Persévérer et garder courage

PAUL, apôtre, – envoyé non par des hommes, ni par l’intermédiaire d’un homme, mais par Jésus Christ et par Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts, – ainsi que tous les frères qui sont avec moi : aux Églises du pays galate. À vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ, qui s’est donné pour nos péchés, afin de nous arracher à ce monde mauvais, selon la volonté de Dieu notre Père, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles.
Ga 1,1-5


Patrick Lens

1-50

Cette année, Pâques se vit en mode mineur. «Les frères qui sont avec moi» écrit saint Paul. Bien peu de personnes ont la possibilité de dire de tels mots en ce temps de confinement. «Être arraché à ce monde mauvais» écrit-il également. Nous n'aurions peut-être pas aimé entendre cela l'année dernière. En attendant, nous pouvons bien imaginer qu’il nous est possible de vivre quelque chose. Nous vivons vraiment dans une situation difficile et c’est pourquoi nous devons peut-être mieux la comprendre. Quelle attitude devons-nous alors adopter à cet égard ?

Paul est un apôtre, envoyé non par des hommes, ni par l’intermédiaire d’un homme. Paul a été bouleversé par le Ressuscité et c'était peut-être la dernière chose à laquelle il s'attendait. Pour les chrétiens, Pâques est devenu une évidence. Mais certaines expériences limites peuvent aussi nous aider à réfléchir à ce qui nous est le plus fondamental : quel avenir nous est-il permis d’espérer ?  Jésus a parcouru seul son chemin, le passage étroit, le néant. Et son père l'a ressuscité d'entre les morts. De prime abord, un tel message est impossible.  Mais c’est peut-être aussi le seul qui nous reste...

Pour Pâques, nous aurons des œufs… mais il n’y aura pas d’Eucharistie. Certains d'entre nous seront seuls aujourd'hui. Heureusement, il y a internet pour maintenir le contact. Nous ne pouvons alors aujourd'hui que nous souhaiter mutuellement « la grâce et la paix ». C'est peut-être exactement ce dont nous avons besoin en ce temps : la grâce, la force de persévérer et de garder courage, avec la proximité bienfaisante avec Dieu. La paix en découle : elle est liée à l'acceptation de ce qui nous arrive ici et maintenant, mais aussi à l'idée que Dieu n'a pas d'autre choix que de vouloir ce qui est bon pour nous. Il l'a montré dans son Fils, lui qui s'est donné pour nos péchés, et qui a été élevé et fortifié par le Père, aujourd'hui également ! Après les ténèbres de la mort, Il se révèle à nouveau.

Joyeuse fête de Pâques

Patrick Lens
Bruxelles

Genade en vrede

 

Il n’y a qu’un Évangile

Je m’étonne que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, et que vous passiez à un Évangile différent. Ce n'en est pas un autre : il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent changer l’Évangile du Christ. Pourtant, si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! Nous l’avons déjà dit, et je le répète encore : si quelqu’un vous annonce un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème !
Ga 1,6-9


Raphaël Devillers

2-50

D’habitude, après le salut d’adresse à ses destinataires, Paul enchaîne avec une action de grâce. Mais ici d’emblée il apostrophe les Galates de manière frontale, sur un ton ironique qui laisse percevoir sa colère. « J’admire avec quelle rapidité vous vous détournez de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ pour passer à un autre Évangile ! ».

Ce qui est en cause est donc gravissime.  Après le départ de Paul, des hommes sont arrivés dans la communauté et l’ont chamboulée en affirmant, contre Paul, qu’il leur faut absolument revenir à la pratique de la circoncision et des préceptes de la Torah.

Paul bout de rage parce que cette affirmation torpille non ses idées personnelles mais le cœur même de la foi qui lui a été révélée sur le chemin de Damas et qu’il a résumée dès  le départ de sa lettre :  Jésus est Christ-Messie, Fils de Dieu, il s’est livré à la mort pour nous offrir le pardon des péchés et son Père l’a ressuscité. Par le don de son Esprit, nous sommes dans le nouveau monde et il n’y a rien à ajouter. Là est l’Évangile. L’unique Bonne Nouvelle. 

Mettre sa confiance dans ses actes, multiplier les œuvres pour « faire son salut », ce n’est rien moins que renverser l’Évangile. Péril d’autant plus grave qu’il joue sur la piété et les pratiques religieuses.  Et dans son emportement, Paul redouble une terrible menace. Si moi-même, dit-il, si un ange, si un homme vous annonce un autre message, qu’il soit anathème. C’est-à-dire qu’il subisse la malédiction de Dieu et soit exclu de la communauté. Paul n’exagère pas : il y va du tout de l’Évangile. Que dirait-il aujourd’hui à ces multitudes qui ont choisi comme Bonne Nouvelle la satisfaction des envies, le luxe, les voyages,  les méthodes de développement personnel, les doctrines ésotériques ? La lettre aux Galates recentre notre foi sur l’essentiel.

Raphaël Devillers
Liège

Er is geen ander evangelie

 

Est-ce à des hommes que je cherche à plaire ?

Maintenant, est-ce par des hommes ou par Dieu que je veux me faire approuver ? Est-ce donc à des hommes que je cherche à plaire ? Si j’en étais encore à plaire à des hommes, je ne serais pas serviteur du Christ. Frères, je tiens à ce que vous le sachiez, l’Évangile que j’ai proclamé n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ.
Ga 1,10-12


Antoinette Van Mossevelde

3-50

« Comment pouvez-vous soutenir que c’est par des hommes que je veux me faire approuver ? J’ai pourtant maudit tous ceux qui prêchent un autre évangile ! » 

L'évangile que Paul proclame est accessible à quiconque, sans avoir à suivre la Torah des juifs. Ni la circoncision, ni les lois alimentaires ne sont des préalables pour suivre le chemin de Jésus de Nazareth. Non pas parce qu'il serait plus « facile » d'aller dans cette direction. Le message de Jésus n'a rien à voir avec la recherche d'un succès à bon marché. La mort infamante sur la croix le montre clairement. Il en résulte qu’une telle liberté appartient à l'essence même de l'évangile de Jésus-Christ. 

La justice que vise la Torah n'est pas atteinte par un strict respect des prescriptions. Le salut promis par Dieu ne vient pas de l'accomplissement de la loi. La vie de Jésus a continuellement montré à quel point un certain accomplissement rigide de la loi pouvait être source de discrimination et d’oppression. Et comment, finalement, les lois produisent parfois l'opposé de ce qu'elles sont censées apporter. 

C'est par la grâce de Dieu que l'homme est justifié et non par ses propres œuvres. Cette confiance en Dieu est plus importante que toutes les œuvres sur lesquelles nous pouvons compter. C'est seulement dans une telle foi que l'homme peut devenir vraiment libre. Libre de tout ce qui le lie à lui-même et à ses idoles; libre de tout ce qui n'est pas Dieu. Paul a découvert cette liberté en Christ. Une liberté qui nous apprend à être plein d’audace face à Dieu. 

Cette liberté et cette audace n'ont rien à voir avec un manque d’engagement. Au contraire, ils sont au service d'un amour solidaire qui s'adresse inconditionnellement à tout être humain, sans distinction. Aucune loi, aucun précepte, aucune règle ne peut s’opposer à l'aide aux personnes dans le besoin. 

Se mettre au service du Christ, c'est être libéré de l'envie de plaire aux hommes. Paul a découvert un telle liberté en Jésus-Christ, et il continuera à la défendre inlassablement, quelles que soient les critiques et les reproches qu'il endurera.

Antoinette Van Mossevelde
Gand

Zoek ik soms de gunst van de mensen?

 

Tous les chemins mènent... à Damas

Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. Mais Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère ; dans sa grâce, il m’a appelé ; et il a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations païennes.
Ga 1,13-16a


Marianne Goffoël

4-50

Les catéchistes de jadis –et peut-être encore d’aujourd’hui- ne manquaient pas d’imagination pour essayer de nous faire comprendre ce soudain retournement de Paul sur le chemin de Damas, auquel il fait allusion dans le passage de sa lettre aux Galates.  Il était tellement  bouleversé qu’il tomba de son cheval !  Les peintres, à partir du 12ème siècle se placèrent aussi dans ce sillage pour représenter cette conversion fulgurante…. Le récit rapporté au sujet de Saül  —c’était son nom « avant »— nous le relate ainsi. « Une lumière venant du ciel l’enveloppa soudain de sa clarté. Il tomba par terre » (Ac 9). 

L’image avancée par les catéchistes de jadis parle d’elle-même. L’explication ne réside pas, bien sûr,  dans une chute physique,  mais bien dans une chute toute spirituelle, toute intérieure. Tomber de son cheval, c’est tomber de haut ! Il n’y avait que les grands seigneurs qui se hissaient sur de telles montures… Saül est donc terrassé dans son orgueil et tombe de très haut grâce à cette lumière qui l’enveloppe de sa clarté, de cette rencontre personnelle avec Dieu.  

Il tombe de ses certitudes – qui volent en éclats. Lui, qui avait à cœur  d’accomplir les traditions de ses pères en persécutant l’Eglise de Dieu, tombe dans l’humilité qui fait la grandeur de Dieu. Il entre dans une relation d’un autre ordre. Il passe du combat contre les autres, au combat contre lui-même. Il passe de la mort à la vie, il se relève, tout comme le Christ.  Saül était le nom d’un roi… Il s’appellera bientôt « Paul », qui signifie « petit, humble, faible » lorsqu’il commencera sa nouvelle mission. Nous sommes tous appelés à passer par cette expérience,  un jour ou l’autre… Et cette expérience, fût-elle tonitruante ou silencieuse, sera à jamais un moment fondateur, qui nous poussera désormais  —irrésistiblement—  à annoncer l’Évangile du Christ autour de nous.

Marianne Goffoël
Bruxelles

Alle wegen leiden naar... Damascus

 

Je le déclare devant Dieu

Aussitôt, sans prendre l'avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient Apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie et, de là, je suis retourné à Damas. Puis, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours auprès de lui. Je n’ai vu aucun des autres Apôtres sauf Jacques, le frère du Seigneur. En vous écrivant cela, – je le déclare devant Dieu – je ne mens pas.  Ensuite, je me suis rendu dans les régions de Syrie et de Cilicie. Mais pour les Églises de Judée qui sont dans le Christ, mon visage restait inconnu ; elles avaient simplement entendu dire : « Celui qui nous persécutait naguère annonce aujourd’hui la foi qu’il cherchait alors à détruire. » Et l’on rendait gloire à Dieu à mon sujet.
Ga 1,16-24


Marcel Braekers

5-50

De nos jours, il est fréquent de voir des personnes qui partagent librement leurs histoires personnelles et intimes. Tel n'était pas le cas pas du temps de l'Antiquité, où il n'était pas habituel de dévoiler ses sentiments et de s'exposer de la sorte. Paul devait donc avoir une raison très sérieuse pour se présenter comme il le fait dans cet extrait. La raison est claire : il décrit comment il a été un défenseur zélé de la Torah —bien plus que la plupart de ses compatriotes— et comment il a poursuivi les convertis au Christianisme, en les persécutant jusqu'à la mort. Il décrit ainsi très concrètement et personnellement ce qu’un strict respect de la loi peut entraîner. Une attitude scandaleuse qui rend plus poignant encore son récit. A la suite de tous les grands prophètes, Paul mentionne en plus qu'il a été choisi par Dieu dès le sein de sa mère, ce qui ne fait que rendre plus terrifiant encore son comportement. Et pourtant, il nous décrit cet appel dans un récit aussi sobre que frappant. 

Que recherche Paul dans tout cela ? Il cherche à mettre en lumière la différence qu’il y a entre suivre la Loi et vivre de l'Esprit. Submergé par l'amour et la puissance du Christ ressuscité, il est devenu un autre homme. Chaque page de ses épîtres en témoigne : désormais, tous les hommes seront égaux. Les choses passeront mais seul l'amour subsistera. La vie et la mort doivent donc être comprises dans cette perspective.

Dieu, qui l'a appelé dès le sein de sa mère, l'a frappé de sa grâce en la personne de Jésus-Christ. Cela a déclenché chez Paul une attitude aussi radicale que celle qu’il avait lorsqu’il vivait sous la Loi.

Par la suite, Paul ne se rend pas à Jérusalem et ne rejoint pas la communauté naissante, mais part pour l'Arabie où il commence sa mission. Bien plus tard, il commencera à réaliser l'importance de la fraternité et retournera finalement à Jérusalem.  

Éprouvait-il à ce moment le besoin d’en savoir davantage ? Voulait-il à entendre de Pierre comment ce Jésus avait vécu lors de sa vie terrestre ?

Marcel Braekers
Heverlee

God is mijn getuige

Afin que demeure la vérité de l'Evangile

Puis, au bout de quatorze ans, je suis de nouveau monté à Jérusalem j’étais avec Barnabé, et j’avais aussi emmené Tite. J’y montais à la suite d’une révélation, et j’y ai exposé l’Évangile que je proclame parmi les nations ; je l’ai exposé en privé, aux personnages les plus importants, car je ne voulais pas risquer de courir ou d’avoir couru pour rien. Eh bien ! Tite, mon compagnon, qui est grec, n’a même pas été obligé de se faire circoncire. Il y avait pourtant les faux frères, ces intrus, qui s’étaient infiltrés comme des espions pour voir quelle liberté nous avons dans le Christ Jésus, leur but étant de nous réduire en esclavage ; mais, pas un seul instant, nous n’avons accepté de nous soumettre à eux, afin de maintenir pour vous la vérité de l’Évangile.
Ga 2,1-5


Claude Sélis

6-50

Chers frères,          

Comme vous vous le rappelez peut-être, j'étais déjà allé à Jérusalem pour rencontrer les notables de la Communauté. J'y suis retourné il y a peu, avec Barnabé et Tite, après des années de prédication en milieu païen. A Jérusalem, devant le Communauté et encore séparément devant les notables, j'ai ré-expliqué l'Evangile tel que je le prêchais à tous ces peuples nouveaux, comme vous. Ils étaient un peu étonné que je prêche à des gens qui n'étaient pas issus du judaïsme et ils se demandaient comment ces gens pouvaient y comprendre quelque chose. Ils s'inquiétaient surtout de savoir si ces gens avaient bien adopté toutes les coutumes et manières de prier du judaïsme.

Mais je leur ai expliqué que le message de Jésus Christ était indépendant de ces coutumes, que l'Evangile est un message qui peut parler et être bénéfique à tout le monde. Finalement, ils étaient bien d'accord et ils n'ont pas exigé, par exemple, que Tite, ce jeune Grec converti qui était avec moi, soit circoncis. Ce petit incident doit nous rappeler, chers frères, que nous devons tenir à l'essentiel, aux vrais valeurs de l'Evangile, et ne pas nous laisser enfermer dans des coutumes humaines propres à tel peuple ou à telle époque. L'Evangile nous libère de tout cela et c'est cette liberté que nous devons préserver pour nous laisser interpeller, au-delà de toutes ces habitudes et routines, au plus profond de nous par ce qu'il y a de plus profond dans l'Evangile.

Claude Sélis
Bruxelles
De waarheid van het Evangelie behouden blijft...

Je ne mens pas !


Didier Croonenberghs
Je ne mens pas !
Chapitre 1

"En écrivant cela, je ne mens pas"  (Ga 1,20)

Quelle curieuse manière de se justifier ! Paul n’est pas loin du paradoxe du menteur: une contradiction logique qui peut être résumée par la situation suivante. Imaginez qu’une personne vous dise: « Je mens ». Si ce qu’elle dit est vrai, alors ce qu’elle dit est faux, puisqu’elle ment ! Et si ce qu’elle dit est faux, cela veut dire qu’elle ne ment pas… et qu’elle dit donc la vérité ! C’est tout simplement une situation paradoxale, une énigme qui a donné du fil à retordre aux logiciens durant des siècles. Certes, ceux-ci diront qu’ « aucune proposition ne peut exprimer quelque chose au sujet d’elle-même » ! Autrement dit, la vérité d’une proposition ne s’atteste, ne se vérifie que de l’extérieur, par une autre proposition !

Au chapitre 1 de la lettre aux Galates, Paul pose les bases de son argumentation. Son poignant récit de conversion évoque son passé de persécuteur, son présent de serviteur. Mais son récit est tellement improbable, incroyable, qu’il insiste, avec une assurance presque suspecte : « Je ne mens pas ! » Qui atteste la véracité des dires de Paul, sinon lui seul?  

Les récits et témoignages de conversion —les persécuteurs devenus disciples— ont toujours plu. Ils cachent souvent des contradictions. Lorsqu’on se revendique être passé du vice à la vertu —par appel fulgurant ou ‘conversion’— la contradiction ou la rechute n’est jamais loin. Car Paul, le converti, reproche finalement…  la conversion de ceux « qui ont abandonné si vite celui qui les a appelés par la grâce du Christ ! » Pour lui, la bonne nouvelle prêchée par ces judaïsants n’en est pas une mais un retour à des pratiques antérieures où l’homme devait se justifier « lui-même », en cherchant à plaire aux hommes !  Une fois encore, notre Paul refuse toute forme d'auto-justification ! Ce qu’il n’est pas loin de faire pour lui-même... 

Au-delà de toutes les contradictions dans l’argumentation de Paul —qui brûle ce qu’il a adoré et qui prêche ce qu’il a persécuté— nous découvrons dans ce chapitre un homme qui n’a pas peur du conflit. "Celui qui nous persécutait naguère annonce aujourd'hui la foi qu'il cherchait alors à détruire." L’intransigeance qu’il met dans son argumentation et dans la défense de l’évangile est à la démesure de son zèle avant sa conversion. Pour Paul, tout ce qui amoindrit l’incroyable de l’Évangile est en réalité une perversion de l’annonce même de l’évangile… même si cette annonce venait  "d’un ange du ciel !"  Car si le sel de l’évangile s’affadit, comment redeviendra-t-il bonne nouvelle ? L’enjeu de la lettre aux Galates et crucial. Il y va de la pertinence de l’évangile. 

Et nous dans tout cela ? Comme Paul, d'où que nous parlions, osons-nous vraiment prêcher le cœur de l’évangile sans stratégie, sans fard, sans artifice rhétorique pour éviter de blesser ? En n’ayant pas peur de nos contradictions ?   Pour cela, ne faut-il pas, comme Paul, relire nos vies ? En y une décelant une vérité première qui nous met en adéquation avec nous-mêmes et nous porte : un Dieu plus grand que toutes nos contradictions.

En faisant donc remonter sa vocation « au temps où il était dans le sein de sa mère », Paul relit sa vie et nous invite à faire de même. 

Didier Croonenberghs
Liège

Un lien profond avec Jésus

 

Quant à ceux qui étaient tenus pour importants – mais ce qu’ils étaient alors ne compte guère pour moi, car Dieu est impartial envers les personnes –, ces gens importants ne m’ont imposé aucune obligation supplémentaire, mais au contraire, ils ont constaté que l’annonce de l’Évangile m’a été confiée pour les incirconcis (c’est-à-dire les païens), comme elle l’a été à Pierre pour les circoncis (c’est-à-dire les Juifs). En effet, si l’action de Dieu a fait de Pierre l’Apôtre des circoncis, elle a fait de moi l’Apôtre des nations païennes.
Ga 2, 6-8


Tommy Vandendriessche

7-50

Paul parle franchement. Non comme un diplomate posé mais comme une personne impétueuse, passionnée, convaincue de sa cause. Il ne se laisse pas impressionner par le moindre prestige social ou religieux. Sa fougue ne provient pas de l’enflure de son ego. L'ego de Paul n'est pas gonflé, mais bien rempli par Dieu. Mais de quel Dieu s'agit-il? Le Dieu manifesté en Jésus, victime, persécuté, crucifié, bouc émissaire. En définitive, il n’est pas possible de séparer ce que Paul écrit de son attachement à la personne de Jésus.

Paul n’oppose pas le « Dieu de Jésus » au « Dieu d'Israël ». Plus tôt dans sa lettre (1, 15-16), il avait déjà fait référence à l'histoire de la vocation de Jérémie. « La parole de Yahvé m'a été adressée : 'Avant de te former dans le sein de ta mère, je t'ai choisi' ». Yahvé, c'est le Dieu de l'exode et de la délivrance. « Je suis qui je suis ».
Il n’est donc pas possible de décrire la vie antérieure de Paul comme juive et simplement opposée à celle qui est la sienne désormais. A son époque, le mouvement Jésus n'était pas une religion indépendante mais un des mouvements au sein du judaïsme. Paul a donc continué à servir le Dieu de ses pères, mais d'une manière différente.

Dans sa Lettre aux Galates, Paul décrit la rencontre à Jérusalem avec les principaux dirigeants de la communauté chrétienne. La Lettre aux Galates est considérée comme la plus ancienne source écrite de ce concile d'apôtres. Lors de cette assemblée, il a été décidé que Paul était chargé de proclamer l’Évangile aux les païens (tous les non-juifs).

Les textes des premiers temps du christianisme brossent ainsi un tableau fascinant de la grande diversité au sein du mouvement de Jésus. Faut-il parler ici d' « unité dans la diversité » ? Une telle unité ne repose pas sur un compromis diplomatique —aussi précieux soit-il— mais sur un lien profond avec Jésus et, par conséquent, avec toutes les victimes et les boucs émissaires.

Tommy Vandendriessche
Roeselare

Een diepe verbondenheid met Jezus

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