Vivez sous la conduite de l'Esprit

Le fruit de l'esprit : amour, joie, paix, patience (...)
Ga 5,22



Claude Sélis
36-50

Je vous ai déjà entretenu, chers frères, de ces conduites malveillantes qui pourrissent la vie de communauté, la vôtre peut-être mais, en général, de toute société qui vit selon les lois "du monde", selon les lois "de la chair" comme je le dis aussi souvent. Peut-être estimez-vous que je suis toujours tellement négatif quand je parle du "monde", de la "chair". Je m'explique. Ce n'est pas le "monde" en soi, ni la "chair" en soi que je condamne mais le monde sans Dieu, la chair sans l'esprit. Un monde sans Dieu est, d'une manière ou d'une autre, un monde qui nie Dieu, qui prétend se suffire à lui-même, qui s'institue lui-même comme norme. Le monde appelle cela une libération; ce n'est qu'un autre esclavage. La chair sans l'esprit, sans ce souffle de vie que Dieu y a mis, ce n'est qu'un cadavre ambulant, une poupée articulée. Une telle conception du corps n'est-elle pas bien plus avilissante que la mienne ?

            Envisageons maintenant les choses de manière positive. Quelles seraient les conduites bienveillantes ? Je précise tout de suite: ces qualités ne sont pas, ne peuvent pas être le fondement de notre adhésion au Message de Jésus-Christ. Elles n'en sont que le fruit. Bien sûr, de bons fruits sont le signe que l'arbre est bon. Mais il ne faudrait pas réduire le Message de Jésus-Christ à un catalogue de qualités morales. Leur bonne application, sans lien avec leur fondement, ne serait pas longtemps tenable par vous sans tourner en respect maniaque de règles sclérosantes et ne serait même plus un message envers les autres, sauf un message de sclérose. Il faut toujours en référer à l'arbre qui nous porte, à Jésus-Christ, à l'Esprit que Dieu à mis en nous. Je peux bien vous donner quelques exemples de conduites bienveillantes mais ma liste ne serait jamais exhaustive. C'est à vous, dans les circonstances qui sont les vôtres, de les redéfinir, d'insister sur telle ou telle, dans la plus grande fidélité à l'esprit de Jésus-Christ.

Claude Sélis
Bruxelles

Leven volgens de Geest

 

Bonté

Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté (...)
Ga 5,22

Tommy Vandendriessche
37-50

Vous aimeriez être heureux et aimé? Qui ne le souhaiterait pas ?
Mais voulez-vous aussi être bon, patient, gentil ?

Dans son commentaire de la lettre aux Galates, Luther écrit à propos de la bonté : « Les chrétiens ne devraient pas être des gens durs et désagréables, ils devraient être doux, humains, accessibles et aimables. La bonté est l'une des plus grandes vertus et elle est nécessaire dans toutes les circonstances de la vie. » Cette aspiration à devenir une personne bonne et gentille est cependant bien souvent étouffée. Et quelque chose ou quelqu'un chuchote sans cesse en nous : « Ne t’acharne pas ! ».

Il faut pourtant continuer à nourrir ce désir d'une manière ou d'une autre. Il faudrait ? Il le faut ? Un exercice tout simple que j'ai appris un jour consiste à prononcer à haute voix chaque soir ce qui me rend reconnaissant. Pas de longues phrases, juste quelques mots ou, si nécessaire, un seul mot. Nous formons un cercle et quelqu’un invite à rendre grâce. Ce n’est pas un devoir, mais un désir de rendre grâce !

Ce désir personnel n'est-il pas justement une mise en garde de Paul ? L'amour, la bonté, la joie, la bonté... sont des fruits de l'esprit. Ce sont bien des cadeaux, et non le résultat de nos efforts moraux. Nous devons en effet faire une distinction entre « vouloir » et « être à l'écoute de notre désir ». Celui qui veut être pleinement satisfait dans son désir de relation n’éprouve-t-il pas souvent un sentiment d'impuissance ? Un professeur de zen, André Van der Braak, appelle cela la « conscience de la pauvreté » (cfr Tijdschrift voor Geestelijk Leven. 75, no. 4). Nous n'avons pas à nous battre contre cela, mais bien à accueillir cette réalité. Soyons bons avec nous-même également ! Car cette incapacité accroît notre ouverture à recevoir la vie comme un don. Il ne s’agit pas de se « perfectionner dans quelque chose ». Cela dépendrait encore trop de notre propre mérite... Nous ne pouvons que nous entrainer humblement à "pratiquer" cette bonté.

Tommy Vandendriessche
Roeselare

Vriendelijkheid 

Au-delà du bien

Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance (...)
Ga 5,22

Myriam Tonus
38-50

Misère des traductions, à qui il arrive trop souvent d'affadir le sens d'un mot… C'est le cas, justement, de cette "bienveillance" que Paul inscrit parmi les fruits d'une liberté portée par l'Esprit. Dans notre vocabulaire usuel, se montrer bienveillant, c'est adopter envers autrui une attitude ouverte, sans animosité ni préjugés, voir le bien plutôt que le mal. Comportement sans aucun doute préférable à tout ce que l'apôtre dénonce dans la nature humaine livrée à elle-même, mais qui n'exprime que faiblement la puissance que représente l'agathôsunè, mot rare dans la langue grecque et que l'on pourrait exprimer par bonté sans faille. Quoi ? N'était-il déjà pas question de bonté, juste avant ? Oui, mais c'est comme si Paul voulait renforcer encore son propos : à partir d'une bonté de base, pourrait-on dire, qui est faite d'obligeance et d'attention à l'autre, il va jusqu'à inviter au bien par-delà le bien, à une bonté tout à fait première, sans retour. Cette bonté-là est l'exacte opposée du mal, autant que la lumière s'oppose à la ténèbre. Elle ne relève pas de la morale – autre forme de la Loi – mais bien de l'être même de Dieu, ce Dieu qui affirme dès les origines que la création est bonne. Jésus lui-même, lorsqu'on l'appelle "bon maître", répond : "Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n'est bon, sinon un seul: Dieu“ (Mc 10,17).

Dans l'énumération de Paul, cette bonté précède la foi. Hasard de l'écriture ? Sans doute pas. Car si le Souffle vient habiter notre être, notre nature humaine va se trouver complètement bouleversée – au point de voir en chaque humain un frère, une sœur. Reconnaissons que ce n'est pas une attitude qui va de soi… Comment continuer à espérer en l'humanité par-delà tous les malheurs qu'elle a produits si l'on n'a pas, chevillée en soi, cette bonté qui est comme l'expression première de notre filiation divine ? "Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son fils unique", écrira saint Jean. Et nous, aimons-nous le monde ? En ce qui concerne Paul, difficile d'en douter !

Myriam Tonus
Dampremy

Voorbij het goede

 

 

Fidélité

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité,
(...)
Ga 5,22

Sr Mary Amata Mueller
39-50

Jésus a dit un jour d’une femme pécheresse : « ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » (Lc 7, 47). Sainte Catherine de Sienne nous enseigne similairement : « Quand on découvre qu'on est aimé, on montre aussi de l'amour ».

Dieu est à la fois donneur d’amour et exemple d'amour. Tel est la base de la confiance. Celle-ci vient d’abord de l'exemple de Dieu, en particulier dans la passion, la mort et la résurrection de Jésus. Le Fils s’est ainsi montré fidèle à la volonté du Père. Par le salut que Jésus nous donne, il nous témoigne de sa fidélité et nous pouvons ainsi lui faire confiance. Comment ? Peut-être simplement en étant fidèle dans nos activités quotidiennes, dans nos lieux de vie, dans notre propre vocation. Fidèle aux dons de l'Esprit Saint. Dieu confie ainsi la vie aux humains —mémoire, intelligence et volonté— et la grâce des fruits de l'Esprit Saint. A travers tout cela, Il nous rend digne.

Si le fruit de la confiance grandit en nous, il se répandra alors dans la vie de celles et ceux qui nous entourent, malgré nos failles et nos faiblesses. Parce que nos péchés sont pardonnés, nous pouvons montrer beaucoup d'amour. Alors vraiment, nous pouvons  devenir des exemples et une source d'inspiration pour aider les personnes autour de nous à grandir plus encore en confiance.

Sr Mary Amata Mueller
Sittard (NL)

Vertrouwen 

Et si la douceur était les yeux et les oreilles de notre cœur ?

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur
(...)
Ga 5,22

Elise Reul
40-50

Dans les différentes facettes de l’unique Esprit, il y a la douceur, nous dit Paul.

N’est-ce pas surprenant ? Pourtant, il y a au fond de ma mémoire un souvenir de douceur qui a marqué ma vie. Peut-être avez-vous le vôtre ? Raviver ce souvenir peut nous faire toucher du doigt la force de la douceur. J’avais huit ans lorsque la perte de ma maman m’a coupé l’appétit de vie et l’appétit tout court. A la maison, je refusais les repas préparés par d’autres mains. Un jour, suivi d'autres, je fus invitée à une table voisine, la table d’une maison de repos. Là, avec plaisir et bonheur, j’ai partagé le repas des jeunes femmes au service des pensionnaires. Je me sentais enveloppée d'une douce chaleur toute maternelle. Le miracle de sollicitude avait porté ses fruits : douceur à donner, douceur à recevoir.

Jésus avait une manière bien à lui d'être présent aux personnes dans ses gestes, ses paroles, ses attitudes, sans jugement. Son regard était doux, compatissant, sans reproche, d'une force, d'une puissance qui touche le cœur. Un regard qui fait comprendre au regardé que tout est possible, un renouveau peut advenir, un retournement, une espérance. Souvenons-nous comment il a accueilli Marie Madeleine qui lave les pieds de son Seigneur avec un parfum de prix. Ce faisant elle lui donne une grande douceur que Jésus reçoit pleinement.

Aurons-nous l’humilité nécessaire pour recevoir la douceur d’autrui, l’accueillir comme un enfant accepte une caresse sur sa joue ? Aurons-nous un regard empli de douceur, de tendresse, celui qui permet un retournement, un renouveau, une espérance sur nos proches, nos voisins, sur le monde surtout en ces temps si particuliers que nous vivons ?

Laissons-nous inspirer par la douceur bienveillante de notre Maitre et Seigneur, pour faire de la douceur les yeux et les oreilles de notre coeur.

Elise Reul
Liège

Croissance

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur,
et maîtrise de soi
(...)
Ga 5,22

Patrick Lens
41-50

Les fruits de l'Esprit ne sont pas le commencement de la vie chrétienne. Ils n'en sont pas non plus le résultat. Il s'agit bien plus que de l'éthique. C'est une question de croissance. C’est le résultat du travail de l'Esprit en nous. En fait, c'est l'œuvre de Dieu. La lettre aux Galates dit que la loi n'a rien à voir avec cela. Amour, paix, patience, gentillesse, bonté… on ne peut pas décréter de telles choses. Tout cela doit venir de l'intérieur. Cela a quelque chose à voir avec le cœur, mais aussi avec notre sensibilité.

Paul mentionne la maîtrise de soi comme le dernier fruit. Spontanément, on pourrait imaginer que celui-ci vienne en premier. N'est-ce pas la qualité minimale qu’on peut attendre d’une personne sérieuse ? Nous pensons d’ailleurs souvent que la maîtrise de soi est définie par la négative, comme l’abstention de faire quelque chose : quelqu'un qui parvient à se retenir, ou qui est dans le contrôle de lui-même. Mais pour Paul, le fruit de la maîtrise de soi vient bien en dernier.

Celle-ci ne peut pas être le résultat d'une vie vécue avec retenue, car cela n'a rien à voir avec les fruits de l'Esprit. La maîtrise de soi est un fruit de l'amour : une attention à ne blesser personne, même si on est de nature colérique. C'est un fruit de paix, si on est capable de réagir pas seulement à partir de ses propres émotions.

La maîtrise de soi est un fruit de la bonté : c'est le souci de respecter les autres. C’est la base de la confiance: même les choses difficiles finissent par être résolues. Les fruits de l'Esprit changent toute une vie. Ils font grandir et s'épanouir les êtres humains. Ils deviennent ainsi plus heureux, plus aimants et donc meilleurs, dans des comportements très concrets. L'amour est cette énergie qui peut changer les gens spontanément, et elle vient toujours de l'intérieur.

Patrick Lens
Bruxelles

Groei

Libérés pour aimer

Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. Ne cherchons pas la vaine gloire ; entre nous, pas de provocation, pas d’envie les uns à l’égard des autres.
(...)
Ga 5,24-26

Raphaël Devillers
42-50

Paul conclut ici le petit développement qu’il avait commencé au verset 13 en rappelant aux Galates leur vocation à la liberté. Il a rectifié leur dérive infantile: cette liberté ne se vit pas sur un tapis roulant mais sur un terrain de luttes acharnées contre les pulsions de la chair. Sans recourir à des abstractions il a bien précisé la différence énorme entre les actions conduites par la chair et celles opérées sous l’action de l’Esprit.

Maintenant il termine: « Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs ». Il est remarquable de souligner comment Paul nomme les baptisés : « être au Christ » (déjà en 5, 2). La foi nouvelle n’est pas d’abord un enregistrement dans une Eglise ni un programme moral mais le don de sa propre personne au Christ.  A l’image de Paul le baptisé doit pouvoir dire : « Je vis mais ce n’est plus moi c’est le Christ qui vit en moi » (2, 20). Il n’est plus sous la directive de la Loi mais uni à une personne « qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (2,20)

« Ceux du Christ » mènent le combat contre la chair : « ils la crucifient » parce qu’ils savent que  Christ a accepté d’être crucifié par amour pour eux et qu’il en est sorti vivant. Juguler les passions de la chair n’est pas une mort mais une résurrection.

Et il répète ce qu’il avait déjà dit au verset 16 : « Si nous vivons par l’Esprit marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit ».

Donc notre liberté est certaine mais non formatée : « Si… ». Les attraits des passions peuvent toujours nous séduire et nous pouvons résister aux sollicitations de l’Esprit.
Le Christ ne nous a pas libérés de la prison de la Loi pour faire de nous des robots.

Et il termine par un avertissement : « Pas de course à la vaine gloire pas de rivalités mutuelles pas d’envie ». Ce qui montre bien finalement que l’enjeu final c’est l’amour des frères.

Raphaël Devillers
Liège

Vrij gemaakt om lief te hebben