Au-delà du bien

Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance (...)
Ga 5,22

Myriam Tonus
38-50

Misère des traductions, à qui il arrive trop souvent d'affadir le sens d'un mot… C'est le cas, justement, de cette "bienveillance" que Paul inscrit parmi les fruits d'une liberté portée par l'Esprit. Dans notre vocabulaire usuel, se montrer bienveillant, c'est adopter envers autrui une attitude ouverte, sans animosité ni préjugés, voir le bien plutôt que le mal. Comportement sans aucun doute préférable à tout ce que l'apôtre dénonce dans la nature humaine livrée à elle-même, mais qui n'exprime que faiblement la puissance que représente l'agathôsunè, mot rare dans la langue grecque et que l'on pourrait exprimer par bonté sans faille. Quoi ? N'était-il déjà pas question de bonté, juste avant ? Oui, mais c'est comme si Paul voulait renforcer encore son propos : à partir d'une bonté de base, pourrait-on dire, qui est faite d'obligeance et d'attention à l'autre, il va jusqu'à inviter au bien par-delà le bien, à une bonté tout à fait première, sans retour. Cette bonté-là est l'exacte opposée du mal, autant que la lumière s'oppose à la ténèbre. Elle ne relève pas de la morale – autre forme de la Loi – mais bien de l'être même de Dieu, ce Dieu qui affirme dès les origines que la création est bonne. Jésus lui-même, lorsqu'on l'appelle "bon maître", répond : "Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n'est bon, sinon un seul: Dieu“ (Mc 10,17).

Dans l'énumération de Paul, cette bonté précède la foi. Hasard de l'écriture ? Sans doute pas. Car si le Souffle vient habiter notre être, notre nature humaine va se trouver complètement bouleversée – au point de voir en chaque humain un frère, une sœur. Reconnaissons que ce n'est pas une attitude qui va de soi… Comment continuer à espérer en l'humanité par-delà tous les malheurs qu'elle a produits si l'on n'a pas, chevillée en soi, cette bonté qui est comme l'expression première de notre filiation divine ? "Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son fils unique", écrira saint Jean. Et nous, aimons-nous le monde ? En ce qui concerne Paul, difficile d'en douter !

Myriam Tonus
Dampremy

Voorbij het goede

 

 

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