

Joie

JOIE
Ga 5,22


Marianne Goffoël
34-50

La joie est l’un des fruits de l’Esprit, nous dit Saint Paul ! Selon le dictionnaire la joie est une émotion agréable, un sentiment de satisfaction ou de plaisir de durée limitée…. La joie dont nous parle l’Apôtre est tout autre, au point de constituer cet élément fondateur de sa foi en Christ. Cette joie s’enracine et se nourrit de cette rencontre personnelle avec le Christ, qui bouleversa sa vie sur la route de Damas.

Les exemples d’une telle joie abondent dans l’évangile. Comme dans le récit d’Emmaüs, l’évangile du soir de Pâques : « (…) Et ils se dirent l’un à l’autre : « notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Ecritures » (Lc 24,32). Quelque chose s’est passé au plus profond d’eux-mêmes, l’expérience d’une rencontre,  celle de la présence de Dieu qui  se dévoile au cœur même de cette rencontre.

Ou encore  Marie, « qui partit en hâte (…). Elle entra dans la maison de Zacharie et salua sa cousine Elisabeth » (Lc 1, 39-40). Une explosion de joie réciproque ! « Lorsqu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant bondit dans son sein et Elisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint » (Luc 1, 41)  et Marie de s’écrier  « … mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur … » (Lc 1, 47).

Ces trois exemples, bien loin d’évoquer un enthousiasme passager, nous disent une certitude joyeuse, expression d’une réalité incroyable, extraordinaire. Cette réalité est fruit de l’Esprit, source d’une énergie communicative, moment clé d’une vie, souvenir impérissable, moment-source, référence vitale lors de moments plus difficiles.

Le Christ  nous donne sa vie. Vivons de sa vie même,  « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).   A la suite de tous ces personnages, avec notre propre expérience chantons, en toute occasion, « Alléluia »,  pour exprimer cette joie.

Marianne Goffoël
Bruxelles

 

 

Paix

Paix
Ga 5,22


Marcel Braekers
35-50

Paul énumère toute une série de qualités pour décrire ce qu’est, selon lui, la vie selon l’Esprit. Il n'a manifestement pas oublié sa formation stoïcienne. Paul, devenu disciple du Christ, va cependant beaucoup plus loin. Il décrit maintenant l'homme nouveau, celui en qui l'Esprit de Dieu et de Jésus-Christ est à l'œuvre.

Aujourd’hui, commentons une de ces qualités : la « paix ».

Nous pourrions penser que s'il y a une condition ou une qualité de vie que nous avons à portée de mains, c'est bien la paix. Toutes les querelles, les guerres, les disputes de famille, les querelles de voisinage sont le résultat de la jalousie, de la cupidité, de la domination, etc. En réglant cela, les gens ne pourraient-ils pas vivre en paix par eux-mêmes ? Pourtant, Paul pense différemment. Certes, régler les conflits que je viens d’énumérer est essentiel, mais ils ne touchent que le niveau le plus élémentaire de la paix. Il s’agit de la paix la plus accessible et la plus gérable. Pour Paul, une dimension plus profonde est la paix comprise comme un don de l'Esprit. C'est la paix que nous ressentons lorsque nous nous sommes réconciliés avec nous-mêmes, la paix qui survient lorsque la vie offre une nouvelle perspective, peu importe ce qui s'est passé, c’est la paix ressentie parce que nous nous sentons aimés au plus profond de nous-mêmes.

N’avons-nous pas besoin de cette paix profonde et spirituelle pour établir la paix quotidienne de nos cœurs ? Ceux qui se savent reconnus et aimés au plus profond d'eux-mêmes ont ainsi une base solide pour se réconcilier, pour abandonner toute suffisance, pour faire un premier geste de rapprochement. Le don de l'Esprit provoque ainsi un profond bouleversement chez ceux qui sont convertis au Christ !

Marcel Braekers
Heverlee

 

 

Vivez sous la conduite de l'Esprit

Le fruit de l'esprit : amour, joie, paix, patience (...)
Ga 5,22



Claude Sélis
36-50

Je vous ai déjà entretenu, chers frères, de ces conduites malveillantes qui pourrissent la vie de communauté, la vôtre peut-être mais, en général, de toute société qui vit selon les lois "du monde", selon les lois "de la chair" comme je le dis aussi souvent. Peut-être estimez-vous que je suis toujours tellement négatif quand je parle du "monde", de la "chair". Je m'explique. Ce n'est pas le "monde" en soi, ni la "chair" en soi que je condamne mais le monde sans Dieu, la chair sans l'esprit. Un monde sans Dieu est, d'une manière ou d'une autre, un monde qui nie Dieu, qui prétend se suffire à lui-même, qui s'institue lui-même comme norme. Le monde appelle cela une libération; ce n'est qu'un autre esclavage. La chair sans l'esprit, sans ce souffle de vie que Dieu y a mis, ce n'est qu'un cadavre ambulant, une poupée articulée. Une telle conception du corps n'est-elle pas bien plus avilissante que la mienne ?

            Envisageons maintenant les choses de manière positive. Quelles seraient les conduites bienveillantes ? Je précise tout de suite: ces qualités ne sont pas, ne peuvent pas être le fondement de notre adhésion au Message de Jésus-Christ. Elles n'en sont que le fruit. Bien sûr, de bons fruits sont le signe que l'arbre est bon. Mais il ne faudrait pas réduire le Message de Jésus-Christ à un catalogue de qualités morales. Leur bonne application, sans lien avec leur fondement, ne serait pas longtemps tenable par vous sans tourner en respect maniaque de règles sclérosantes et ne serait même plus un message envers les autres, sauf un message de sclérose. Il faut toujours en référer à l'arbre qui nous porte, à Jésus-Christ, à l'Esprit que Dieu à mis en nous. Je peux bien vous donner quelques exemples de conduites bienveillantes mais ma liste ne serait jamais exhaustive. C'est à vous, dans les circonstances qui sont les vôtres, de les redéfinir, d'insister sur telle ou telle, dans la plus grande fidélité à l'esprit de Jésus-Christ.

Claude Sélis
Bruxelles

Leven volgens de Geest

 

Bonté

Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté (...)
Ga 5,22

Tommy Vandendriessche
37-50

Vous aimeriez être heureux et aimé? Qui ne le souhaiterait pas ?
Mais voulez-vous aussi être bon, patient, gentil ?

Dans son commentaire de la lettre aux Galates, Luther écrit à propos de la bonté : « Les chrétiens ne devraient pas être des gens durs et désagréables, ils devraient être doux, humains, accessibles et aimables. La bonté est l'une des plus grandes vertus et elle est nécessaire dans toutes les circonstances de la vie. » Cette aspiration à devenir une personne bonne et gentille est cependant bien souvent étouffée. Et quelque chose ou quelqu'un chuchote sans cesse en nous : « Ne t’acharne pas ! ».

Il faut pourtant continuer à nourrir ce désir d'une manière ou d'une autre. Il faudrait ? Il le faut ? Un exercice tout simple que j'ai appris un jour consiste à prononcer à haute voix chaque soir ce qui me rend reconnaissant. Pas de longues phrases, juste quelques mots ou, si nécessaire, un seul mot. Nous formons un cercle et quelqu’un invite à rendre grâce. Ce n’est pas un devoir, mais un désir de rendre grâce !

Ce désir personnel n'est-il pas justement une mise en garde de Paul ? L'amour, la bonté, la joie, la bonté... sont des fruits de l'esprit. Ce sont bien des cadeaux, et non le résultat de nos efforts moraux. Nous devons en effet faire une distinction entre « vouloir » et « être à l'écoute de notre désir ». Celui qui veut être pleinement satisfait dans son désir de relation n’éprouve-t-il pas souvent un sentiment d'impuissance ? Un professeur de zen, André Van der Braak, appelle cela la « conscience de la pauvreté » (cfr Tijdschrift voor Geestelijk Leven. 75, no. 4). Nous n'avons pas à nous battre contre cela, mais bien à accueillir cette réalité. Soyons bons avec nous-même également ! Car cette incapacité accroît notre ouverture à recevoir la vie comme un don. Il ne s’agit pas de se « perfectionner dans quelque chose ». Cela dépendrait encore trop de notre propre mérite... Nous ne pouvons que nous entrainer humblement à "pratiquer" cette bonté.

Tommy Vandendriessche
Roeselare

Vriendelijkheid 

Au-delà du bien

Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance (...)
Ga 5,22

Myriam Tonus
38-50

Misère des traductions, à qui il arrive trop souvent d'affadir le sens d'un mot… C'est le cas, justement, de cette "bienveillance" que Paul inscrit parmi les fruits d'une liberté portée par l'Esprit. Dans notre vocabulaire usuel, se montrer bienveillant, c'est adopter envers autrui une attitude ouverte, sans animosité ni préjugés, voir le bien plutôt que le mal. Comportement sans aucun doute préférable à tout ce que l'apôtre dénonce dans la nature humaine livrée à elle-même, mais qui n'exprime que faiblement la puissance que représente l'agathôsunè, mot rare dans la langue grecque et que l'on pourrait exprimer par bonté sans faille. Quoi ? N'était-il déjà pas question de bonté, juste avant ? Oui, mais c'est comme si Paul voulait renforcer encore son propos : à partir d'une bonté de base, pourrait-on dire, qui est faite d'obligeance et d'attention à l'autre, il va jusqu'à inviter au bien par-delà le bien, à une bonté tout à fait première, sans retour. Cette bonté-là est l'exacte opposée du mal, autant que la lumière s'oppose à la ténèbre. Elle ne relève pas de la morale – autre forme de la Loi – mais bien de l'être même de Dieu, ce Dieu qui affirme dès les origines que la création est bonne. Jésus lui-même, lorsqu'on l'appelle "bon maître", répond : "Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n'est bon, sinon un seul: Dieu“(Mc 10,17).

Dans l'énumération de Paul, cette bonté précède la foi. Hasard de l'écriture ? Sans doute pas. Car si le Souffle vient habiter notre être, notre nature humaine va se trouver complètement bouleversée – au point de voir en chaque humain un frère, une sœur. Reconnaissons que ce n'est pas une attitude qui va de soi… Comment continuer à espérer en l'humanité par-delà tous les malheurs qu'elle a produits si l'on n'a pas, chevillée en soi, cette bonté qui est comme l'expression première de notre filiation divine ? "Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son fils unique", écrira saint Jean. Et nous, aimons-nous le monde ? En ce qui concerne Paul, difficile d'en douter !

Myriam Tonus
Dampremy

Voorbij het goede

 

 

Fidélité

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité,
(...)
Ga 5,22

Sr Mary Amata Mueller
39-50

Jésus a dit un jour d’une femme pécheresse : « ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » (Lc 7, 47). Sainte Catherine de Sienne nous enseigne similairement : « Quand on découvre qu'on est aimé, on montre aussi de l'amour ».

Dieu est à la fois donneur d’amour et exemple d'amour. Tel est la base de la confiance. Celle-ci vient d’abord de l'exemple de Dieu, en particulier dans la passion, la mort et la résurrection de Jésus. Le Fils s’est ainsi montré fidèle à la volonté du Père. Par le salut que Jésus nous donne, il nous témoigne de sa fidélité et nous pouvons ainsi lui faire confiance. Comment ? Peut-être simplement en étant fidèle dans nos activités quotidiennes, dans nos lieux de vie, dans notre propre vocation. Fidèle aux dons de l'Esprit Saint. Dieu confie ainsi la vie aux humains —mémoire, intelligence et volonté— et la grâce des fruits de l'Esprit Saint. A travers tout cela, Il nous rend digne.

Si le fruit de la confiance grandit en nous, il se répandra alors dans la vie de celles et ceux qui nous entourent, malgré nos failles et nos faiblesses. Parce que nos péchés sont pardonnés, nous pouvons montrer beaucoup d'amour. Alors vraiment, nous pouvons  devenir des exemples et une source d'inspiration pour aider les personnes autour de nous à grandir plus encore en confiance.

Sr Mary Amata Mueller
Sittard (NL)

Vertrouwen 

Et si la douceur était les yeux et les oreilles de notre cœur ?

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur
(...)
Ga 5,22

Elise Reul
40-50

Dans les différentes facettes de l’unique Esprit, il y a la douceur, nous dit Paul.

N’est-ce pas surprenant ? Pourtant, il y a au fond de ma mémoire un souvenir de douceur qui a marqué ma vie. Peut-être avez-vous le vôtre ? Raviver ce souvenir peut nous faire toucher du doigt la force de la douceur. J’avais huit ans lorsque la perte de ma maman m’a coupé l’appétit de vie et l’appétit tout court. A la maison, je refusais les repas préparés par d’autres mains. Un jour, suivi d'autres, je fus invitée à une table voisine, la table d’une maison de repos. Là, avec plaisir et bonheur, j’ai partagé le repas des jeunes femmes au service des pensionnaires. Je me sentais enveloppée d'une douce chaleur toute maternelle. Le miracle de sollicitude avait porté ses fruits : douceur à donner, douceur à recevoir.

Jésus avait une manière bien à lui d'être présent aux personnes dans ses gestes, ses paroles, ses attitudes, sans jugement. Son regard était doux, compatissant, sans reproche, d'une force, d'une puissance qui touche le cœur. Un regard qui fait comprendre au regardé que tout est possible, un renouveau peut advenir, un retournement, une espérance. Souvenons-nous comment il a accueilli Marie Madeleine qui lave les pieds de son Seigneur avec un parfum de prix. Ce faisant elle lui donne une grande douceur que Jésus reçoit pleinement.

Aurons-nous l’humilité nécessaire pour recevoir la douceur d’autrui, l’accueillir comme un enfant accepte une caresse sur sa joue ? Aurons-nous un regard empli de douceur, de tendresse, celui qui permet un retournement, un renouveau, une espérance sur nos proches, nos voisins, sur le monde surtout en ces temps si particuliers que nous vivons ?

Laissons-nous inspirer par la douceur bienveillante de notre Maitre et Seigneur, pour faire de la douceur les yeux et les oreilles de notre coeur.

Elise Reul
Liège

Croissance

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur,
et maîtrise de soi
(...)
Ga 5,22

Patrick Lens
41-50

Les fruits de l'Esprit ne sont pas le commencement de la vie chrétienne. Ils n'en sont pas non plus le résultat. Il s'agit bien plus que de l'éthique. C'est une question de croissance. C’est le résultat du travail de l'Esprit en nous. En fait, c'est l'œuvre de Dieu. La lettre aux Galates dit que la loi n'a rien à voir avec cela. Amour, paix, patience, gentillesse, bonté… on ne peut pas décréter de telles choses. Tout cela doit venir de l'intérieur. Cela a quelque chose à voir avec le cœur, mais aussi avec notre sensibilité.

Paul mentionne la maîtrise de soi comme le dernier fruit. Spontanément, on pourrait imaginer que celui-ci vienne en premier. N'est-ce pas la qualité minimale qu’on peut attendre d’une personne sérieuse ? Nous pensons d’ailleurs souvent que la maîtrise de soi est définie par la négative, comme l’abstention de faire quelque chose : quelqu'un qui parvient à se retenir, ou qui est dans le contrôle de lui-même. Mais pour Paul, le fruit de la maîtrise de soi vient bien en dernier.

Celle-ci ne peut pas être le résultat d'une vie vécue avec retenue, car cela n'a rien à voir avec les fruits de l'Esprit. La maîtrise de soi est un fruit de l'amour : une attention à ne blesser personne, même si on est de nature colérique. C'est un fruit de paix, si on est capable de réagir pas seulement à partir de ses propres émotions.

La maîtrise de soi est un fruit de la bonté : c'est le souci de respecter les autres. C’est la base de la confiance: même les choses difficiles finissent par être résolues. Les fruits de l'Esprit changent toute une vie. Ils font grandir et s'épanouir les êtres humains. Ils deviennent ainsi plus heureux, plus aimants et donc meilleurs, dans des comportements très concrets. L'amour est cette énergie qui peut changer les gens spontanément, et elle vient toujours de l'intérieur.

Patrick Lens
Bruxelles

Groei



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