Zéro péché

 Marie Monnet

Zéro péché !
Chapitre 2

Faut-il être dans les normes pour être sauvés ? Faut-il respecter les « mesures barrières » pour échapper au coronavirus ?  Oui, mais pas que… Car nous le comprenons particulièrement aujourd’hui, la vie nous déborde de toute part, la vie dans toute son amplitude, donc aussi la souffrance et la mort.

Dans la lettre aux Galates, il est question de dissimulation, d’hypocrisie, de péché, bref de choses pas trop jolies.  Si les normes aident à vivre, à organiser notre vie en commun, nos sociétés, notre production, notre avenir, elles ne suffisent pas.

On en connait assez sur la nature humaine, la sienne et celle des autres, pour savoir que la liste des ratés est longue, que l’échec est humain, que la toute-puissance est fantasmée mais jamais réelle. Chacun est toujours rattrapé par ses limites.

Sommes-nous exclus pour autant ? Si le salut n’est pas lié à nos mérites, est-ce une loterie ? Comment çà marche ?

Le thème du recyclage est omniprésent dans notre société contemporaine.

On fait le tri de nos poubelles. On vise même le zéro déchet. Ceux et celles qui essaient disent combien c’est un objectif difficile, un vrai challenge. On fait le compost dans son jardin.  Il est utilisé pour les rosiers de l’année suivante. On recycle les livres, on les échange, on les porte aux boites solidaires qui prennent place désormais dans le paysage urbain, avec les bulles à verre, les boites à textile… En quelques années, chacun a compris l’importance du moindre geste. Que dire du recyclage de l’eau dans des continents comme l’Inde, aux milliards de consommateurs ? des déchets nucléaires ? De la Malaisie qui n’en peut plus de crouler sous nos cargos de plastiques usés ?

Que fait notre Dieu de nos péchés ?
Zéro déchet, zéro péché ? Ou recyclage ?

Y a-t-il une réponse ? Je laisse au poète le soin de nous guider.

« Éternellement jeune, éternellement pure. Éternellement fraîche, éternellement courante. Éternellement vive. Où cette enfant prend-elle tant d’eau pure et tant d’eau claire. Tant de jaillissement et tant de ressourcement. Est-ce qu’elle les crée ? A mesure ?
— Non, dit Dieu, il n’y a que moi qui crée.
— Alors où prend-elle toute cette eau. Pour cette fontaine jaillissante.
Comment ça se fait que cette éternelle fontaine
Éternellement jaillisse.
Que cette éternelle source
Éternellement source.
Il doit y avoir un secret là-dedans.
Quelque mystère.
Pour que cette source éternellement ne se trouble point aux lourdes, aux épaisses pluies d’automne. Pour qu’éternellement elle ne tarisse point aux ardentes ardeurs de juillet.
— Bonnes gens, dit Dieu, ça n’est pas malin. Son mystère n’est pas malin.
Et son secret n’est pas difficile.
Si c’était avec de l’eau pure qu’elle voulût faire des sources pures, Des sources d’eau pure, Jamais elle n’en trouverait assez, dans (toute) ma création. Car il n’y en a pas beaucoup. Mais c’est justement avec les eaux mauvaises qu’elle fait ses sources d’eau pure. Et c’est pour cela qu’elle n’en manque jamais ». (Charles Péguy)

Marie Monnet
Bruxelles

Celui qui vous fait don de l’Esprit

Celui qui vous fait don de l’Esprit et qui réalise des miracles parmi vous, le fait-il parce que vous pratiquez la Loi, ou parce que vous écoutez le message de la foi ? C’est ainsi qu’Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d’être juste. Comprenez-le donc : ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux, les fils d’Abraham. D’ailleurs, l’Écriture avait prévu, au sujet des nations, que Dieu les rendrait justes par la foi, et elle avait annoncé d’avance à Abraham cette bonne nouvelle : En toi seront bénies toutes les nations. Ainsi, ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham, le croyant. Quant à ceux qui se réclament de la pratique de la Loi, ils sont tous sous la menace d’une malédiction, car il est écrit : Maudit soit celui qui ne s’attache pas à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi.
Ga 3, 5-10


 Antoinette Van Mossevelde

13-50

Dans une interprétation particulièrement libre des Écritures, Paul emmène ses lecteurs vers les origines de l'histoire juive, et remonte ainsi à Abraham. En repartant de son actualité, Paul relit l’histoire comme une ligne continue de promesses et de bénédictions, qui commence avec le père des croyants, traverse toute la Torah et va jusqu'à l'évangile de Jésus-Christ. Cet évangile qui libère les gens des exigences impossibles d'une Loi qui les accuse sans cesse.

Abraham a laissé derrière lui tout ce qu’il connaissait et ce en quoi il mettait sa confiance pour se mettre en route, plein de confiance en la promesse d'une bénédiction et d'une descendance nombreuse. Il est resté sans enfant jusqu'à un âge avancé, mais sa foi dans la promesse de Dieu n'a jamais faibli. Et cette confiance n’a pas été pas trahie. Cet homme qui semblait n'avoir aucun avenir devient le patriarche d'une descendance, aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel... L'alliance de Dieu avec Abraham est une alliance de Dieu avec tous ceux qui croient.

Mais que signifie cette confiance en un Dieu invisible et inconnaissable ?

Pour comprendre cela, regardons les nombreuses générations de croyants qui nous montrent tout le sens qu'il y a à faire confiance en un Mystère plein d'amour. Un mystère qui nous a souhaité dans la vie et qui nous convoque à la vie, encore et toujours. Quelqu'un qui me connaît mieux que je ne me connais moi-même et qui m'aime malgré moi : un espace de confiance et de proximité dans lequel je peux me déplacer librement, en toute sécurité, et qui m'invite à laisser derrière moi tout ce qui m'encombre, à m'ouvrir à la vie éternelle, maintenant et pour toujours. Quelqu'un qui ne me sauve pas du malheur, de la douleur ou du chagrin, mais qui continue à me porter dans le malheur, la douleur et le chagrin. Qui m'exhorte à avancer, même si l'incertitude me submerge et que je ne vois pas ce qui va arriver.

Peut-être qu'en ces jours particuliers d'incertitude, de confinement et de pandémie, nous sommes invités à aligner nos vies sur une telle promesse de salut, de guérison et de plénitude pour nous-mêmes et pour notre monde.

Antoinette Van Mossevelde
Gand

Comment être stupides à ce point ?


 

Quel bonheur de recouvrer la liberté de l’Amour !

Il est d’ailleurs clair que par la Loi personne ne devient juste devant Dieu, car, comme le dit l’Écriture, celui qui est juste par la foi, vivra, et la Loi ne procède pas de la foi, mais elle dit : Celui qui met en pratique les commandements vivra à cause d’eux. Quant à cette malédiction de la Loi, le Christ nous en a rachetés en devenant, pour nous, objet de malédiction, car il est écrit : Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice. Tout cela pour que la bénédiction d’Abraham s’étende aux nations païennes dans le Christ Jésus, et que nous recevions, par la foi, l’Esprit qui a été promis.
Ga 3, 15-18


 Marianne Goffoël

14-50

Voici qu’à nouveau Paul déploie son thème favori : le contraste – voire l’opposition irréductible - entre la « Loi » et la « Foi » - manière bien orientale de présenter les choses. Car seule la foi fait vivre. Ces deux termes « foi » et « loi » proposent à tout croyant un passage à franchir, une « Pâque » en quelque sorte…Il s’agit de passer d’une attitude extérieure dictée par la loi, vers une attitude intérieure dictée par la foi, un passage de « la lettre » qui « tue », à « l’esprit qui vivifie » (2 Co,3, 6).  

Cependant, il distingue clairement « loi » et « commandements », deux termes fort proches…pourquoi cette distinction ?La référence évangélique est claire ici, c’est bien Jésus qui parle de « commandements nouveaux » (Jn 13,31-33 ;34-35)  Quelle est alors la différence entre « loi » et « commandements » ? Le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain nous lie personnellement,  intimement au Christ et aux autres (Lc 10,26). Et ce commandement est tout intérieur, il s’inscrit dans le coeur.  

Comme le chante le psalmiste : « Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur » (Ps 94,1). Laissons Dieu habiter nos cœurs, et pour cela, prenons le temps de vivre à son écoute, accueillons le Christ en accueillant l’autre, le frère, à travers petits gestes quotidiens de l’amour. Accomplissons ce passage de la mort à la vie, du repli sur soi et sur nos besoins - source de tant de cécités - à l’ouverture aux autres…et les occasions ne manqueront pas pour cela…  Sur ce chemin, l’Esprit « nous conduira vers la vérité toute entière » (Jn 16,12-15). Invoquons-Le tout en cheminant en ce temps pascal vers la fête de la Pentecôte.

Marianne Goffoël
Bruxelles

Comment être stupides à ce point ?