Introduction à la lettre aux Galates
  • Séquence 1 : Introduction à la lettre aux Galates

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Esprit, tu nous donneras de ta liberté

Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter, car je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen.

Ga 6,17-18

Dominique Olivier
50-50

Esprit comme le vent, nous ne savons pas d’où tu viens, Esprit comme le vent, nous ne savons pas où tu vas, tu nous donneras de ta liberté.

Cet hymne à l’Esprit Saint colle à notre actualité : fête de Pentecôte et méditation finale de la lettre de Paul aux Galates, un hymne musclé à la liberté.

La liberté est subtile. Elle a plusieurs couches. Au plus profond, la liberté intérieure est peut-être celle qui nous permet de dire haut et fort notre vérité, à l’exemple de Paul. Il prend sa liberté pour affirmer son attachement corporel au Christ et ce passage par le corps ne souffre aucune discussion. C’est le ‘je suis’ de Paul. Ainsi, personne ne peut m’empêcher de m’interroger sur le sens de mon existence. C’est ma liberté intérieure, fondamentale et ma foi en Christ vient, non pas la brider, mais la renforcer.

La liberté intérieure, se tricote avec la liberté relationnelle. Nous projetons tous sur autrui nos désirs comme des filins pour amarrer notre bateau affectif par peur de la solitude, pour tromper l’angoisse sur laquelle on navigue. On se ligote en ligotant autrui. Pourtant, les liens sont indispensables à notre survie. Ces liens nous permettent de nous amarrer ensemble, pour des durées variables, en pleine mer, pour une navigation de concert, toujours plus compliquée, incertaine, mais riche d’ouverture, en un mot de Vie. C’est cette double liberté subtile qu’utilise Paul quand il est capable, dans le même message, « d’engueuler » les Galates et de terminer sa lettre en les appelant frères. Il ne cherche pas à ligoter ses frères. Il cherche à les amarrer à la seule liberté possible, celle que donne l’Esprit du Christ comme enfants d’un même Père !

Sans une bonne dose d’espérance, impossible de naviguer en terre inconnue. Paul nous rappelle que la seule amarre possible est l’Esprit même du Christ, l’amour du Père qui nous aime, chacun, libre et rempli de joie. Qu’en ce jour de Pentecôte, l’Esprit nous donne de sa liberté !

Dominique Olivier
Liège

Une création nouvelle

Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. Pour tous ceux qui marchent selon cette règle de vie et pour l’Israël de Dieu, paix et miséricorde.

Ga 6,15-16

Sr Agnes Schreck
49-50

Chaque année, avant la Pentecôte, nous attendons dans notre ‘chambre haute’ l'accomplissement de la promesse de Jésus : « Quand le Saint-Esprit viendra sur vous, vous en recevrez la puissance et vous serez mes témoins... jusqu'aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8). Ensemble, nous invoquons l’Esprit et nous nous ouvrons à la promesse de Dieu. Il s’agit de nous libérer de nos visions parfois étroites et limitées, de notre groupe politique, de notre propre agenda,… Chez les Galates, ce programme était dominé par les catégories ‘circoncis’ et ‘incirconcis’. La réponse de Paul à ces questions est cependant toujours d'actualité : « Vivez comme une création nouvelle » !

Paul se rendit compte que la promesse de l'ancienne alliance —dont la circoncision était le signe— était accomplie, et qu'un nouveau signe avait été donné : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant.»  Ailleurs, Paul écrit que notre vie nouvelle commence par la participation à la mort et la résurrection de Jésus-Christ : « Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. » (Rm 6, 4). Par notre baptême, nous sommes donc cette nouvelle création, en tant que membres de son corps dans la mort et la résurrection de Jésus. Ce don est décrit par Paul « une règle de vie » selon laquelle il nous faut désormais marcher. Une invitation offerte à tous. En ce jour qui précède la Pentecôte, demandons de faire l'expérience d’une telle paix dans notre vie, et de cette miséricorde dont parle Paul. Viens, Saint-Esprit ! Jour après jour, vivons davantage selon ce principe de vie. « Tu envoies ton souffle : tout est recréé ; tu renouvelles la face de la terre. » (Ps. 104:30).

Zr Agnes Schreck
Sittard (NL)

Een nieuwe schepping

Libéré, délivré

Mais pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde.

Ga 6,14

Myriam Tonus
48-50

Près de terminer sa lettre aux Galates, Paul leur livre ce qui est pour lui le tout à fait essentiel, qui a bouleversé sa vie : le Christ Messie crucifié. L'apôtre se complairait-il dans une fascination morbide de la souffrance ? C'est malheureusement ainsi qu'au fil des siècles, certains auteurs ont entendu les propos de Paul… faisant, du même coup, une coupable impasse sur tout ce qui s'est déployé au fil de l'épître. Ce qui a transformé Paul, le faisant passer de persécuteur à apôtre, c'est une expérience intime, inscrite dans sa chair. Lui, implacable défenseur de la Loi de son peuple, qui "respirait la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur" (Ac 9,1), voici qu'il reçoit cette révélation qui jette bas ses certitudes les plus ancrées : en se rendant librement dépendant de la croix, Jésus met à nu la Loi religieuse qui le condamne. Il affranchit du même coup tout être humain par rapport aux préceptes d'une Loi qui n'est pas faite pour la vie mais au contraire enferme dans le péché et la mort.

L'expérience de Paul est celle de la conversion. Non pas ce qu'on entend généralement par ce mot – l'adhésion à une nouvelle doctrine – mais bien la metanoïa, ce bouleversement complet qui est comme une inversion des pôles. Non plus le devoir dicté par la loi, mais l'infinie liberté portée par le souffle de l'amour ; non plus la dépendance de l'esclave par rapport à Dieu, mais l'insigne dignité du fils ; non plus la nature humaine livrée à ses errances, mais l'humain recréé, habité de la vie même de Dieu, devenu pour le monde icone du Christ qui vit en lui. Libéré, délivré, définitivement affranchi sans que pèse une quelconque dette, Paul prêchera désormais la bonne nouvelle d'un messie crucifié. Scandale et folie aux oreilles des bien-pensants. Extraordinaire libération qui crucifie tout ce qui, en nous, demeure servilement lié aux routines et pouvoirs du monde.

Myriam Tonus
Dampremy

Vrijgegeven, geleverd

Un épilogue impressionnant

Regardez ce que j’écris en grandes lettres pour vous de ma propre main. Tous ceux qui veulent faire humainement bonne figure, ce sont ceux-là qui vous obligent à la circoncision ; ils le font seulement afin de ne pas être persécutés pour la croix du Christ. Car ceux qui se font circoncire n’observent pas eux-mêmes la Loi ; ils veulent seulement vous imposer la circoncision afin que votre chair soit pour eux un motif de fierté.

Ga 6,11-13

Tommy Vandendriessche
47-50

Dans un épilogue impressionnant, Paul répète tous les thèmes de la lettre, mais maintenant avec encore plus d'insistance. Une telle lettre était destinée à être proclamée. Paul a donc dû la dicter comme s'il s'adressait, en personne, à un public. Il utilise ici toutes les techniques de persuasion et de rhétorique. Au premier siècle, il n'était pas rare que de tels discours aient un caractère polémique. Cependant, il est assez inhabituel que Paul termine tout le reste de la lettre —une puissante reprise du cœur de son argumentation— de ses propres mains. Cela en dit long sur sa passion.

Paul était sans aucun doute quelqu'un qui avait un grand talent d'organisateur. Il a fondé de nombreuses communautés. Il a encouragé et exhorté, structuré et conseillé. Et puis il est passé à autre chose... pour une bonne raison sans doute. Peut-être était-il trop prophète pour être seulement un manager ? Paul était également trop "impliqué" pour construire un système à partir de ses déclarations.

Tout mouvement qui ne veut pas s’étioler et devenir insignifiant a besoin d’un Paul de temps en temps : des femmes et des hommes qui osent parler sans peur, avec une grande liberté intérieure. Des personnes qui osent une parole tranchante. Qui osent aussi formuler les choses précisément et qui posent des questions : ‘Quel est le fond du problème ?’, ‘Que devons-nous oser laisser tomber ?’  ‘Que faut-il préserver et développer ?’

Dans son récent discours « Le christianisme au XXIème siècle », Thomas Halik pose la question de savoir s'il n’est pas simpliste de diviser les personnes entre "croyants" et "non-croyants" en fonction de leur réponse à la question de savoir s'ils croient ou non en Dieu, et en quelle religion ou église ils prétendent croire. « Souvenez-vous, il y a beaucoup de gens qui croient sans appartenir, et beaucoup de gens qui appartiennent sans croire. »

Tommy Vandendriessche
Roeselare

Een indrukwekkende epiloog

Ne vous découragez pas de faire le bien

Ne nous lassons pas de faire le bien, car, le moment venu, nous récolterons, si nous ne perdons pas courage.  Ainsi donc, lorsque nous en avons l’occasion, travaillons au bien de tous, et surtout à celui de nos proches dans la foi.
Ga 6,5-8

Claude Sélis
46-50

Vous savez bien, chers frères, que l'adhésion au message de Jésus-Christ implique de faire le bien, concrètement, au jour le jour, à l'intérieur de la communauté bien sûr mais aussi tout autour de vous. Mais, comme je vous l'ai déjà dit, le message de Jésus-Christ ne peut être réduit à cela. Ce n'en est qu'une conséquence pratique, évidente, normale. Je ne vous ai jamais enseigné une petite morale, une sagesse tranquille comme le font tant de sages à cette époque, avec quelques consignes pour s'aménager une vie paisible, résignée, fataliste, insensible au monde. Je vous ai enseigné l'adhésion à une personne qui est venue avec un autre regard sur le monde, une autre manière de s'y situer, une volonté de le transformer. Dans ce cadre-là, la pratique du bien change de dimension. Elle n'est plus seulement un calcul savant de bonne civilité, un baume de bonne conscience individuelle; elle peut devenir le témoignage, banal au départ, d'une ligne de vie qui peut devenir exceptionnelle dans certaines circonstances.

Pratiquer le bien occasionnellement ou quand tout le monde pratique le bien, ce n'est pas difficile. Mais le faire dans un contexte de tensions, de conflits, d'échecs, de déceptions, de manque de résultats, c'est autre chose ! Le découragement, voilà l'ennemi. Où trouverez-vous la force dans ce cas ? Dans de nouvelles consignes ? Dans de l'auto-suggestion perpétuelle ? Moi, je l'ai trouvée en la personne de Jésus-Christ. Certes, je l'avoue, j'aimerais aussi voir le fruit de mon action de mon vivant mais mon endurance ne tient pas à cela. Je sais qu'au-delà de ma personne, c'est en Jésus-Christ que mon action portera sa seule véritable fécondité. D'ailleurs, vaine est mon action si ce n'est pas pour être féconde en Lui. Ce n'est pas une affaire de moment, maintenant ou plus tard, mais de trouver où se trouve la vraie fécondité. Par contre, ce qui est affaire de temps, c'est l'action humaine. En tant qu'humain, je n'ai pas d'autre choix pour "pratiquer le bien" que de le faire pendant mon existence terrestre. Et celle-là est limitée ! Alors, mes frères, ne reportez pas au lendemain et préparez-vous à tenir bon le temps de votre vie.

Claude Sélis
Bruxelles

Raak niet ontmoedigd het goede te doen

Ce que l’on a semé, on le récoltera

Celui qui reçoit l’enseignement de la Parole doit donner, à celui qui la lui transmet, une part de tous ses biens. Ne vous égarez pas : Dieu ne se laisse pas narguer. Ce que l’on a semé, on le récoltera. Celui qui a semé en vue de sa propre chair récoltera ce que produit la chair : la corruption ; mais celui qui a semé en vue de l’Esprit récoltera ce que produit l’Esprit : la vie éternelle.
Ga 6,5-8

Marcel Braekers
45-50

Le dernier chapitre de la lettre aux Galates est une suite de conseils quelque peu désordonnée. Il donne l'impression qu'un auteur ultérieur a rassemblé des déclarations éparses de Paul. Aux versets 6 à 10, il est dit : « Celui qui reçoit l’enseignement de la Parole doit donner, à celui qui la lui transmet, une part de tous ses biens. » La Naardense Bijbel  propose plus précisément que celui qui reçoit l’enseignement doit partager « toutes les bonnes choses ». On retrouve cette même exhortation dans la lettre aux Romains (15, 27) et dans la première lettre aux Corinthiens (1Cor 9,11). Chaque fois, il est clair que par « bonnes choses », il faut entendre un soutien matériel.

Il est étrange que Paul doive répéter cela à plusieurs reprises. Nous pourrions penser qu'il s'agit d'une forme élémentaire de fraternité. Les prêcheurs itinérants étaient des figures passionnées mais également vulnérables : certains d'entre eux étaient bien éduqués et servaient de modèle pour les autres, mais la plupart étaient plus faibles intellectuellement et avaient tout laissé derrière eux (ce qui souvent ne signifiait pas grand chose). Ce sont les premiers prédicateurs qui ont jeté les bases de l'Église postérieure. Dans les Évangiles —écrits beaucoup plus tard— ce mode de vie devient un conseil évangélique. « N'apportez rien pour la route, pas de bâton, pas de sac de voyage, pas de pain, pas d'argent, pas de vêtements. »

Paul a donc défendu ces personnes vulnérables alors qu'il n'en avait pas besoin pour lui-même. Son métier de fabricant de tentes était très populaire et il semble qu’il ait pu emporter quelques outils pour travailler. Il est cependant étrange de voir que de riches communautés —qui appréciaient écouter l'enseignement de prêcheurs itinérants —aient pu laisser ceux-ci à leur sort. Qu'avaient-elles alors compris du message ? Qu'est-ce que l'Esprit a fait naître en elles ?

L’enthousiasme insouciant et désintéressé contraste ainsi fortement avec l'attitude négligente et égocentrique de certains auditeurs. En définitive, une foi qui ne se montrerai pas solidaire aussi bien avec les personnes partageant les mêmes idées qu’avec les "autres" serait une foi plutôt ambiguë.

Marcel Braekers
Heverlee

Wat een mens zaait zal hij ook oogsten

Sommes-nous prêts à mettre notre tablier ?

Si quelqu’un pense être quelque chose alors qu’il n’est rien, il se fait illusion sur lui-même. Que chacun examine sa propre action ; ainsi, c’est seulement par rapport à lui-même qu’il trouvera ses motifs de fierté et non par rapport aux autres. Chacun, en effet, portera sa propre charge.
Ga 6,3-5

Marianne Goffoël
44-50

« Si quelqu’un pense être quelque chose alors qu’il n’est rien…. » Durs, durs à « encaisser », ces mots de Paul pour les Galates hier, comme pour nous, aujourd’hui. L’Apôtre « enfonce le clou, sur une condition incontournable, pour qui veut faire partie de la communauté chrétienne : vivre de l’esprit de l’évangile, vivre du Christ.

Depuis notre plus tendre enfance, nous avons entendu qu’il fallait être les meilleurs, le premier en classe, le meilleur en tout…, le plus intelligent, le plus beau, le plus riche… Cet idéal du « moi », porté par l’ambition, ne se fait qu’au détriment des autres, au sein d’une rivalité sans merci.  « Aut Caesar, aut nihil », ou le meilleur, ou alors on n’est rien, ou presque… à nos yeux, aux yeux des autres…

C’est là que Paul porte le fer et nous ramène à l’essentiel. Ce qu’il nous dit tient en quelques mots : « cesse de te regarder, tourne ton regard et ton cœur vers les autres »… mais pas n’importe comment. Cela exige de nous un dépouillement, une volte-face par rapports à nos inclinations naturelles. Le Christ est venu pour nous recentrer sur ce qui fait le cœur de notre foi : l’amour. L’amour de Dieu et l’amour du prochain. Ne sont-ils pas qu’un unique commandement, comme Jésus le rappelle dans sa réplique aux pharisiens (Mt 22,36). L’évangile du Jeudi Saint nous montre ainsi le Christ, qui accomplit le geste d’un serviteur en lavant les pieds de ses disciples.   Jésus, à ce geste, ajoute ces paroles : « Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi ». A chacun(e) d’entre nous, si nous le voulons, « de mettre notre tablier ».  Sommes-nous prêts à aimer de cet unique amour ?

Marianne Goffoël
Bruxelles

In een geest van zachtmoedigheid

Dans un esprit de douceur

Frères, si quelqu’un est pris en faute, vous, les spirituels, remettez-le dans le droit chemin en esprit de douceur ; mais prenez garde à vous-mêmes : vous pourriez être tentés, vous aussi. Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ.
Ga 6,1-2

Antoinette Van Mossevelde
43-50

En deux versets à peine, Paul esquisse toute une manière de vivre !

Il s'agit de cette attitude qui cherche la guérison, de nouvelles opportunités, de la solidité au sein de la communauté, qui se met en quête de ce qui est perdu. Nous entendons ici un écho aux paroles de Jésus dans l'Évangile de Luc : « Il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de salut. » (Luc 15,7)

Il ne s’agit pas de devenir des champions de la charité, mais bien de vivre dans un « esprit de douceur ». De cet esprit de douceur, le psaume 37 et la troisième béatitude en font écho: « Heureux les doux, car ils auront la terre en héritage». (Matt. 5, 5)

L'esprit de douceur révèle sa pleine dimension dans les ‘situations difficiles’, dans les conflits, là où se trouvent injustice et violence. Il ne s'agit pas de subir ou de permettre que les crimes se produisent. Bien au contraire, l’esprit de douceur nous invite à agir de manière tendre, en ne permettant pas qu’une attitude puisse être imposée par les agissements d’une autre personne. Il s’agit de refuser que notre comportement soit dicté par un autre, mais qu’il le soit plutôt par notre tendre force d'action. Pour cela, il nous faut témoigner de notre capacité de résistance non violente et de notre courage de nous impliquer face à la misère —qu'une personne se fait à elle-même ou aux autres— et face à l'injustice dont les gens sont et restent responsables. L’esprit de douceur ne nous laisse pas seuls face à ces enjeux.

La douceur accepte notre désir mais aussi notre incapacité à être la personne que nous voudrions être. Elle traite avec soin nos côtés vulnérables et défaillants, et ceux des autres. Une telle capacité se développe lorsqu'elle s’enracine dans une force, douce et généreuse : celle du Souffle créateur, de l'Esprit qui rassemble ce qui est divisé.

En fonction des personnes et dans certaines situations, la construction de la fraternité requiert plus que de la charité. Cela suppose le développement de notre sécurité sociale, l'annulation de la dette de tant de pays du tiers monde, l'engagement en faveur d'un système fiscal équitable et d'un commerce mondial équitable,... Il s'agit d'actions de solidarité dans lesquelles nous nous aidons à "porter les fardeaux les uns des autres"

Antoinette Van Mossevelde
Gent

In een geest van zachtmoedigheid

Libérés pour aimer

Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. Ne cherchons pas la vaine gloire ; entre nous, pas de provocation, pas d’envie les uns à l’égard des autres.
(...)
Ga 5,24-26

Raphaël Devillers
42-50

Paul conclut ici le petit développement qu’il avait commencé au verset 13 en rappelant aux Galates leur vocation à la liberté. Il a rectifié leur dérive infantile: cette liberté ne se vit pas sur un tapis roulant mais sur un terrain de luttes acharnées contre les pulsions de la chair. Sans recourir à des abstractions il a bien précisé la différence énorme entre les actions conduites par la chair et celles opérées sous l’action de l’Esprit.

Maintenant il termine: « Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs ». Il est remarquable de souligner comment Paul nomme les baptisés : « être au Christ » (déjà en 5, 2). La foi nouvelle n’est pas d’abord un enregistrement dans une Eglise ni un programme moral mais le don de sa propre personne au Christ.  A l’image de Paul le baptisé doit pouvoir dire : « Je vis mais ce n’est plus moi c’est le Christ qui vit en moi » (2, 20). Il n’est plus sous la directive de la Loi mais uni à une personne « qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (2,20)

« Ceux du Christ » mènent le combat contre la chair : « ils la crucifient » parce qu’ils savent que  Christ a accepté d’être crucifié par amour pour eux et qu’il en est sorti vivant. Juguler les passions de la chair n’est pas une mort mais une résurrection.

Et il répète ce qu’il avait déjà dit au verset 16 : « Si nous vivons par l’Esprit marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit ».

Donc notre liberté est certaine mais non formatée : « Si… ». Les attraits des passions peuvent toujours nous séduire et nous pouvons résister aux sollicitations de l’Esprit.
Le Christ ne nous a pas libérés de la prison de la Loi pour faire de nous des robots.

Et il termine par un avertissement : « Pas de course à la vaine gloire pas de rivalités mutuelles pas d’envie ». Ce qui montre bien finalement que l’enjeu final c’est l’amour des frères.

Raphaël Devillers
Liège

Vrij gemaakt om lief te hebben

Croissance

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur,
et maîtrise de soi
(...)
Ga 5,22

Patrick Lens
41-50

Les fruits de l'Esprit ne sont pas le commencement de la vie chrétienne. Ils n'en sont pas non plus le résultat. Il s'agit bien plus que de l'éthique. C'est une question de croissance. C’est le résultat du travail de l'Esprit en nous. En fait, c'est l'œuvre de Dieu. La lettre aux Galates dit que la loi n'a rien à voir avec cela. Amour, paix, patience, gentillesse, bonté… on ne peut pas décréter de telles choses. Tout cela doit venir de l'intérieur. Cela a quelque chose à voir avec le cœur, mais aussi avec notre sensibilité.

Paul mentionne la maîtrise de soi comme le dernier fruit. Spontanément, on pourrait imaginer que celui-ci vienne en premier. N'est-ce pas la qualité minimale qu’on peut attendre d’une personne sérieuse ? Nous pensons d’ailleurs souvent que la maîtrise de soi est définie par la négative, comme l’abstention de faire quelque chose : quelqu'un qui parvient à se retenir, ou qui est dans le contrôle de lui-même. Mais pour Paul, le fruit de la maîtrise de soi vient bien en dernier.

Celle-ci ne peut pas être le résultat d'une vie vécue avec retenue, car cela n'a rien à voir avec les fruits de l'Esprit. La maîtrise de soi est un fruit de l'amour : une attention à ne blesser personne, même si on est de nature colérique. C'est un fruit de paix, si on est capable de réagir pas seulement à partir de ses propres émotions.

La maîtrise de soi est un fruit de la bonté : c'est le souci de respecter les autres. C’est la base de la confiance: même les choses difficiles finissent par être résolues. Les fruits de l'Esprit changent toute une vie. Ils font grandir et s'épanouir les êtres humains. Ils deviennent ainsi plus heureux, plus aimants et donc meilleurs, dans des comportements très concrets. L'amour est cette énergie qui peut changer les gens spontanément, et elle vient toujours de l'intérieur.

Patrick Lens
Bruxelles

Groei

Fidélité

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité,
(...)
Ga 5,22

Sr Mary Amata Mueller
39-50

Jésus a dit un jour d’une femme pécheresse : « ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » (Lc 7, 47). Sainte Catherine de Sienne nous enseigne similairement : « Quand on découvre qu'on est aimé, on montre aussi de l'amour ».

Dieu est à la fois donneur d’amour et exemple d'amour. Tel est la base de la confiance. Celle-ci vient d’abord de l'exemple de Dieu, en particulier dans la passion, la mort et la résurrection de Jésus. Le Fils s’est ainsi montré fidèle à la volonté du Père. Par le salut que Jésus nous donne, il nous témoigne de sa fidélité et nous pouvons ainsi lui faire confiance. Comment ? Peut-être simplement en étant fidèle dans nos activités quotidiennes, dans nos lieux de vie, dans notre propre vocation. Fidèle aux dons de l'Esprit Saint. Dieu confie ainsi la vie aux humains —mémoire, intelligence et volonté— et la grâce des fruits de l'Esprit Saint. A travers tout cela, Il nous rend digne.

Si le fruit de la confiance grandit en nous, il se répandra alors dans la vie de celles et ceux qui nous entourent, malgré nos failles et nos faiblesses. Parce que nos péchés sont pardonnés, nous pouvons montrer beaucoup d'amour. Alors vraiment, nous pouvons  devenir des exemples et une source d'inspiration pour aider les personnes autour de nous à grandir plus encore en confiance.

Sr Mary Amata Mueller
Sittard (NL)

Vertrouwen 

Et si la douceur était les yeux et les oreilles de notre cœur ?

Le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur
(...)
Ga 5,22

Elise Reul
40-50

Dans les différentes facettes de l’unique Esprit, il y a la douceur, nous dit Paul.

N’est-ce pas surprenant ? Pourtant, il y a au fond de ma mémoire un souvenir de douceur qui a marqué ma vie. Peut-être avez-vous le vôtre ? Raviver ce souvenir peut nous faire toucher du doigt la force de la douceur. J’avais huit ans lorsque la perte de ma maman m’a coupé l’appétit de vie et l’appétit tout court. A la maison, je refusais les repas préparés par d’autres mains. Un jour, suivi d'autres, je fus invitée à une table voisine, la table d’une maison de repos. Là, avec plaisir et bonheur, j’ai partagé le repas des jeunes femmes au service des pensionnaires. Je me sentais enveloppée d'une douce chaleur toute maternelle. Le miracle de sollicitude avait porté ses fruits : douceur à donner, douceur à recevoir.

Jésus avait une manière bien à lui d'être présent aux personnes dans ses gestes, ses paroles, ses attitudes, sans jugement. Son regard était doux, compatissant, sans reproche, d'une force, d'une puissance qui touche le cœur. Un regard qui fait comprendre au regardé que tout est possible, un renouveau peut advenir, un retournement, une espérance. Souvenons-nous comment il a accueilli Marie Madeleine qui lave les pieds de son Seigneur avec un parfum de prix. Ce faisant elle lui donne une grande douceur que Jésus reçoit pleinement.

Aurons-nous l’humilité nécessaire pour recevoir la douceur d’autrui, l’accueillir comme un enfant accepte une caresse sur sa joue ? Aurons-nous un regard empli de douceur, de tendresse, celui qui permet un retournement, un renouveau, une espérance sur nos proches, nos voisins, sur le monde surtout en ces temps si particuliers que nous vivons ?

Laissons-nous inspirer par la douceur bienveillante de notre Maitre et Seigneur, pour faire de la douceur les yeux et les oreilles de notre coeur.

Elise Reul
Liège

Au-delà du bien

Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance (...)
Ga 5,22

Myriam Tonus
38-50

Misère des traductions, à qui il arrive trop souvent d'affadir le sens d'un mot… C'est le cas, justement, de cette "bienveillance" que Paul inscrit parmi les fruits d'une liberté portée par l'Esprit. Dans notre vocabulaire usuel, se montrer bienveillant, c'est adopter envers autrui une attitude ouverte, sans animosité ni préjugés, voir le bien plutôt que le mal. Comportement sans aucun doute préférable à tout ce que l'apôtre dénonce dans la nature humaine livrée à elle-même, mais qui n'exprime que faiblement la puissance que représente l'agathôsunè, mot rare dans la langue grecque et que l'on pourrait exprimer par bonté sans faille. Quoi ? N'était-il déjà pas question de bonté, juste avant ? Oui, mais c'est comme si Paul voulait renforcer encore son propos : à partir d'une bonté de base, pourrait-on dire, qui est faite d'obligeance et d'attention à l'autre, il va jusqu'à inviter au bien par-delà le bien, à une bonté tout à fait première, sans retour. Cette bonté-là est l'exacte opposée du mal, autant que la lumière s'oppose à la ténèbre. Elle ne relève pas de la morale – autre forme de la Loi – mais bien de l'être même de Dieu, ce Dieu qui affirme dès les origines que la création est bonne. Jésus lui-même, lorsqu'on l'appelle "bon maître", répond : "Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n'est bon, sinon un seul: Dieu“ (Mc 10,17).

Dans l'énumération de Paul, cette bonté précède la foi. Hasard de l'écriture ? Sans doute pas. Car si le Souffle vient habiter notre être, notre nature humaine va se trouver complètement bouleversée – au point de voir en chaque humain un frère, une sœur. Reconnaissons que ce n'est pas une attitude qui va de soi… Comment continuer à espérer en l'humanité par-delà tous les malheurs qu'elle a produits si l'on n'a pas, chevillée en soi, cette bonté qui est comme l'expression première de notre filiation divine ? "Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son fils unique", écrira saint Jean. Et nous, aimons-nous le monde ? En ce qui concerne Paul, difficile d'en douter !

Myriam Tonus
Dampremy

Voorbij het goede

 

 

Bonté

Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté (...)
Ga 5,22

Tommy Vandendriessche
37-50

Vous aimeriez être heureux et aimé? Qui ne le souhaiterait pas ?
Mais voulez-vous aussi être bon, patient, gentil ?

Dans son commentaire de la lettre aux Galates, Luther écrit à propos de la bonté : « Les chrétiens ne devraient pas être des gens durs et désagréables, ils devraient être doux, humains, accessibles et aimables. La bonté est l'une des plus grandes vertus et elle est nécessaire dans toutes les circonstances de la vie. » Cette aspiration à devenir une personne bonne et gentille est cependant bien souvent étouffée. Et quelque chose ou quelqu'un chuchote sans cesse en nous : « Ne t’acharne pas ! ».

Il faut pourtant continuer à nourrir ce désir d'une manière ou d'une autre. Il faudrait ? Il le faut ? Un exercice tout simple que j'ai appris un jour consiste à prononcer à haute voix chaque soir ce qui me rend reconnaissant. Pas de longues phrases, juste quelques mots ou, si nécessaire, un seul mot. Nous formons un cercle et quelqu’un invite à rendre grâce. Ce n’est pas un devoir, mais un désir de rendre grâce !

Ce désir personnel n'est-il pas justement une mise en garde de Paul ? L'amour, la bonté, la joie, la bonté... sont des fruits de l'esprit. Ce sont bien des cadeaux, et non le résultat de nos efforts moraux. Nous devons en effet faire une distinction entre « vouloir » et « être à l'écoute de notre désir ». Celui qui veut être pleinement satisfait dans son désir de relation n’éprouve-t-il pas souvent un sentiment d'impuissance ? Un professeur de zen, André Van der Braak, appelle cela la « conscience de la pauvreté » (cfr Tijdschrift voor Geestelijk Leven. 75, no. 4). Nous n'avons pas à nous battre contre cela, mais bien à accueillir cette réalité. Soyons bons avec nous-même également ! Car cette incapacité accroît notre ouverture à recevoir la vie comme un don. Il ne s’agit pas de se « perfectionner dans quelque chose ». Cela dépendrait encore trop de notre propre mérite... Nous ne pouvons que nous entrainer humblement à "pratiquer" cette bonté.

Tommy Vandendriessche
Roeselare

Vriendelijkheid 

Vivez sous la conduite de l'Esprit

Le fruit de l'esprit : amour, joie, paix, patience (...)
Ga 5,22



Claude Sélis
36-50

Je vous ai déjà entretenu, chers frères, de ces conduites malveillantes qui pourrissent la vie de communauté, la vôtre peut-être mais, en général, de toute société qui vit selon les lois "du monde", selon les lois "de la chair" comme je le dis aussi souvent. Peut-être estimez-vous que je suis toujours tellement négatif quand je parle du "monde", de la "chair". Je m'explique. Ce n'est pas le "monde" en soi, ni la "chair" en soi que je condamne mais le monde sans Dieu, la chair sans l'esprit. Un monde sans Dieu est, d'une manière ou d'une autre, un monde qui nie Dieu, qui prétend se suffire à lui-même, qui s'institue lui-même comme norme. Le monde appelle cela une libération; ce n'est qu'un autre esclavage. La chair sans l'esprit, sans ce souffle de vie que Dieu y a mis, ce n'est qu'un cadavre ambulant, une poupée articulée. Une telle conception du corps n'est-elle pas bien plus avilissante que la mienne ?

            Envisageons maintenant les choses de manière positive. Quelles seraient les conduites bienveillantes ? Je précise tout de suite: ces qualités ne sont pas, ne peuvent pas être le fondement de notre adhésion au Message de Jésus-Christ. Elles n'en sont que le fruit. Bien sûr, de bons fruits sont le signe que l'arbre est bon. Mais il ne faudrait pas réduire le Message de Jésus-Christ à un catalogue de qualités morales. Leur bonne application, sans lien avec leur fondement, ne serait pas longtemps tenable par vous sans tourner en respect maniaque de règles sclérosantes et ne serait même plus un message envers les autres, sauf un message de sclérose. Il faut toujours en référer à l'arbre qui nous porte, à Jésus-Christ, à l'Esprit que Dieu à mis en nous. Je peux bien vous donner quelques exemples de conduites bienveillantes mais ma liste ne serait jamais exhaustive. C'est à vous, dans les circonstances qui sont les vôtres, de les redéfinir, d'insister sur telle ou telle, dans la plus grande fidélité à l'esprit de Jésus-Christ.

Claude Sélis
Bruxelles

Leven volgens de Geest

 

Paix

Paix
Ga 5,22


Marcel Braekers
35-50

Paul énumère toute une série de qualités pour décrire ce qu’est, selon lui, la vie selon l’Esprit. Il n'a manifestement pas oublié sa formation stoïcienne. Paul, devenu disciple du Christ, va cependant beaucoup plus loin. Il décrit maintenant l'homme nouveau, celui en qui l'Esprit de Dieu et de Jésus-Christ est à l'œuvre.

Aujourd’hui, commentons une de ces qualités : la « paix ».

Nous pourrions penser que s'il y a une condition ou une qualité de vie que nous avons à portée de mains, c'est bien la paix. Toutes les querelles, les guerres, les disputes de famille, les querelles de voisinage sont le résultat de la jalousie, de la cupidité, de la domination, etc. En réglant cela, les gens ne pourraient-ils pas vivre en paix par eux-mêmes ? Pourtant, Paul pense différemment. Certes, régler les conflits que je viens d’énumérer est essentiel, mais ils ne touchent que le niveau le plus élémentaire de la paix. Il s’agit de la paix la plus accessible et la plus gérable. Pour Paul, une dimension plus profonde est la paix comprise comme un don de l'Esprit. C'est la paix que nous ressentons lorsque nous nous sommes réconciliés avec nous-mêmes, la paix qui survient lorsque la vie offre une nouvelle perspective, peu importe ce qui s'est passé, c’est la paix ressentie parce que nous nous sentons aimés au plus profond de nous-mêmes.

N’avons-nous pas besoin de cette paix profonde et spirituelle pour établir la paix quotidienne de nos cœurs ? Ceux qui se savent reconnus et aimés au plus profond d'eux-mêmes ont ainsi une base solide pour se réconcilier, pour abandonner toute suffisance, pour faire un premier geste de rapprochement. Le don de l'Esprit provoque ainsi un profond bouleversement chez ceux qui sont convertis au Christ !

Marcel Braekers
Heverlee

 

 

Joie

JOIE
Ga 5,22


Marianne Goffoël
34-50

La joie est l’un des fruits de l’Esprit, nous dit Saint Paul ! Selon le dictionnaire la joie est une émotion agréable, un sentiment de satisfaction ou de plaisir de durée limitée…. La joie dont nous parle l’Apôtre est tout autre, au point de constituer cet élément fondateur de sa foi en Christ. Cette joie s’enracine et se nourrit de cette rencontre personnelle avec le Christ, qui bouleversa sa vie sur la route de Damas.

Les exemples d’une telle joie abondent dans l’évangile. Comme dans le récit d’Emmaüs, l’évangile du soir de Pâques : « (…) Et ils se dirent l’un à l’autre : « notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Ecritures » (Lc 24,32). Quelque chose s’est passé au plus profond d’eux-mêmes, l’expérience d’une rencontre,  celle de la présence de Dieu qui  se dévoile au cœur même de cette rencontre.

Ou encore  Marie, « qui partit en hâte (…). Elle entra dans la maison de Zacharie et salua sa cousine Elisabeth » (Lc 1, 39-40). Une explosion de joie réciproque ! « Lorsqu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant bondit dans son sein et Elisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint » (Luc 1, 41)  et Marie de s’écrier  « … mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur … » (Lc 1, 47).

Ces trois exemples, bien loin d’évoquer un enthousiasme passager, nous disent une certitude joyeuse, expression d’une réalité incroyable, extraordinaire. Cette réalité est fruit de l’Esprit, source d’une énergie communicative, moment clé d’une vie, souvenir impérissable, moment-source, référence vitale lors de moments plus difficiles.

Le Christ  nous donne sa vie. Vivons de sa vie même,  « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).   A la suite de tous ces personnages, avec notre propre expérience chantons, en toute occasion, « Alléluia »,  pour exprimer cette joie.

Marianne Goffoël
Bruxelles

 

 

Amour

Mais voici le fruit de l’Esprit : amour
Ga 5,22


Antoinette Van Mossevelde
33-50

Dans les versets précédents, Paul nous a dressé la liste des actions qu'une vie sans foi peut amener. Ce qui suit maintenant est un encouragement à vivre selon l'Esprit.

L'Esprit —fragile, étrange et insaisissable— devient ainsi visible et concret dans le comportement humain. Le fruit de l'Esprit est l'amour: le fait de vivre d'un amour créateur qui nous désire dans la vie et nous aime. Qui désire et aime chaque personne. Qui nous demande de reconnaître et de traiter les autres comme nous-mêmes : comme désiré et digne d'amour. Car chacun est une image unique du Créateur selon les mots bouleversants de la Genèse (Gn 1:26).

Accueillir un tel amour et lui permettre de s'épanouir pleinement dans notre vie est loin d'être évident. Cela se heurte constamment à ce que Paul appelle les œuvres de la chair et de notre nature pécheresse : cette tendance humaine à rechercher d'abord ce qui est immédiatement tangible ou une gratification instantanée, les ambitions de l'ego qui considère d'abord ses propres intérêts, la peur d'être insignifiant qui conduit à des petits comportements mesquins,...

Pourtant, il nous est possible d’apprendre un tel amour : en faisant confiance en l'amour créateur de Dieu, commencement de toute vie et de chaque nouvelle vie. Il s’agit de s’abandonner petit à petit à Dieu qui, en Jésus, se montre solidaire de chacun de nous. Jésus de Nazareth est l'incarnation même de ce commandement qui résume toute la Torah : tu aimeras ton prochain comme toi-même (Gal. 5:14 ; Lév. 19:18). Dieu se fait homme dans un Amour qui invite et accueille tout le monde sans exception. L’Esprit de vie est ainsi destiné à tous ceux qui sont exclus. Qu’il nous embrase pour ne laisser tomber personne en dehors d’un tel amour, même un ennemi !

Voilà pourquoi nous sommes libérés : pour aimer, et pour être une bénédiction les uns pour les autres.

Antoinette Van Mossevelde
Gent

 

 

Les forces terribles de la chair

Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
Ga 5, 18-21


Raphaël Devillers
32-50

« La chair et l’esprit » : le couple de mots, que Paul vient d’employer, est célèbre mais n’est pas toujours bien compris. Ils ne désignent pas « le corps et l’âme ». La chair n’est pas la sexualité (on parle des péchés de la chair) et l’esprit n’est pas l’intériorité, la spiritualité. 

La chair, c’est la nature humaine laissée à elle-même, volcan incontrôlable de besoins et d’irascibilité. L’Esprit désigne la Force divine qui est donnée par le Christ et qui libère l’homme. Enchantés d’apprendre par Paul qu’ils ne sont plus sous la Loi mais libres sous l’Esprit, des Galates ont mal compris cette liberté et sous estimé la puissance des désirs de la chair. Puisque Jésus libérait de la Loi, on pouvait donc suivre ses penchants égoïstes, satisfaire sa recherche du bonheur, fuir le danger de la différence. 

Paul les met en garde contre cette dérive et leur rappelle le mal que peuvent causer les sollicitations de la chair. Il donne une liste de 16 actions de la chair laissée à elle-même. 

D’abord 3 déviances de la sexualité : « libertinage, impureté, débauche ». Mais Paul ne s’attarde pas davantage : il n’est pas l’obsédé sexuel que l’on a parfois dénoncé. Ensuite 2 perversions du culte divin : « idolâtrie et magie ». Faire ses propres dieux et les utiliser à son service. Vient alors la liste la plus longue, donc la plus importante, celle de 8 péchés contre l’amour du prochain : « haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie ».  Enfin les excès de table : « beuveries, ripailles et autres choses semblables ». 

Que l’on ne dise pas que ce n’est pas si grave. Paul répète ce qu’il avait déjà enseigné : les acteurs de ces choses n’entrent pas dans le Royaume de Dieu. 

Tout tourne autour du rejet de l’autre. Paul ne venait-il pas de dire que le cœur de la vie accomplie est : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Et il va poursuivre dans la même ligne en parlant du « fruit de l’Esprit ». 

Annoncer la liberté par l’Esprit fait peur car cette liberté n’est vraie que dans une existence donnée pour les autres. Jusqu’à la croix. Ainsi a fait Jésus.

Raphaël Devillers
Liège

De verschrikkelijke krachten van het vlees 

 

Dieu est à nos côtés

Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. 
Ga 5, 16-17


Patrick Lens

31-50

Le problème est connu: parfois nous faisons des choses que nous préférerions faire différemment. Nous ne le remarquons généralement qu'après. Ou nous ne faisons pas ce que nous voulons réellement. Ensuite, nous ressentons généralement quelque chose comme du découragement et de la fatigue. Ajoutez à cela une bonne dose de perfectionnisme, ou une pensée défaitiste : cela ne devait pas m'arriver!

Paul soupire parfois: «Homme malheureux que je suis.» C’est facile à comprendre. Être chrétien est considéré par beaucoup de gens en termes de morale ou d'engagement. Bien sûr que c’est bien, mais cette vision a aussi ses angles morts. La plupart des chrétiens oublient que la foi est aussi un combat spirituel.

Il n'y a pas seulement en nous de l'impuissance, mais aussi de la résistance. Il y a aussi la faiblesse, la division intérieure. La Bible appelle cela le péché. Il ne s'agit pas seulement des nombreuses choses que nous pouvons mal faire, mais d'une tendance, une zone de non-liberté en nous. Jésus est venu nous en délivrer. Pour cela, le jour de Pâques et à la Pentecôte, il nous donne son Esprit.

Il se bat de notre côté, car nous ne pouvons pas le faire seuls. C'est quelque chose que beaucoup de croyants oublient, ou qu’ils ne savent même pas du tout. C'est la raison pour laquelle ils se découragent si vite. Ils pensent qu'ils doivent être parfaits pour être un bon chrétien, mais ils découvrent que ce n'est pas si facile et, dès lors, ils abandonnent.

Non, un bon chrétien est quelqu'un qui est prêt à se battre, ou plutôt qui est prêt à accepter qu'il a besoin d'aide. C'est le péché en nous qui nous empêche d'être libres, et nous ne pouvons le combattre qu'avec l'aide de l'Esprit. Nous pensons si vite que Dieu n'est pas satisfait de nous parce que nous faisons des erreurs, mais nous oublions que Dieu, par Son Esprit, est en fait de notre côté.

Patrick Lens
Bruxelles

God staat aan onze kant 

 

Le chemin de l’amour : le plus grand défi de notre humanité

Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres.
Ga 5, 15-16


Blandine Vanderlinden
Dominique van Duyse

30-50

Le message de Jésus-Christ, que rappelle Paul dans l’ensemble de sa lettre, porte sur deux valeurs essentielles et liées, la liberté et l’amour. Toutes deux forment un couple indissociable et constituent le socle de notre humanité.

Nous sommes libres —et responsables— de nos choix, alors comment les orienter ? Comment leur donner sens ? La réponse nous est donnée par Jésus-Christ dans son commandement suprême.

Arrêtons-nous sur le terme amour. Que signifie vraiment aimer ? Qu’est-ce qu’aimer ? Pour nous, aimer est fondamentalement un acte de foi, il est également une décision, et il n’y a pas d’amour sans liberté.

Un acte de foi. On ne sait pas dire pourquoi on aime son partenaire, ses enfants, son voisin.  On aime son enfant parce qu’il est son enfant. C’est tout. C’est ainsi… Il n’y a pas d’autre explication…  C’est un acte de foi. Il  peut s’exprimer en "je crois en toi".

Une décision, une posture. Aimer c’est décider de porter un regard d’amour vers l’autre, vers la vie. C’est décider que ma vie soit orientée vers, et par, l’amour. Aimer son prochain s’exprime par la bienveillance, le respect, par tout acte lui permettant d’épanouir tout son soi, de prendre son envol. Les exemples d’actes d’amour sont innombrables aujourd’hui : le corps médical qui se dévoue au risque de sa propre santé, les commerçants qui travaillent avec cœur dans des conditions difficiles, les bénévoles qui rendent de multiples services, … Plus humblement aussi, mais tout aussi fort et important, nous pouvons retrouver l’acceptation et le respect du confinement, le port du masque pour protéger l’autre, ou tout simplement apporter de la joie autour de soi.

Une liberté. Aimer est un élan du cœur, un geste gratuit et sans attente. Si on ne s’aime pas, nos portes intérieures sont fermées. S’aimer soi-même permet d’être libéré de toutes nos peurs et blessures et de s’ouvrir. S’ouvrir à oser aimer l’autre, le seul chemin vers plus d’humanité : un fameux défi !

Blandine Vanderlinden
Dominique Van Duyse
Liège

 Het pad van de liefde : de grootste uitdaging van onze mensheid

 

Vous avez été appelés à la liberté

Et moi, frères, si, comme certains le prétendent, je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? Car alors cette prédication abolirait le scandale de la Croix. Qu’ils aillent donc jusqu’à se mutiler, ceux qui sèment le désordre chez vous. Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres.
Ga 5, 11-14


Mary Lucy

29-50

En ce temps d’épidémie, toutes sortes de restrictions sont imposées à nos activités quotidiennes. Nous acceptons ces mesures dans leur intérêt pour le bien commun... mais cela signifie-t-il réellement que nous sommes devenus moins libres ?

La liberté est un des droits de l'homme les plus précieux. Comme croyants, nous considérons cette liberté comme un principe fondamental de notre humanité, donné par Dieu. Par le baptême, nous recevons une nouvelle liberté intérieure. Saint Paul nous le rappelle : « Vous avez été appelés à la liberté » (Gal 5, 13).

Mais qu'est-ce que cette liberté ? Afin de parvenir à une bonne compréhension, nous devons tourner nos yeux vers la Croix. Avec les yeux du monde, le Crucifié n'est pas une image de force et de victoire, mais de faiblesse et de défaite. C'est le « scandale de la croix ». Malgré sa toute-puissante, Jésus a choisi la faiblesse : « Nul ne peut m’enlever ma vie : je la donne de moi-même.» (Jn 10, 18). C'est ainsi que la croix devient le signe décisif de la liberté. Par amour pour nous et afin d'accomplir la volonté du Père, Jésus prend sa croix et donne librement sa vie. Jésus nous donne l'exemple de la liberté par le don de soi, et non de la liberté comme ‘prétexte d’égoïsme’.

Comme chrétiens, nous participons déjà à la vie éternelle grâce à la puissance divine qui vit en nos cœurs. Par cette grâce, nous pouvons accomplir des actes d'amour. L'amour nous appelle à aller au-delà de simples gestes de bonté. Avec le souffle de l’Esprit, nous apprenons à servir notre prochain à l'exemple de Jésus. Une telle liberté intérieure et véritable ne grandit en nous que lorsque nous prenons notre propre croix avec amour et que nous suivons Jésus.

Zr. Mary Lucy Sundry
Sittard (NL)

U werd geroepen tot vrijheid

 

Colère d'amour

Votre course partait bien. Qui vous a empêchés d’obéir à la vérité ? Cette influence-là ne vient pas de Celui qui vous appelle. Un peu de levain suffit pour que toute la pâte fermente. Moi, j’ai dans le Seigneur la conviction que vous, vous n’adopterez pas une autre façon de penser. Quant à celui qui met le trouble chez vous, il en subira la sanction, quel qu’il soit..
Ga 5, 7-10


Myriam Tonus

28-50

Paul, on le sent, est vraiment piqué au vif. Il est déçu, comme on peut l'être lorsqu'on pense avoir donné à l'autre le meilleur de soi, le meilleur pour lui… et qu'il prend un chemin qui ne le mènera nulle part. Comment comprendre, en effet, que l'on puisse ne pas être bouleversé, ainsi que Paul l'a été, par le message du Christ qui ouvre une extraordinaire voie de libération? Comment peut-on se soumettre à des règles humaines contraignantes alors qu'on est appelé par une parole qui ne veut que la vie de l'humain, sous le signe de la liberté et de l'amour ? La question demeure posée : comment peut-on confiner sa foi dans des formes rituelles, des obligations, une obéissance aveugle, alors même que notre filiation divine devrait nous donner de penser et d'agir comme le Christ lui-même ? 

"Un peu de levain suffit pour que toute la pâte fermente" : Paul possède l'art consommé de suggérer une chose et son contraire ! Le ferment fait lever la pâte, en effet, mais s'il n'est pas bon, il rendra le pain immangeable. Qu'est-ce donc qui fermente, chez les Galates ? Et en nos cœurs ? Bien des choses peuvent travailler les êtres humains : des discours creux, des illusions, un ego plein de lui-même. Mais probablement le levain dont parle Paul est-il plutôt comme ce bon vent qui gonfle les voiles et permet d'aller au large. Accueillir en soi le souffle divin, c'est déjà se mettre en route. Et disant cela, c'est comme si l'apôtre laissait tomber irritation et déception. Le voici qui retrouve sa bienveillance fraternelle, son amour et sa confiance en l'humain : "j'ai la conviction que vous n'adopterez pas une autre façon de penser". L'agapè veut le vrai et parfois il faut secouer ceux qu'on aime. Mais au final, unis dans une fraternelle tendresse, on passe par-delà les errances. Quant à celles et ceux qui s'ingénient à récupérer l'Évangile pour assoir leur pouvoir, eh bien cela finira par se retourner contre eux. Parole d'apôtre.

Myriam Tonus
Dampremy

Woede van de liefde 

 

C’est par l’Esprit que nous attendons la justice

Vous qui cherchez la justification par la Loi, vous vous êtes séparés du Christ, vous êtes déchus de la grâce. Nous, c’est par l’Esprit, en effet, que de la foi nous attendons la justice espérée. Car, dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, ce n’est pas que l’on soit circoncis ou non, mais c’est la foi, qui agit par la charité.
Ga 5, 4-6


Tommy Vandendriessche

27-50

La bonté et la miséricorde de Dieu sont centrales dans le Premier Testament.   La Loi de Dieu est chantée comme un don, comme une « grâce ». Pourtant, les paroles de Paul ont souvent été interprétées comme amenant une opposition entre la Loi et la Grâce. Il n'y a pourtant aucune raison de croire que le judaïsme a eu tendance à devenir davantage légaliste à son époque. Nous pouvons en effet traduire « Torah » par «chemin de vie», peut-être même par «chemin d'amour». 

L'amour n'est pas possible sans passer par des actes concrets et des actions vertueuses. Pour Dietrich Bonhoeffer, la grâce serait alors « à bon marché ». Lorsque Paul parle de grâce, il ne s’agit en rien d’une bienveillance magique et automatique de Dieu. Paul a bien compris que nous avons souvent tendance à nous "justifier" en invoquant nos propres actes. Comme si, pour quelque chose ou quelqu'un, il nous fallait tenir des comptes. En ce sens, Paul fait de vifs reproches à ses coreligionnaires et ses contemporains. Et ces reproches sont adressés à nous-mêmes également.  L'autojustification revêt bien des formes, pas seulement religieuses : « J'ai mis mes talents au service de notre économie. J'ai donc droit à une certaine reconnaissance sociale ».

Dans notre culture néo-libérale, n’avons-nous pas parfois des difficultés à accepter que des personnes reçoivent des soins, de l'affection, des prestations ou des services sociaux tout à fait "gratuitement"? "Nous sommes souvent dans le « donnant donnant ». Nous voulons bien évidemment aider les personnes vulnérables (les pauvres, les réfugiés, les personnes psychologiquement fragiles, ...) mais c'est comme si elles devaient correspondre à l'image du "bon" pauvre, malade, ... La parabole des ouvriers de la onzième heure est aujourd'hui aussi provocatrice qu'au premier siècle !  Paul est catégorique : celui qui veut se justifier est déchu de la grâce.  Il n'est dès lors pas facile de voir notre vie comme "n'importe quel cadeau". Elle suppose une attention, un lien réel avec ce qui est vulnérable, mais aussi également avec ce qui est le plus fragile en nous. ​

Tommy Vandendriessche
Roeselare

Wij verwachten door de Geest de verhoopte gerechtigheid van het geloof 

 

C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés

C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage.  Moi, Paul, je vous le déclare : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous sera plus d’aucun secours. Je l’atteste encore une fois : tout homme qui se fait circoncire est dans l’obligation de pratiquer la loi de Moïse tout entière..
Ga 5, 1-3


Claude Sélis

26-50

J'étais occupé, chers frères, à vous entretenir du rôle de la Loi et du rôle de la Foi dans votre nouvelle vie de baptisés en Jésus-Christ. Vous qui êtes pourtant de tradition juive, vous avez été attirés par le message de Jésus-Christ. Vous y avez reconnu "celui qui doit venir", tel qu'annoncé par les prophètes, le nouvel Adam, le nouveau Moïse, le nouveau David, Elie lui-même. Vous aviez pourtant compris que cette nouvelle figure était l'accomplissement de ces figures anciennes. Etre l'accomplissement veut dire deux choses: que le but initial est atteint (formidable !) mais donc aussi que le régime ancien est terminé (enfin !). Le but était, depuis Moïse, de se libérer de l'Egypte. Comme vous le savez, l'Egypte, au départ d'un esclavage bien réel, était devenue le symbole de toutes les formes d'esclavage. L'intervention de Moïse n'avait pas tout arrangé. Israël était retombé dans d'autres esclavages, dont celui du respect littéral de préceptes. Vous voyez où je veux en venir: la circoncision est un de ces préceptes. Précepte riche de signification au départ: il s'agissait de marquer dans sa chaire son appartenance à Dieu. Mais quand cela devient une routine, où est encore la signification ? Libérez-vous donc des routines, de l'esprit routinier, pour retrouver le vrai sens de l'appartenance à Dieu. Ne retournez pas en arrière ! Ne restez pas avec un pied d'un côté et un pied de l'autre côté ! Comprenez le changement qui s'est opéré. Désormais, ou bien vous suivez la voie du formalisme des préceptes (mais alors suivez-la complètement et le message du Christ n'aura servi à rien pour vous) ou bien vivez de cette exigence vivante, toujours à réinventer, de fidélité profonde à Celui qui vous a libérés profondément.

Claude Sélis
Bruxelles

 

 

Enfants de la femme libre

Et vous, frères, vous êtes, comme Isaac, des enfants de la promesse. Mais de même qu’autrefois le fils engendré selon la chair persécutait le fils engendré selon l’Esprit, de même en est-il aujourd’hui. Or, que dit l’Écriture ? Renvoie la servante et son fils, car le fils de la servante ne peut être héritier avec le fils de la femme libre. Dès lors, frères, nous ne sommes pas les enfants d’une servante, nous sommes ceux de la femme libre.
Ga 4, 28-31


Marcel Braekers

25-50

Aïe ! Comme cela a dû être douloureux pour certains de découvrir ce que Paul a écrit sur Abraham et les deux femmes ! Bien entendu, tout le monde connaissait l'histoire de Sarah : comment elle est restée sans enfant et comment elle a demandé à son mari de concevoir un enfant à partir de sa fille esclave. Elle a ainsi permis à ce que la vie puisse continuer. Et cependant, après la naissance de l'enfant, tout a commencé à mal tourner. La tension était telle que Sarah a forcé Abraham à renvoyer Hagar et son fils. Une situation terrible pour tout le monde. C'est ainsi qu'Hagar et son enfant ont été abandonnés dans le désert, et qu'Ismaël est devenu un homme de la nature. Quelques temps plus tard, Sarah a également eu un enfant, Isaac, le père de Jacob, l'ancêtre du peuple. Tous les Juifs connaissaient bien cette histoire et appelaient ces personnes leurs ancêtres. 

Paul écrit maintenant quelque chose d'inédit, un histoire à faire bondir certains. Le peuple juif ne descend pas de Jacob mais bien d'Ismaël, l'homme de la nature. Israël est donc le peuple qui a reçu le Décalogue sur le Sinaï, et donc le peuple des non-libres. Isaac, quant à lui, est l'enfant de la Promesse et de la liberté.  Vous, Galates, et tous ceux qui se sont convertis au Christ, êtes des enfants de la liberté et de la promesse, des enfants de Sarah ! Paul bouleverse l'histoire de façon radicale et inouïe. Certes, toute historiographie est une forme d'interprétation, mais Paul va très loin, au point que le dialogue entre les deux religions devient plus difficile encore…

Marcel Braekers
Heverlee

Kinderen van de vrije vrouw 

 

Du fils de l’esclave à la liberté d’enfant de Dieu

Il y est écrit en effet qu’Abraham a eu deux fils, l’un né de la servante, et l’autre de la femme libre. Le fils de la servante a été engendré selon la chair ; celui de la femme libre l’a été en raison d’une promesse de Dieu. Ces événements ont un sens symbolique : les deux femmes sont les deux Alliances. La première Alliance, celle du mont Sinaï, qui met au monde des enfants esclaves, c’est Agar, la servante. Agar est le mont Sinaï en Arabie, elle correspond à la Jérusalem actuelle, elle qui est esclave ainsi que ses enfants, tandis que la Jérusalem d’en haut est libre, et c’est elle, notre mère. L’Écriture dit en effet : Réjouis-toi, femme stérile, toi qui n’enfantes pas ; éclate en cris de joie, toi qui ne connais pas les douleurs de l’enfantement, car les enfants de la femme délaissée sont plus nombreux que ceux de la femme qui a son mari.
Ga 4, 22-27


Marianne Goffoël

24-50

Un jour, je parlais avec une amie bouddhiste de nos voies respectives, alors que nous nous promenions  dans le jardin d’un monastère chrétien. Soudain, dans un coin à l’abri des regards, nous nous sommes retrouvées devant un calvaire. Là se dressait une croix pointée vers le ciel et sur laquelle était cloué le Christ….  Pour moi, chrétienne, il s’agissait là d’une représentation habituelle. Par contre, la réaction de cette amie bouddhiste me surprit. Comment  —s’exclama-t-elle—  peut-on représenter une croix, instrument de torture et de supplice, sur laquelle est « pendue » une personne que les chrétiens prétendent être un Dieu ! Certes, une telle réaction devant une image aussi atroce est bien compréhensible, lorsque le sens échappe complètement à ceux qui y sont confrontés. C’est pourtant là le cœur de notre foi. Le temps pascal ravive en nous tout le mystère qu’il représente. Durant la nuit de Pâques, nous lisons le livre de l’Exode, et comment le Seigneur entendit le cri de son peuple et le libéra de la servitude d’Egypte. Une telle libération ne se fit pas sans peine. Si Dieu mit ainsi son Peuple en chemin, ce fut à travers bien des vicissitudes…. avant d’arriver à la terre promise.

Le Christ, à son tour, traverse la nuit de la Passion, dans la douleur, en portant le poids du mal et du péché du monde. Il revêt ainsi pleinement la condition humaine.  La croix est signe de torture, mais aussi instrument de libération. Il n’y a pas donc pas de libération sans souffrance à traverser, à « passer ».  Aujourd’hui encore, le mal et la souffrance  sont là… mais le Christ a vaincu le mal. Nous pouvons, à sa suite, passer de l’esclavage à la liberté d’enfants de Dieu.

Marianne Goffoël
Bruxelles

Van slavenkinderen naar de vrijheid van de kinderen Gods  

Vous que j'enfante dans la douleur

Mes enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, je voudrais être maintenant près de vous et pouvoir changer le ton de ma voix, car je ne sais comment m’y prendre avec vous. Dites-moi, vous qui voulez être soumis à la Loi, n’entendez-vous pas ce que dit la Loi ?
Ga 4, 19-21


Antoinette Van Mossevelde

23-50

Lorsqu'un homme évoque les ‘douleurs de l'enfantement’ qu'il doit endurer, il doit s’attendre à une attention accrue de son auditoire. Il est assez remarquable, en effet, de voir que Paul utilise une image féminine au sein de cultures manifestement patriarcales pour parler de sa propre relation avec les communautés de Galatie.

Les femmes endurent des contractions pour donner naissance à une nouvelle vie. Lorsque Paul a subi les douleurs de l’enfantement et doit les subir à nouveau, il témoigne du lien vital et indissoluble qui existe entre lui et la communauté des Galates. Il leur rappelle que c'est à travers lui, à travers son travail, que cette communauté a vu la lumière, qu'on leur a donné la vie. Et tout comme le lien mère-enfant est indéfectible, la relation de Paul avec les Galates l'est tout autant. Lorsqu'il s’insurge contre eux, les maudit et est furieux du chemin qu'ils ont pris, c'est dû en partie à la nature de leur relation, à cette parenté indissoluble.

Cependant, tout comme une femme ne "crée" pas une nouvelle vie, mais la donne et la met au monde, Paul ne "fait" pas la communion en Christ. Peu importe l'engagement qu'il prend et qu'il continue à supporter.

Les communautés de croyants restent une interaction de personnes, d'engagement permanent et de grâce. Car c'est le Christ lui-même qui veut naître au milieu des croyants. C'est l'amour de Dieu qui se manifeste dans la manière dont nous nous entendons les uns avec les autres. Un amour qui nous rend libres et que nous avons appris à connaître en la personne de Jésus de Nazareth.

Cela se produit et peut se reproduire à chaque fois dans les communautés où chacun est pris en compte. Des communautés qui ne font aucune distinction entre Juif et Grec, circoncis et non-circoncis, esclave et libre, homme et femme. Ce sont des communautés qui prennent la forme du Christ.

Antoinette Van Mossevelde
Gent

Ik moet opnieuw weeën doorstaan vanwege u

 

L’Apôtre accueilli puis délaissé

Où donc est votre bonheur d’alors ? Je vous en rends témoignage : si vous aviez pu, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. Suis-je donc devenu votre ennemi pour vous avoir dit la vérité ? Certains ont pour vous un attachement qui n’est pas bon ; en fait, ils voudraient vous isoler pour que vous vous attachiez à eux. Mieux vaut un attachement de bonne qualité en tout temps, et pas seulement quand je suis chez vous.
Ga 4, 15-18


Raphaël Devillers

22-50

Dans ce passage, on devine la peine de Paul. Certes il s’est emporté jusqu’à traiter de «stupides» ces Galates qui abandonnaient la foi qu’il leur avait annoncée. Mais au fond il leur garde son affection : il les appelle «frères» et bientôt il les reconnaîtra comme « ses enfants ». 

Il souffre de leur désaffection à son égard. Il leur rappelle son premier passage chez eux lors de son 2ème voyage au lendemain du concile de Jérusalem (Ac  16, 6). Alors qu’il avait l’intention de se diriger vers l’ouest, une maladie l’a immobilisé en pays galate. Il évoque avec émotion l’accueil qu’ils lui ont fait : « Vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner ». S’agit-il d’une image pour exprimer leur dévouement radical ou bien Paul a-t-il souffert d’une ophtalmie purulente ? En tout cas les Galates l’ont accueilli et soigné magnifiquement. 

Mais après son départ, des prédicateurs sont survenus et ont voulu rectifier le message de Paul. Et sans doute s’en sont-ils pris à sa personne, l’accusant de n’avoir pas fait partie du groupe des apôtres de Jésus et d’introduire des erreurs dans l’Evangile. C’est bien pourquoi, dès l’adresse de sa lettre et encore dans la suite, Paul a rappelé ses titres.  Ici il écrit avec émotion : rappelez-vous la joie qui vous comblait lors de mon passage, et l’empressement que vous me montriez alors que j’avais une apparence repoussante.   Et il a ce cri admirable : « Suis-je devenu votre ennemi parce que je vous dis la vérité ? ». 

Bien des apôtres et pasteurs des communautés pourraient soupirer dans le même sens. Ils sont appréciés pour leur gentillesse, leur éloquence, leur serviabilité. Mais si, au nom de l’Evangile, ils dénoncent l’inertie, le manque de générosité et d’engagement de la communauté, alors on râle dans les rangs. Et certains décident même de passer chez un autre pasteur qui caressera leur mollesse. On ne bâtit pas une communauté chrétienne sur la sympathie et les convictions identiques mais « sur la vérité de l’Evangile ». Et elle oblige à la « fraternité ».

Raphaël Devillers
Liège

De Apostel eerst verwelkom, daarna in de steek gelaten 

Deviens comme moi: un esclave?

Frères, je vous en prie, devenez comme moi, car moi je suis devenu comme vous. Assurément, vous ne m’avez fait aucun tort. Vous le savez : c’est par suite d’une maladie que je vous ai annoncé l’Évangile pour la première fois ; et l’épreuve qu’était pour vous ce corps malade, vous ne l’avez pas repoussée avec dégoût, mais vous m’avez accueilli comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus lui-même.
Ga 4, 6-11


Patrick Lens

21-50

"Devenez comme moi" écrit Paul aux Galates, alors qu'il vient de leur parler de la vie d'esclave. Si vous ne vivez pas par l'Esprit, vous vivrez par la loi —par devoir et par la peur— mais non dans la liberté. Certains Galates veulent en effet revenir à la loi, à une dépendance à des règles de pureté, à des règles "concernant les jours, les temps et les années". Aujourd'hui encore, bien des personnes choisissent une telle dépendance: en regardant les étoiles, les horoscopes... Les étoiles et les horoscopes ne prennent pas soin de nous de manière personnelle. Au contraire, nous devons constamment tenir compte d’eux, nous assurer que nous ne faisons rien de mal, effectuer tous les rituels de manière répétée. La loi reste donc un gardien, dit Paul, que ce soit l'ancienne loi juive ou bien l'ésotérisme et les horoscopes. Un gardien: c'est-à-dire quelqu'un qui contrôle, mais qui ne se soucie finalement pas de nous. Cela reste de l'esclavage. Paul, au contraire, choisit de se laisser guider par Dieu. Ce n'est pas toujours confortable non plus: la seule raison pour laquelle Paul a rejoint les Galates est qu'il est tombé malade et est devenu comme un fardeau pour eux.

Être guidé par Dieu est différent de l'esclavage: il s'agit de s’abandonner à Dieu, même si nous ne comprenons pas toujours quel est son plan. Paul a en lui l'Esprit qui le fait crier: Abba! Père! Il se sent comme un enfant de Dieu —pris en charge— même s'il doit assumer sa responsabilité d'adulte. Nous pouvons parler à Dieu; son amour pour nous est assuré, même si nous devons parfois traverser l'obscurité. "Devenez comme moi" dit Paul. Comme un esclave? Certainement pas. Plutôt comme des enfants bien-aimés qui ont librement accès à Dieu et qui peuvent certes parfois se mettre en colère, comme tous les enfants, mais qui peuvent toujours se tourner vers Dieu. Vous obtiendrez toujours le courage et le réconfort du Saint-Esprit pour suivre votre chemin. Il faudra parfois pleurer un peu: mais tous les enfants ne font-ils pas cela?

Patrick Lens
Bruxelles

Word als ik : een slaaf?

Abba

Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos coeurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et puisque tu es fils, tu es aussi héritier : c’est l’oeuvre de Dieu. Jadis, quand vous ne connaissiez pas Dieu, vous étiez esclaves de ces dieux qui, en réalité, n’en sont pas. Mais maintenant que vous avez connu Dieu – ou plutôt que vous avez été connus par lui – comment pouvez-vous de nouveau vous tourner vers ces forces inconsistantes et misérables, dont vous voulez de nouveau être esclaves comme autrefois ? Vous vous pliez à des règles concernant les jours, les mois, les temps, les années ! J’ai bien peur de m’être donné, en vain, de la peine pour vous.
Ga 4, 6-11


Pierre-Paul Boulanger

20-50

Dans ce passage, Paul nous rappelle que nous sommes fils de Dieu. Quoi de plus invraisemblable que de se dire que nous sommes fils de Dieu ! Cependant, comme dans toute filiation, il y a des étapes.

Ceux qui sont devenus parent se rappellent peut-être. Lorsqu’il est à l’image de l’amour de Dieu, ce bonheur suit des étapes. Au début, on a une image de l’enfant à naître. C’est une projection de notre imagination personnelle. Ensuite, la mère d’abord, le père ensuite, le sent bouger. Mais aucune relation à proprement parler n’est encore possible. L’enfant reste « confiné » dans la matrice.

À la naissance, il en est tout autrement : les parents nomment leur enfant, lui parlent comme « fils ». Ils le reconnaissent comme tel. C’est même coulé en encre indélébile dans les registres de naissance : il y a reconnaissance légale de cette filiation, établissement de la relation entre les parents et leur enfant. C’est un peu ce que dit Paul lorsqu’il dit que Dieu nous a connus le premier. Cette reconnaissance de l’enfant comme fils est indéfectible, indissoluble. Il en est de même de l’amour des parents pour leur enfant.

Au cours de l’enfance, après avoir entendu et ressenti cet amour, arrive le moment où l’enfant dit « Abba » - ou « Mama ». Dans le langage, par la parole, s’inscrit cette filiation, avec tout ce qu’elle signifie. Confiance réciproque, liberté donnée et reçue. Et c’est l’amour donné sans cesse et sans compter qui permet à l’enfant de recevoir cet amour en héritage, somme toute. C’est ce que veut dire Paul lorsqu’il dit que nous avons reçu l’Esprit – l’Amour du Christ – qui nous fait dire « Abba ».

Dieu a voulu nous connaître. Le premier, il nous a donné son amour, paternel. Le premier, il nous a appelé « fils ». Et il nous offre librement de l’appeler « Papa ».

Pierre-Paul Boulanger
Liège

Abba 

La plénitude de notre temps

Je m’explique. Tant que l’héritier est un petit enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, alors qu’il est le maître de toute la maison ; mais il est soumis aux gérants et aux intendants jusqu’à la date fixée par le père. De même nous aussi, quand nous étions des petits enfants, nous étions en situation d’esclaves, soumis aux forces qui régissent le monde. Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils.
Ga 4, 1-5


Zr Mary Amatha Müller

19-50

Dans l'histoire du salut, nous pouvons distinguer différents moments : la création, l'exode et la sortie d'Égypte, l'incarnation, la rédemption,... Au milieu de ces grands moments, il y a la "plénitude des temps", l'accomplissement du temps, où Dieu nous envoie son Fils. Il y a aussi une autre plénitude, un autre accomplissement, celui de notre propre temps : notre baptême, ce moment où se dévoile en nous quelque chose de plus profond, cet instant où Jésus s'approche de nous et change notre vie pour toujours. Il s'incarne en nos vies, en nous élève en tant qu'enfants de Dieu. Il faut reconnaître que cette identité d'enfant de Dieu est parfois oubliée ou perdue, si bien qu'il nous arrive de vivre comme des esclaves, « soumis aux forces qui régissent le monde » comme le dit Saint Paul, attachés à toutes sortes de plaisirs temporaires, qui ne suffisent jamais à satisfaire nos désirs infinis.

Parmi ces différents « moments », nous en oublions souvent un : la seconde venue du Christ, où Dieu sera « tout en tous » (1 Co 15, 28). Nous vivons maintenant dans l’attente de cette seconde venue. Ce temps présent est dès lors pour nous comme une page blanche. L'instant présent pose à chacun et chacune de nous la question cruciale : que veux-tu écrire ? Comment veux-tu vivre ta vie en tant que fils ou fille de Dieu ? "Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, pour que nous soyons adoptés comme fils". Cette plénitude des temps et l'accomplissement de notre propre temps est là. C'est pourquoi nous invoquons la prière de Marie dans les deux moments les plus importants de notre vie : maintenant et à l'heure de notre mort.

Zr Mary Amatha Müller
Sittard (Nl)

Une révolution

Une révolution

En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Et si vous appartenez au Christ, vous êtes de la descendance d’Abraham : vous êtes héritiers selon la promesse.
Ga 3, 27-29


Myriam Tonus

18-50

Paul, dans son hymne à la libération, repousse les limites aussi loin que possible. Ce ne sont plus seulement les devoirs religieux dont nous sommes affranchis, mais aussi des répartitions installées dans toutes les sociétés, qui justifient sans le dire le pouvoir de certains humains sur d'autres. Au temps de l'Apôtre, chacun est censé occuper sa place : hommes et femmes, esclaves et hommes libres, Juifs et païens. Les rapports sont, dans les faits, marqués par la domination : l'homme est le chef de la femme (Paul le rappellera dans sa lettre aux Ephésiens), le maître a autorité sur l'esclave, un Juif est supérieur à un païen. Cela ne saurait être remis en cause, personne d'ailleurs ne songe à le contester. Et voici que Paul semble effacer d'un seul mot toutes ces différences ! Cela signifierait-il qu'en Christ, tous les humains sont identiques ? Pas du tout. À de nombreuses reprises, Paul fait l'éloge de la diversité dans les communautés.

Ce qu'il proclame ici, c'est rien de moins que la fin des rapports de domination. C'est-à-dire qu'il pose l'égalité en horizon. Pas encore l'égalité de droits : au 1e siècle, on est encore dans des formes de société très hiérarchisées. Mais affirmer que les inégalités de statuts ne peuvent plus justifier des comportements de pouvoir et de domination, voilà qui est proprement révolutionnaire !  Que l'agapè – cet amour inconditionnel apporté par le Christ – circule entre homme et femme, maître et esclave, juif et païen, c'est renverser l'ordre du monde. Et c'est bien ce que Paul mettra lui-même en pratique dans sa vie : il met en avant ses collaboratrices féminines (mais oui !) ; il considère Onésime, esclave fugitif, comme son frère ; ses chères communautés sont faites de païens convertis. Libéré par le Christ, il proclame la libération entre humains. L'inouï de cette annonce demeure d'une actualité brûlante !

Myriam Tonus
Dampremy


 

Une source de joie

Avant que vienne la foi en Jésus Christ, nous étions des prisonniers, enfermés sous la domination de la Loi, jusqu’au temps où cette foi devait être révélée.  Ainsi, la Loi, comme un guide, nous a menés jusqu’au Christ pour que nous obtenions de la foi la justification. Et maintenant que la foi est venue, nous ne sommes plus soumis à ce guide. Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi.
Ga 3, 23-26


Tommy Vandendriessche

17-50

Le mot « loi » n’a pas une connotation très agréable aux oreilles de nos contemporains. Est-ce parce que nous mettons de nos jours beaucoup trop l'accent sur l'individualité ? Certes, nous sommes tous conscients que les lois sont nécessaires. Cependant, nous nous en réjouissons bien peu... Paul nous confirme bien dans ce sentiment. Pour comprendre ce qu’il veut exprimer, il nous faut lire ses écrits comme un seul grand mouvement. Sa pensée se déploie souvent de manière dialectique : revendiquant quelque chose à un moment donné, soutenant ensuite le contraire, et arrivant enfin à une conclusion à un niveau plus profond.

Dans l'Évangile, nous lisons que Jésus n’est pas venu pour abolir la Loi, mais pour l'accomplir (Mt 5, 17-19). Le mot « loi » ne reflète pas pleinement ce que l'Écriture entend par Torah. La Torah peut certes être traduite par « loi » mais aussi par « enseignement de vie », « indicateur de direction », « chemin vers la vie ». La Torah est d'ailleurs chantée dans les psaumes de manière lyrique comme une source de joie : « Les commandements sont plus doux que le miel, que celui qui coule des rayons. » (Ps. 19, 11)

Qu'est-ce qui motive Paul —si bien ancré dans la tradition du Premier Testament— à prononcer des paroles aussi dures sur la Loi ? Remarquons que Paul écrira plus tard dans la Lettre aux Galates (5:14) : « Toute la Loi est contenue dans cette seule parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Il donne une citation presque littérale du livre du Lévitique dans le Premier Testament (Lv 19, 18) et nous offre donc une compréhension de la loi à un niveau plus profond. La Torah est pour lui une manière de vivre. Celui qui suit son chemin prend des risques, les risques de l'amour. Pour cela, nous ne pouvons prendre une assurance vie. Mais nous pouvons les lire ces paroles comme si elles nous étaient adressées.

Tommy Vandendriessche
Roulers

Een bron van vreugde

 

Pour une fidélité vivante

Alors pourquoi la Loi ? Elle a été ajoutée, pour que les transgressions soient rendues manifestes, jusqu’à la venue de la descendance à qui ont été faites les promesses, et elle a été établie par des anges par l’entremise d’un médiateur. Ce médiateur en représente plus d’un, mais Dieu, lui, est un. La Loi est-elle donc contre les promesses de Dieu ? Absolument pas. S’il nous avait été donné une loi capable de nous faire vivre, alors vraiment la Loi rendrait juste. Mais l’Écriture a tout enfermé sous la domination du péché, afin que ce soit par la foi en Jésus Christ que la promesse s’accomplisse pour les croyants.
Ga 3, 15-18


 Claude Sélis

16-50

    Je pense, chers frères, que vous accordez bien trop de place à la Loi. Surtout que, en fait, vous avez réduit la Loi à un certain nombre de préceptes, d'obligations ou d'interdictions. Je comprends cette déviation. Au départ, elle est bien intentionnée. Vous vouliez prendre la Loi au sérieux. Vous vouliez donc que les prêtres traduisent cette Loi en de multiples préceptes concrets. Ainsi vous seriez sûrs de ce qu'il faut faire ou pas faire pour plaire à Dieu, sans plus réfléchir. Oserais-je vous dire que, pour vous, la Loi est devenue une machine à bonne conscience d'une part et une machine à péchés d'autre part ? Or ce n'était pas cela l'esprit de la Loi que Moïse vous a donnée. Son but était de rendre Dieu présent entre vous, en vous, dans toute la communauté. Bien sûr, cela passe par des comportements concrets. Mais leur respect purement formaliste n'en fait plus du tout une présence de Dieu au monde mais un tableau de performances personnelles.     

De plus, chers frères, depuis que vous avez reçu la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, avez-vous vraiment encore besoin de cette Loi (qui n'est -au fond- qu'un texte) alors que vous avez eu la grâce de rencontrer une Personne, celle de Jésus-Christ, aboutissement de la promesse antique d'une alliance avec Dieu et qui n'est plus un simple médiateur comme Moïse. Ce Jésus ne vous demande pas de respecter un catalogue de consignes mais de vivre de son message, en esprit et vérité, dans toutes les situations, connues et non encore connues. Le monde peut changer d'ici quelques décennies et, a fortiori, dans quelques siècles si Dieu le veut. Dans ces nouvelles conditions, imprévisibles maintenant, que signifiera la fidélité —vivante— aux valeurs fondamentales de l'Évangile de Jésus-Christ ? Voilà le défi auquel nous sommes et serons confrontés ! 

Claude Sélis
Bruxelles

Voor een levend geloof 


 

Par une promesse

Frères, j’emploie ici un langage humain. Quand un homme a fait un testament en bonne et due forme, personne ne peut l’annuler ou lui ajouter des clauses. 16 Or, les promesses ont été faites à Abraham ainsi qu’à sa descendance ; l’Écriture ne dit pas « et à tes descendants », comme si c’était pour plusieurs, mais et à ta descendance, comme pour un seul, qui est le Christ. 17 Alors je dis ceci : le testament fait par Dieu en bonne et due forme n’est pas révoqué par la Loi intervenue quatre cent trente ans après, ce qui abolirait la promesse. 18 Car si l’héritage s’obtient par la Loi, ce n’est plus par une promesse. Or c’est par une promesse que Dieu accorda sa faveur à Abraham.
Ga 3, 15-18


 Marcel Braekers

15-50

Dans cet extrait, Paul nous montre un bel exemple d'argumentation rabbinique. L'idée centrale est que la promesse d’alliance de Dieu avec son peuple et son histoire ne vaut pas seulement pour les Juifs mais s’applique bien à tous les peuples. Les Juifs ont justifié leur élection sur le fait qu'ils ont reçu les dix commandements par l'intermédiaire de Moïse et qu’ils ont essayé de garder ces commandements. Cependant, la promesse de Dieu remonte à Abraham, qui a vécu bien des siècles auparavant. Paul dit, en outre, que Dieu a fait cette promesse à Abraham « et à sa descendance ». Le mot est bien au singulier, ce qui implique que Dieu a fait cette promesse non pas à un peuple, mais bien à une personne. Pour lui, ce ne peut être que le Christ. De notre point de vue, ce raisonnement peut nous sembler quelque peu étrange. En réalité, il est typiquement rabbinique de construire tout un raisonnement sur un seul détail (le mot « descendance »). 

Pour Paul, cette promesse était plus importante que la Loi. Elle lui donne même son propre sens. Promesse et Testament sont ici synonymes. Dieu a donc conclu une alliance avec Abraham et seul Dieu peut changer ce testament, pas les hommes. Le raisonnement est ici quelque peu compliqué, mais ce que Paul veut montrer, c'est que les Juifs doivent renoncer à leur attitude quelque peu chauvine comme peuple élu. Par le Christ, l'héritier d'Abraham, la grâce —une bénédiction— est donnée pour l’humanité entière. Il s’agit pour Paul de l’enjeu essentiel, parce qu'il y a maintenant une perspective où tous les peuples et toutes les races peuvent partager le même amour, dans une alliance universelle. Paul transcende ainsi tout nationalisme étroit et tout particularisme et montre un nouveau chemin d'amour sans limites..

Marcel Braekers
Heverlee

Door een belofte


 

Quel bonheur de recouvrer la liberté de l’Amour !

Il est d’ailleurs clair que par la Loi personne ne devient juste devant Dieu, car, comme le dit l’Écriture, celui qui est juste par la foi, vivra, et la Loi ne procède pas de la foi, mais elle dit : Celui qui met en pratique les commandements vivra à cause d’eux. Quant à cette malédiction de la Loi, le Christ nous en a rachetés en devenant, pour nous, objet de malédiction, car il est écrit : Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice. Tout cela pour que la bénédiction d’Abraham s’étende aux nations païennes dans le Christ Jésus, et que nous recevions, par la foi, l’Esprit qui a été promis.
Ga 3, 15-18


 Marianne Goffoël

14-50

Voici qu’à nouveau Paul déploie son thème favori : le contraste – voire l’opposition irréductible - entre la « Loi » et la « Foi » - manière bien orientale de présenter les choses. Car seule la foi fait vivre. Ces deux termes « foi » et « loi » proposent à tout croyant un passage à franchir, une « Pâque » en quelque sorte…Il s’agit de passer d’une attitude extérieure dictée par la loi, vers une attitude intérieure dictée par la foi, un passage de « la lettre » qui « tue », à « l’esprit qui vivifie » (2 Co,3, 6).  

Cependant, il distingue clairement « loi » et « commandements », deux termes fort proches…pourquoi cette distinction ?La référence évangélique est claire ici, c’est bien Jésus qui parle de « commandements nouveaux » (Jn 13,31-33 ;34-35)  Quelle est alors la différence entre « loi » et « commandements » ? Le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain nous lie personnellement,  intimement au Christ et aux autres (Lc 10,26). Et ce commandement est tout intérieur, il s’inscrit dans le coeur.  

Comme le chante le psalmiste : « Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur » (Ps 94,1). Laissons Dieu habiter nos cœurs, et pour cela, prenons le temps de vivre à son écoute, accueillons le Christ en accueillant l’autre, le frère, à travers petits gestes quotidiens de l’amour. Accomplissons ce passage de la mort à la vie, du repli sur soi et sur nos besoins - source de tant de cécités - à l’ouverture aux autres…et les occasions ne manqueront pas pour cela…  Sur ce chemin, l’Esprit « nous conduira vers la vérité toute entière » (Jn 16,12-15). Invoquons-Le tout en cheminant en ce temps pascal vers la fête de la Pentecôte.

Marianne Goffoël
Bruxelles

Comment être stupides à ce point ?


 

Celui qui vous fait don de l’Esprit

Celui qui vous fait don de l’Esprit et qui réalise des miracles parmi vous, le fait-il parce que vous pratiquez la Loi, ou parce que vous écoutez le message de la foi ? C’est ainsi qu’Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d’être juste. Comprenez-le donc : ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux, les fils d’Abraham. D’ailleurs, l’Écriture avait prévu, au sujet des nations, que Dieu les rendrait justes par la foi, et elle avait annoncé d’avance à Abraham cette bonne nouvelle : En toi seront bénies toutes les nations. Ainsi, ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham, le croyant. Quant à ceux qui se réclament de la pratique de la Loi, ils sont tous sous la menace d’une malédiction, car il est écrit : Maudit soit celui qui ne s’attache pas à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi.
Ga 3, 5-10


 Antoinette Van Mossevelde

13-50

Dans une interprétation particulièrement libre des Écritures, Paul emmène ses lecteurs vers les origines de l'histoire juive, et remonte ainsi à Abraham. En repartant de son actualité, Paul relit l’histoire comme une ligne continue de promesses et de bénédictions, qui commence avec le père des croyants, traverse toute la Torah et va jusqu'à l'évangile de Jésus-Christ. Cet évangile qui libère les gens des exigences impossibles d'une Loi qui les accuse sans cesse.

Abraham a laissé derrière lui tout ce qu’il connaissait et ce en quoi il mettait sa confiance pour se mettre en route, plein de confiance en la promesse d'une bénédiction et d'une descendance nombreuse. Il est resté sans enfant jusqu'à un âge avancé, mais sa foi dans la promesse de Dieu n'a jamais faibli. Et cette confiance n’a pas été pas trahie. Cet homme qui semblait n'avoir aucun avenir devient le patriarche d'une descendance, aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel... L'alliance de Dieu avec Abraham est une alliance de Dieu avec tous ceux qui croient.

Mais que signifie cette confiance en un Dieu invisible et inconnaissable ?

Pour comprendre cela, regardons les nombreuses générations de croyants qui nous montrent tout le sens qu'il y a à faire confiance en un Mystère plein d'amour. Un mystère qui nous a souhaité dans la vie et qui nous convoque à la vie, encore et toujours. Quelqu'un qui me connaît mieux que je ne me connais moi-même et qui m'aime malgré moi : un espace de confiance et de proximité dans lequel je peux me déplacer librement, en toute sécurité, et qui m'invite à laisser derrière moi tout ce qui m'encombre, à m'ouvrir à la vie éternelle, maintenant et pour toujours. Quelqu'un qui ne me sauve pas du malheur, de la douleur ou du chagrin, mais qui continue à me porter dans le malheur, la douleur et le chagrin. Qui m'exhorte à avancer, même si l'incertitude me submerge et que je ne vois pas ce qui va arriver.

Peut-être qu'en ces jours particuliers d'incertitude, de confinement et de pandémie, nous sommes invités à aligner nos vies sur une telle promesse de salut, de guérison et de plénitude pour nous-mêmes et pour notre monde.

Antoinette Van Mossevelde
Gand

Comment être stupides à ce point ?


 

Comment être stupides à ce point ?

Galates stupides, qui donc vous a ensorcelés ? À vos yeux, pourtant, Jésus Christ a été présenté crucifié. Je n’ai qu’une question à vous poser : l’Esprit Saint, l’avez-vous reçu pour avoir pratiqué la Loi, ou pour avoir écouté le message de la foi ? Comment pouvez-vous être aussi fous ? Après avoir commencé par l’Esprit, allez-vous, maintenant, finir par la chair ? Auriez-vous vécu de si grandes choses en vain ? Si encore ce n’était qu’en vain !
Ga 3, 1-4


 Raphaël Devillers

12-50

« Stupides ! ». Il ne doit guère y avoir de paroissiens qui se font tancer de la sorte par leur curé. Mais Paul est outré, sidéré par le retournement qui a lieu dans la communauté. Alors qu’il avait tout fait pour leur dépeindre Jésus, le Christ crucifié, qui apporte la justification complète et définitive à celui qui croit, voilà que certains reprennent les pratiques de la Loi, la circoncision et les observances.   
Oui il faut vraiment être  stupide  pour revenir en arrière ! Paul va même jusqu’à se demander s’ils n’ont pas été victimes d’un ensorcellement : « Qui vous a envoûtés ? ».   
Oui ils sont stupides, ils manquent d’intelligence, ils auraient dû comprendre.   
Car que s’est-il passé lorsque Paul leur a annoncé la Bonne Nouvelle, lorsqu’ils ont cru que le salut était le don gracieux du Christ crucifié et vivant ? Ils ont fait une expérience toute nouvelle : ils ont constaté que cette foi ouvrait la porte à la force de l’Esprit de Dieu. Au lieu de s’interroger sans cesse pour savoir s’ils avaient bien accompli la Loi dans tous ses détails, au lieu de chercher toujours à être en règle, de vouloir faire leur salut par leurs prestations, ils ont expérimenté l’action de l’Esprit.  
La foi en Jésus éveillait une joie inouïe, permettait des initiatives nouvelles. En outre, cette foi supprimait les frontières entre Juifs et Païens : en Jésus, tous pouvaient vivre ensemble une communion totale.  Au lieu de faire, il suffisait de se laisser faire.   
Paul martèle à deux reprises : l’Esprit n’est pas donné par les œuvres de la Loi mais par « l’écoute de la foi » (ex akouès pisteôs »). La foi naît et se développe par l’écoute de l’Evangile et par la réponse de foi. Donc importance primordiale de l’annonce, avant la catéchèse.   
Jésus nous justifie, il nous pardonne, nous donne l’Esprit, nous rend enfants du Père : telle est la Bonne Nouvelle. Elle devient le cœur de notre existence.

Raphël Devillers
Liège

Hoe kan je nu zo stom zijn?


 

Etre en règle

Par la Loi, je suis mort à la Loi afin de vivre pour Dieu ; avec le Christ, je suis crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien..
Ga 2, 19-21


 Patrick Lens

11-50

Pour beaucoup de personnes, croire signifie être en règle, suivre tous les commandements et leurs obligations et ne faire de mal à personne. La plupart des gens font de leur mieux, parfois dans des circonstances très difficiles. Certains se fixent des normes élevées et ce n'est jamais suffisant ! D'autres sont plus exigeants avec eux-mêmes que la loi ne l’est réellement pour eux. Dans l'extrait du jour, Paul affirme : "Par la loi, je suis mort à la Loi afin de vivre pour Dieu". Croire, c'est d’abord être en relation avec Dieu, accepter qu'il nous aime, qu'il a même un amour inconditionnel pour nous. Voilà pourquoi il nous faut "mourir à la loi". Cela ne signifie pas que la loi n'a plus aucune importance, mais plutôt qu'elle ne peut devenir le centre de gravité de notre relation à Dieu. Quoi qu'il arrive, nous pouvons toujours aller à lui, vivre pour lui.

"Avec le Christ, je suis crucifié". Jésus a été condamné ; selon la loi, il a même été maudit. Mais Dieu l'a justifié. Jésus s'est livré sur la croix pour montrer jusqu'où l'amour de Dieu pouvait aller. Pourquoi devrions-nous alors craindre Dieu? Si Dieu est allé aussi loin dans son amour, ne peut-il également pardonner nos péchés? Dès lors, plaire à Dieu ne consiste pas à "être en règle" —qui parmi nous pourrait dire cela?— mais bien à faire confiance en Dieu et se présenter à lui avec notre faiblesse. Car si tout était question de loi et de règlements, nous rejetterions la grâce. D'autre part, ce n'est pas parce que nous suivons une voie irréprochable que nous sommes acceptés par Dieu. En réalité, nous le sommes déjà et c'est pourquoi nous pouvons avoir cette même confiance en Dieu que Jésus a lui-même manifestée. Par son Esprit, il nous aide à réaliser en nous ce qu'il a fait dans sa vie, et vivre de telle manière que nous puissions, comme Paul, dire: "Moi, je ne vis plus, c'est le Christ qui vit en moi".

Patrick Lens
Brussel

In orde zijn


 

Vivre au-dessus des lois

Nous, nous sommes des Juifs de naissance, et non pas de ces pécheurs d’origine païenne. Cependant, nous avons reconnu que ce n’est pas en pratiquant la loi de Moïse que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c’est pourquoi nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus pour devenir des justes par la foi au Christ, et non par la pratique de la Loi, puisque, par la pratique de la Loi, personne ne deviendra juste. S’il était vrai qu’en cherchant à devenir des justes grâce au Christ, nous avons été trouvés pécheurs, nous aussi, cela ne voudrait-il pas dire que le Christ est au service du péché ? Il n’en est rien, bien sûr ! Si maintenant je revenais à la Loi que j’ai rejetée, reconstruisant ainsi ce que j’ai démoli, j’attesterais que j’ai eu tort de la rejeter.
Ga 2, 15-18


 Michelle Lambrecht

10-50

Comment puis-je m’ajuster à la vie qui m’est offerte ces derniers mois, comment vivre ma liberté dans les conditions de confinement qui me sont imposées ? Ma liberté que je plais à dire qu’elle me fait aimer ce que je dois aimer, qu’elle me fait aller là où je dois être… Comme toute bonne citoyenne, je respecte les lois mais m’interroge à donner un sens à tout cela… Suis-je alors dans le plan de Dieu ?  Cela me semble plus obscur et en même temps plus intense en ces moments difficiles. Plutôt que de me laisser envahir par la peur je fais confiance et je prends conscience : tout est justifié. Le silence qui m’entoure au contraire du vacarme habituel devient un silence intérieur qui nourrit ma foi. Je cherche à rendre ma vie Vivante et ce temps de la fête de Pâques m’apporte le réconfort et la confiance dont j’ai besoin pour vivre pleinement en accord avec moi-même, en suivant les Paroles du Christ.  Soyons des passionnés du Christ, capables de revenir à l’essentiel. Laissons de côté tout ce qui fait obstacle et nous empêche de vivre pleinement une complicité avec Celui qui donne sens à notre vie. Nous L’avons tous rencontré sur notre route, à des moments différents, en diverses circonstances mais Il a bouleversé notre existence même si cela n’a pas été comme pour Paul  « un évènement renversant ». Pour beaucoup d’entre nous, aussi, il y a un avant et un après !     Oui, vivons sans modération aux dessus des lois, ces lois qui nous protègent mais qui nous figent et nous privent d’une vraie rencontre avec le Christ.  Le message que l’Apôtre Paul écrit aux Galates est encore d’actualité presque 2000 ans plus tard : allons à l’essentiel, ne nous encombrons pas et vivons libre de la liberté de Celui qui nous libère !

Michelle Lambrecht
Liège

Buiten de wet staan

La figure de Pierre

 

Mais quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu’il était dans son tort. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes de l’entourage de Jacques, Pierre prenait ses repas avec les fidèles d’origine païenne. Mais après leur arrivée, il prit l’habitude de se retirer et de se tenir à l’écart, par crainte de ceux qui étaient d’origine juive. Tous les autres fidèles d’origine juive jouèrent la même comédie que lui, si bien que Barnabé lui-même se laissa entraîner dans ce jeu. Mais quand je vis que ceux-ci ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Pierre devant tout le monde : « Si toi qui es juif, tu vis à la manière des païens et non des Juifs, pourquoi obliges-tu les païens à suivre les coutumes juives ? ».
Ga 2, 11-14


 Theresa Anne

9-50

La figure de Pierre telle qu’elle nous est présentée à travers les écritures nous permet de découvrir toute l’humanité de cet apôtre choisi par Jésus. Celle-ci est comme la nôtre, avec toutes ses incertitudes, ses faiblesses, mais également ses bonnes intentions.

Comme toujours, Pierre est dépassé par son angoisse et ses actions sont conditionnées par la peur. Les Actes des Apôtres (Ac 10:9-23) nous racontent une vision de Pierre : « On aurait dit une grande toile qui se posait sur la terre, avec tous les animaux impurs ». Après cette vision, Pierre laisse derrière lui ses vieilles pratiques concernant les aliments impurs. Pour la nourriture, il jouit dès lors de la « la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (Rom 8:21), jusqu'à ce qu'il vienne à Antioche, comme on peut le lire dans l’extrait du jour (Ga 2:11-14). Des chrétiens d’origine juive plus stricts l'approchent et Pierre prends peur. « Que penseraient-ils ? Ce que je fais est-il considéré comme honteux ? Ceux-ci vont ils quitter l'Église à cause de mon comportement ? »

Dans l’épisode où Jésus marche sur l'eau, l'attention de Pierre s'éloigne de Jésus (Mt. 14:24-33). Dans le récit de la passion, il va jusqu’à le renier. Ses craintes prennent encore le dessus  — mais pas le dernier mot ! Paul comprend donc qu'en ne voulant plus manger avec des païens, Pierre « ne marche pas droit selon la vérité de l’Évangile » (Gal 2, 11,14). En l'admonestant, Paul lui tend finalement la main, comme le Christ sur le lac. Et Pierre se repent. Voilà un encouragement pour nous tous, au milieu de nos peurs et de nos chutes répétées ! Par ses propres trébuchements, Pierre nous montre que la patience de Dieu à notre égard et face à nos trébuchements est infinie ; il veut prendre soin de nous (1 P 5,7). Avec Pierre, nous pouvons faire confiance en l'amour et la patience sans limite de Jésus (2 P 3,9).

Theresa Anne
Sittard (NL)

Het beeld van Petrus


Le souci des petits

 

Ayant reconnu la grâce qui m’a été donnée, Jacques, Pierre et Jean, qui sont considérés comme les colonnes de l’Église, nous ont tendu la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion, montrant par là que nous sommes, nous, envoyés aux nations, et eux, aux circoncis. Ils nous ont seulement demandé de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai pris grand soin de faire.
Ga 2, 9-10


 Myriam Tonus

8-50

C'était au temps de Paul comme aujourd'hui : il n'est jamais facile, pour une institution, d'intégrer la différence. Paul en a fait les frais, puisqu'on l'a accusé de n'être pas un vrai apôtre, de ne pas annoncer le vrai Évangile. D'être un dissident, en quelque sorte. Mais son obstination, portée par sa foi,  a fini par l'emporter puisque le voici reconnu par les colonnes – nous dirions aujourd’hui : les piliers – de l'Église. Cette reconnaissance aura des conséquences que n'imaginaient certainement pas Pierre Jacques et Jean ! En effet, Paul est désormais celui qui va porter la Parole "aux nations", c'est-à-dire qui va la sortir du monde Juif où elle était confinée. Rendons-nous compte : si Paul avait abandonné sa mission, nous ne serions pas là pour en parler ! C'est en effet son ardente volonté de ne poser aucune limite à l'annonce qui va permettre sa propagation par-delà toutes les frontières. Nous sommes les fils et filles lointains de cet empêcheur de prier en rond !      

Non, il n'est jamais facile, pour une institution, d'intégrer la nouveauté. Parler, aujourd'hui, de celles et ceux qui sont "à la marge" ou "aux frontières" de l'Église et de nos communautés, chercher à "ramener" vers nous les jeunes devenus indifférents : n'est-ce pas retomber dans ce vieux travers ? Paul, habité par le souffle de l'Évangile, nous encourage aujourd'hui à ne pas demeurer nécessairement dans notre enclos. Le souci des petits et des pauvres : tel est l'unique lien infrangible entre toutes les formes d'appartenance communautaire. Pour le reste, ce Souffle échappe à nos catégories car nul ne sait ni d'où il vient, ni où il va…

Myriam Tonus
Dampremy

De zorg voor kleinen


Un lien profond avec Jésus

 

Quant à ceux qui étaient tenus pour importants – mais ce qu’ils étaient alors ne compte guère pour moi, car Dieu est impartial envers les personnes –, ces gens importants ne m’ont imposé aucune obligation supplémentaire, mais au contraire, ils ont constaté que l’annonce de l’Évangile m’a été confiée pour les incirconcis (c’est-à-dire les païens), comme elle l’a été à Pierre pour les circoncis (c’est-à-dire les Juifs). En effet, si l’action de Dieu a fait de Pierre l’Apôtre des circoncis, elle a fait de moi l’Apôtre des nations païennes.
Ga 2, 6-8


Tommy Vandendriessche

7-50

Paul parle franchement. Non comme un diplomate posé mais comme une personne impétueuse, passionnée, convaincue de sa cause. Il ne se laisse pas impressionner par le moindre prestige social ou religieux. Sa fougue ne provient pas de l’enflure de son ego. L'ego de Paul n'est pas gonflé, mais bien rempli par Dieu. Mais de quel Dieu s'agit-il? Le Dieu manifesté en Jésus, victime, persécuté, crucifié, bouc émissaire. En définitive, il n’est pas possible de séparer ce que Paul écrit de son attachement à la personne de Jésus.

Paul n’oppose pas le « Dieu de Jésus » au « Dieu d'Israël ». Plus tôt dans sa lettre (1, 15-16), il avait déjà fait référence à l'histoire de la vocation de Jérémie. « La parole de Yahvé m'a été adressée : 'Avant de te former dans le sein de ta mère, je t'ai choisi' ». Yahvé, c'est le Dieu de l'exode et de la délivrance. « Je suis qui je suis ».
Il n’est donc pas possible de décrire la vie antérieure de Paul comme juive et simplement opposée à celle qui est la sienne désormais. A son époque, le mouvement Jésus n'était pas une religion indépendante mais un des mouvements au sein du judaïsme. Paul a donc continué à servir le Dieu de ses pères, mais d'une manière différente.

Dans sa Lettre aux Galates, Paul décrit la rencontre à Jérusalem avec les principaux dirigeants de la communauté chrétienne. La Lettre aux Galates est considérée comme la plus ancienne source écrite de ce concile d'apôtres. Lors de cette assemblée, il a été décidé que Paul était chargé de proclamer l’Évangile aux les païens (tous les non-juifs).

Les textes des premiers temps du christianisme brossent ainsi un tableau fascinant de la grande diversité au sein du mouvement de Jésus. Faut-il parler ici d' « unité dans la diversité » ? Une telle unité ne repose pas sur un compromis diplomatique —aussi précieux soit-il— mais sur un lien profond avec Jésus et, par conséquent, avec toutes les victimes et les boucs émissaires.

Tommy Vandendriessche
Roeselare

Een diepe verbondenheid met Jezus

Afin que demeure la vérité de l'Evangile

Puis, au bout de quatorze ans, je suis de nouveau monté à Jérusalem j’étais avec Barnabé, et j’avais aussi emmené Tite. J’y montais à la suite d’une révélation, et j’y ai exposé l’Évangile que je proclame parmi les nations ; je l’ai exposé en privé, aux personnages les plus importants, car je ne voulais pas risquer de courir ou d’avoir couru pour rien. Eh bien ! Tite, mon compagnon, qui est grec, n’a même pas été obligé de se faire circoncire. Il y avait pourtant les faux frères, ces intrus, qui s’étaient infiltrés comme des espions pour voir quelle liberté nous avons dans le Christ Jésus, leur but étant de nous réduire en esclavage ; mais, pas un seul instant, nous n’avons accepté de nous soumettre à eux, afin de maintenir pour vous la vérité de l’Évangile.
Ga 2,1-5


Claude Sélis

6-50

Chers frères,          

Comme vous vous le rappelez peut-être, j'étais déjà allé à Jérusalem pour rencontrer les notables de la Communauté. J'y suis retourné il y a peu, avec Barnabé et Tite, après des années de prédication en milieu païen. A Jérusalem, devant le Communauté et encore séparément devant les notables, j'ai ré-expliqué l'Evangile tel que je le prêchais à tous ces peuples nouveaux, comme vous. Ils étaient un peu étonné que je prêche à des gens qui n'étaient pas issus du judaïsme et ils se demandaient comment ces gens pouvaient y comprendre quelque chose. Ils s'inquiétaient surtout de savoir si ces gens avaient bien adopté toutes les coutumes et manières de prier du judaïsme.

Mais je leur ai expliqué que le message de Jésus Christ était indépendant de ces coutumes, que l'Evangile est un message qui peut parler et être bénéfique à tout le monde. Finalement, ils étaient bien d'accord et ils n'ont pas exigé, par exemple, que Tite, ce jeune Grec converti qui était avec moi, soit circoncis. Ce petit incident doit nous rappeler, chers frères, que nous devons tenir à l'essentiel, aux vrais valeurs de l'Evangile, et ne pas nous laisser enfermer dans des coutumes humaines propres à tel peuple ou à telle époque. L'Evangile nous libère de tout cela et c'est cette liberté que nous devons préserver pour nous laisser interpeller, au-delà de toutes ces habitudes et routines, au plus profond de nous par ce qu'il y a de plus profond dans l'Evangile.

Claude Sélis
Bruxelles
De waarheid van het Evangelie behouden blijft...

Je le déclare devant Dieu

Aussitôt, sans prendre l'avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient Apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie et, de là, je suis retourné à Damas. Puis, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours auprès de lui. Je n’ai vu aucun des autres Apôtres sauf Jacques, le frère du Seigneur. En vous écrivant cela, – je le déclare devant Dieu – je ne mens pas.  Ensuite, je me suis rendu dans les régions de Syrie et de Cilicie. Mais pour les Églises de Judée qui sont dans le Christ, mon visage restait inconnu ; elles avaient simplement entendu dire : « Celui qui nous persécutait naguère annonce aujourd’hui la foi qu’il cherchait alors à détruire. » Et l’on rendait gloire à Dieu à mon sujet.
Ga 1,16-24


Marcel Braekers

5-50

De nos jours, il est fréquent de voir des personnes qui partagent librement leurs histoires personnelles et intimes. Tel n'était pas le cas pas du temps de l'Antiquité, où il n'était pas habituel de dévoiler ses sentiments et de s'exposer de la sorte. Paul devait donc avoir une raison très sérieuse pour se présenter comme il le fait dans cet extrait. La raison est claire : il décrit comment il a été un défenseur zélé de la Torah —bien plus que la plupart de ses compatriotes— et comment il a poursuivi les convertis au Christianisme, en les persécutant jusqu'à la mort. Il décrit ainsi très concrètement et personnellement ce qu’un strict respect de la loi peut entraîner. Une attitude scandaleuse qui rend plus poignant encore son récit. A la suite de tous les grands prophètes, Paul mentionne en plus qu'il a été choisi par Dieu dès le sein de sa mère, ce qui ne fait que rendre plus terrifiant encore son comportement. Et pourtant, il nous décrit cet appel dans un récit aussi sobre que frappant. 

Que recherche Paul dans tout cela ? Il cherche à mettre en lumière la différence qu’il y a entre suivre la Loi et vivre de l'Esprit. Submergé par l'amour et la puissance du Christ ressuscité, il est devenu un autre homme. Chaque page de ses épîtres en témoigne : désormais, tous les hommes seront égaux. Les choses passeront mais seul l'amour subsistera. La vie et la mort doivent donc être comprises dans cette perspective.

Dieu, qui l'a appelé dès le sein de sa mère, l'a frappé de sa grâce en la personne de Jésus-Christ. Cela a déclenché chez Paul une attitude aussi radicale que celle qu’il avait lorsqu’il vivait sous la Loi.

Par la suite, Paul ne se rend pas à Jérusalem et ne rejoint pas la communauté naissante, mais part pour l'Arabie où il commence sa mission. Bien plus tard, il commencera à réaliser l'importance de la fraternité et retournera finalement à Jérusalem.  

Éprouvait-il à ce moment le besoin d’en savoir davantage ? Voulait-il à entendre de Pierre comment ce Jésus avait vécu lors de sa vie terrestre ?

Marcel Braekers
Heverlee

God is mijn getuige

Tous les chemins mènent... à Damas

Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. Mais Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère ; dans sa grâce, il m’a appelé ; et il a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations païennes.
Ga 1,13-16a


Marianne Goffoël

4-50

Les catéchistes de jadis –et peut-être encore d’aujourd’hui- ne manquaient pas d’imagination pour essayer de nous faire comprendre ce soudain retournement de Paul sur le chemin de Damas, auquel il fait allusion dans le passage de sa lettre aux Galates.  Il était tellement  bouleversé qu’il tomba de son cheval !  Les peintres, à partir du 12ème siècle se placèrent aussi dans ce sillage pour représenter cette conversion fulgurante…. Le récit rapporté au sujet de Saül  —c’était son nom « avant »— nous le relate ainsi. « Une lumière venant du ciel l’enveloppa soudain de sa clarté. Il tomba par terre » (Ac 9). 

L’image avancée par les catéchistes de jadis parle d’elle-même. L’explication ne réside pas, bien sûr,  dans une chute physique,  mais bien dans une chute toute spirituelle, toute intérieure. Tomber de son cheval, c’est tomber de haut ! Il n’y avait que les grands seigneurs qui se hissaient sur de telles montures… Saül est donc terrassé dans son orgueil et tombe de très haut grâce à cette lumière qui l’enveloppe de sa clarté, de cette rencontre personnelle avec Dieu.  

Il tombe de ses certitudes – qui volent en éclats. Lui, qui avait à cœur  d’accomplir les traditions de ses pères en persécutant l’Eglise de Dieu, tombe dans l’humilité qui fait la grandeur de Dieu. Il entre dans une relation d’un autre ordre. Il passe du combat contre les autres, au combat contre lui-même. Il passe de la mort à la vie, il se relève, tout comme le Christ.  Saül était le nom d’un roi… Il s’appellera bientôt « Paul », qui signifie « petit, humble, faible » lorsqu’il commencera sa nouvelle mission. Nous sommes tous appelés à passer par cette expérience,  un jour ou l’autre… Et cette expérience, fût-elle tonitruante ou silencieuse, sera à jamais un moment fondateur, qui nous poussera désormais  —irrésistiblement—  à annoncer l’Évangile du Christ autour de nous.

Marianne Goffoël
Bruxelles

Alle wegen leiden naar... Damascus

 

Est-ce à des hommes que je cherche à plaire ?

Maintenant, est-ce par des hommes ou par Dieu que je veux me faire approuver ? Est-ce donc à des hommes que je cherche à plaire ? Si j’en étais encore à plaire à des hommes, je ne serais pas serviteur du Christ. Frères, je tiens à ce que vous le sachiez, l’Évangile que j’ai proclamé n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ.
Ga 1,10-12


Antoinette Van Mossevelde

3-50

« Comment pouvez-vous soutenir que c’est par des hommes que je veux me faire approuver ? J’ai pourtant maudit tous ceux qui prêchent un autre évangile ! » 

L'évangile que Paul proclame est accessible à quiconque, sans avoir à suivre la Torah des juifs. Ni la circoncision, ni les lois alimentaires ne sont des préalables pour suivre le chemin de Jésus de Nazareth. Non pas parce qu'il serait plus « facile » d'aller dans cette direction. Le message de Jésus n'a rien à voir avec la recherche d'un succès à bon marché. La mort infamante sur la croix le montre clairement. Il en résulte qu’une telle liberté appartient à l'essence même de l'évangile de Jésus-Christ. 

La justice que vise la Torah n'est pas atteinte par un strict respect des prescriptions. Le salut promis par Dieu ne vient pas de l'accomplissement de la loi. La vie de Jésus a continuellement montré à quel point un certain accomplissement rigide de la loi pouvait être source de discrimination et d’oppression. Et comment, finalement, les lois produisent parfois l'opposé de ce qu'elles sont censées apporter. 

C'est par la grâce de Dieu que l'homme est justifié et non par ses propres œuvres. Cette confiance en Dieu est plus importante que toutes les œuvres sur lesquelles nous pouvons compter. C'est seulement dans une telle foi que l'homme peut devenir vraiment libre. Libre de tout ce qui le lie à lui-même et à ses idoles; libre de tout ce qui n'est pas Dieu. Paul a découvert cette liberté en Christ. Une liberté qui nous apprend à être plein d’audace face à Dieu. 

Cette liberté et cette audace n'ont rien à voir avec un manque d’engagement. Au contraire, ils sont au service d'un amour solidaire qui s'adresse inconditionnellement à tout être humain, sans distinction. Aucune loi, aucun précepte, aucune règle ne peut s’opposer à l'aide aux personnes dans le besoin. 

Se mettre au service du Christ, c'est être libéré de l'envie de plaire aux hommes. Paul a découvert un telle liberté en Jésus-Christ, et il continuera à la défendre inlassablement, quelles que soient les critiques et les reproches qu'il endurera.

Antoinette Van Mossevelde
Gand

Zoek ik soms de gunst van de mensen?

 

Il n’y a qu’un Évangile

Je m’étonne que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, et que vous passiez à un Évangile différent. Ce n'en est pas un autre : il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent changer l’Évangile du Christ. Pourtant, si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! Nous l’avons déjà dit, et je le répète encore : si quelqu’un vous annonce un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème !
Ga 1,6-9


Raphaël Devillers

2-50

D’habitude, après le salut d’adresse à ses destinataires, Paul enchaîne avec une action de grâce. Mais ici d’emblée il apostrophe les Galates de manière frontale, sur un ton ironique qui laisse percevoir sa colère. « J’admire avec quelle rapidité vous vous détournez de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ pour passer à un autre Évangile ! ».

Ce qui est en cause est donc gravissime.  Après le départ de Paul, des hommes sont arrivés dans la communauté et l’ont chamboulée en affirmant, contre Paul, qu’il leur faut absolument revenir à la pratique de la circoncision et des préceptes de la Torah.

Paul bout de rage parce que cette affirmation torpille non ses idées personnelles mais le cœur même de la foi qui lui a été révélée sur le chemin de Damas et qu’il a résumée dès  le départ de sa lettre :  Jésus est Christ-Messie, Fils de Dieu, il s’est livré à la mort pour nous offrir le pardon des péchés et son Père l’a ressuscité. Par le don de son Esprit, nous sommes dans le nouveau monde et il n’y a rien à ajouter. Là est l’Évangile. L’unique Bonne Nouvelle. 

Mettre sa confiance dans ses actes, multiplier les œuvres pour « faire son salut », ce n’est rien moins que renverser l’Évangile. Péril d’autant plus grave qu’il joue sur la piété et les pratiques religieuses.  Et dans son emportement, Paul redouble une terrible menace. Si moi-même, dit-il, si un ange, si un homme vous annonce un autre message, qu’il soit anathème. C’est-à-dire qu’il subisse la malédiction de Dieu et soit exclu de la communauté. Paul n’exagère pas : il y va du tout de l’Évangile. Que dirait-il aujourd’hui à ces multitudes qui ont choisi comme Bonne Nouvelle la satisfaction des envies, le luxe, les voyages,  les méthodes de développement personnel, les doctrines ésotériques ? La lettre aux Galates recentre notre foi sur l’essentiel.

Raphaël Devillers
Liège

Er is geen ander evangelie

 

Persévérer et garder courage

PAUL, apôtre, – envoyé non par des hommes, ni par l’intermédiaire d’un homme, mais par Jésus Christ et par Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts, – ainsi que tous les frères qui sont avec moi : aux Églises du pays galate. À vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ, qui s’est donné pour nos péchés, afin de nous arracher à ce monde mauvais, selon la volonté de Dieu notre Père, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles.
Ga 1,1-5


Patrick Lens

1-50

Cette année, Pâques se vit en mode mineur. «Les frères qui sont avec moi» écrit saint Paul. Bien peu de personnes ont la possibilité de dire de tels mots en ce temps de confinement. «Être arraché à ce monde mauvais» écrit-il également. Nous n'aurions peut-être pas aimé entendre cela l'année dernière. En attendant, nous pouvons bien imaginer qu’il nous est possible de vivre quelque chose. Nous vivons vraiment dans une situation difficile et c’est pourquoi nous devons peut-être mieux la comprendre. Quelle attitude devons-nous alors adopter à cet égard ?

Paul est un apôtre, envoyé non par des hommes, ni par l’intermédiaire d’un homme. Paul a été bouleversé par le Ressuscité et c'était peut-être la dernière chose à laquelle il s'attendait. Pour les chrétiens, Pâques est devenu une évidence. Mais certaines expériences limites peuvent aussi nous aider à réfléchir à ce qui nous est le plus fondamental : quel avenir nous est-il permis d’espérer ?  Jésus a parcouru seul son chemin, le passage étroit, le néant. Et son père l'a ressuscité d'entre les morts. De prime abord, un tel message est impossible.  Mais c’est peut-être aussi le seul qui nous reste...

Pour Pâques, nous aurons des œufs… mais il n’y aura pas d’Eucharistie. Certains d'entre nous seront seuls aujourd'hui. Heureusement, il y a internet pour maintenir le contact. Nous ne pouvons alors aujourd'hui que nous souhaiter mutuellement « la grâce et la paix ». C'est peut-être exactement ce dont nous avons besoin en ce temps : la grâce, la force de persévérer et de garder courage, avec la proximité bienfaisante avec Dieu. La paix en découle : elle est liée à l'acceptation de ce qui nous arrive ici et maintenant, mais aussi à l'idée que Dieu n'a pas d'autre choix que de vouloir ce qui est bon pour nous. Il l'a montré dans son Fils, lui qui s'est donné pour nos péchés, et qui a été élevé et fortifié par le Père, aujourd'hui également ! Après les ténèbres de la mort, Il se révèle à nouveau.

Joyeuse fête de Pâques

Patrick Lens
Bruxelles

Genade en vrede

 



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